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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-1906394

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-1906394

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-1906394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL DIEUDONNÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 26 août 2019 et 1er juin 2022, la société Version originale 68, représentée par la SELARL Dieudonné, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du maire de la commune de Riquewihr en date du 21 juin 2019, en tant qu'elle refuse de retirer les décisions des 28 juin et 6 octobre 2018 rejetant sa demande d'autorisation d'installation d'une terrasse en bois non fixe devant l'établissement " Le Lion Rouge ", sis 2 place Voltaire, ensemble les décisions des 28 juin et 6 octobre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Riquewihr une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 21 juin 2019 est entachée d'un vice d'incompétence, faute de délibération du conseil municipal, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales ;

- les décisions des 28 juin et 6 octobre 2018 sont insuffisamment motivées en fait ;

- les décisions contestées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'elles se fondent sur une atteinte esthétique aux lieux avoisinants et sur un motif de sécurité publique ;

- elles sont entachées d'un détournement de pouvoir ;

- elles portent atteinte au principe d'égalité, dès lors que d'autres restaurateurs, placés dans une situation similaire, bénéficient d'une autorisation d'occupation du domaine public pour l'installation d'une terrasse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2020, la commune de Riquewihr, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Version originale 68 en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Version originale 68 n'est pas recevable à former un recours contre les décisions des 28 juin et 6 octobre 2018 et du 21 juin 2019, les demandes d'autorisation d'occupation du domaine public et le recours gracieux contre les refus qu'elle a opposés ayant été déposés par la société Le Lion Rouge ;

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par la société Version originale 68 ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A,

- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique,

- les observations de Me Cheminet, avocat de la commune de Riquewihr.

Considérant ce qui suit :

1. La société Version originale 68 exploitait, jusqu'au 16 mars 2020, un fonds de commerce de restaurant sis 2 place Voltaire à Riquewihr, exploité sous le nom commercial " Le Lion Rouge ". Par des décisions des 28 juin et 6 octobre 2018, le maire de la commune de Riquewihr a refusé de lui délivrer une autorisation d'installer une terrasse en bois non fixe sur le domaine public, devant l'établissement de restauration. Il ressort des termes de la demande de la société Version originale 68 en date du 16 avril 2019, adressée au maire de la commune de Riquewihr, qu'elle a notamment formé un recours gracieux contre les décisions des 28 juin et 6 octobre 2018. Aussi, elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du maire de Riquewihr en date des 28 juin et 6 octobre 2018, ainsi que la décision du 21 juin 2019 en tant qu'elle porte rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du second alinéa de l'article R. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Les autorisations d'occupation ou d'utilisation du domaine public communal sont délivrées par le maire ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le maire de la commune de Riquewihr a pu, sans délibération préalable du conseil municipal, opposer, par les décisions des 28 juin et 6 octobre 2018, un refus aux demandes de délivrance d'une autorisation d'occupation du domaine public formées par la société Version originale 68. En outre, et en tout état de cause, il a pu, par la décision du 21 juin 2019, refuser de faire droit au recours gracieux de la société requérante, dirigé contre les deux décisions précitées. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées seraient entachées d'un vice d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 7° Refusent une autorisation () ; / () ".

5. Les décisions des 28 juin et 6 octobre 2018 comportent les considérations de fait qui en constituent le fondement. Au demeurant, le caractère suffisant de la motivation s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par l'auteur des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait des décisions contestées doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision du 21 juin 2019 que, pour refuser la délivrance de l'autorisation demandée par la société requérante, le maire de Riquewihr s'est fondé un motif d'intérêt général, tenant à une atteinte aux caractéristiques des lieux avoisinants. La commune de Riquewihr fait valoir que la place, située dans le centre historique, sur laquelle la société requérante demande l'autorisation d'installer une terrasse en bois présente un caractère remarquable en raison de sa situation de point d'entrée du village et de la proximité directe de l'hôtel de ville et d'une fontaine en grès. Toutefois, ces seules circonstances ne sont pas de nature à justifier le refus de délivrance de l'autorisation demandée, alors que la commune n'établit, ni même ne soutient que la taille et les caractéristiques de la terrasse ainsi que du mobilier destiné à y être installé porteraient atteinte à la valeur esthétique des lieux avoisinants. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'installation d'une telle terrasse rendrait inaccessible la fontaine située au milieu de la place ou supprimerait la perspective vers ce monument. Dans ces conditions, le maire de Riquewihr ne pouvait valablement opposer un refus en se fondant sur ces motifs d'ordre esthétique.

7. Toutefois, le maire de Riquewihr s'est également fondé sur un risque pour la sécurité publique en raison de la configuration des lieux, du fait d'une impossibilité pour les services de lutte contre l'incendie d'intervenir dans des conditions satisfaisantes, dans les deux rues étroites longeant, de part et d'autre, l'établissement " Le Lion Rouge ". La société requérante se borne à soutenir que la terrasse qu'elle souhaite se voir autoriser est d'une emprise identique à celle dont elle dispose à la date des décisions en litige, qui est délimitée par la présence de deux arbres et de bancs publics, empêchant d'ores et déjà la circulation devant l'établissement. Il ressort toutefois des plans produits par la société Version originale 68, à l'appui de sa demande, que le projet qui lui a été refusé dépasse, vers la place, les deux arbres qui seraient alors englobés dans l'emprise de la terrasse, dont la surface serait, aux termes des cotes figurant sur ces pièces, comprise entre 38 et 44 mètres carrés, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la terrasse dont dispose l'établissement, aux termes d'une autorisation délivrée le 18 mai 2018, représente une emprise de seulement 15,4 mètres carrés. En outre, il ressort de ces plans que la terrasse en bois, prévue au droit des deux façades latérales de l'établissement donnant sur les deux venelles le longeant, et d'une profondeur d'au moins 5 mètres entre la façade et la place, présente les caractéristiques d'un obstacle physique à la circulation. Dans ces conditions, la société Version originale 68 ne démontre pas que le projet qui lui a été refusé n'aggraverait pas les difficultés de circulation des véhicules de secours devant accéder aux deux rues longeant l'établissement " Le Lion Rouge ".

8. Il résulte de l'instruction que le maire de Riquewihr aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le motif tiré d'une atteinte portée à la sécurité publique, en raison d'une aggravation des conditions de circulation des véhicules de secours. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. En quatrième lieu, la seule circonstance que plusieurs refus ont été opposés par la commune de Riquewihr à des demandes formées par la société Version originale 68, avant celles tendant à ce qu'elle soit autorisée à installer une terrasse en bois non fixe, n'est pas suffisante pour établir que les décisions en litige seraient entachées d'un détournement de pouvoir.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que si deux établissements de restauration se sont vu octroyer une autorisation d'implanter une terrasse sur le domaine public, ces installations sont situées dans une rue de la commune ne présentant pas des caractéristiques identiques à la place sur laquelle est installé le restaurant " Le Lion Rouge ". Dans ces conditions, la société requérante ne démontre pas qu'elle a été traitée de manière différente par rapport à des usagers placés dans une situation analogue. Par suite, faute d'établir une situation de discrimination, le moyen tiré d'une atteinte au principe d'égalité doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Riquewihr, que les conclusions à fin d'annulation de la société Version originale 68 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Version originale 68 la somme que la commune de Riquewihr demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la société Version originale 68 soit mise à la charge de la commune de Riquewihr, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Version originale 68 est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Riquewihr présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Version originale 68 et à la commune de Riquewihr.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

M. Therre, premier conseiller,

Mme Brodier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. A

La présidente,

J. Bonifacj

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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