jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2000557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SABATAKAKIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2020, Mme A E épouse C, représentée par Me Sabatakakis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 26 novembre 2019 du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur son recours formé contre la décision du 1er août 2019 portant retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date du dernier versement, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision contestée est dépourvue de motivation en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle avait été informée dans une langue qu'elle comprend de ses obligations ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et notamment des motifs qui l'ont empêchée de satisfaire à son obligation de présentation les 10 juillet et 7 août 2019 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E épouse C ne sont pas fondés.
Mme E épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 février 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, nos 428530, 428564, association Cimade et autres ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D B,
- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante russe née en 1976, Mme E épouse C a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 6 juin 2019 dans le cadre de la procédure Dublin et a alors bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 1er août 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a toutefois retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la portée du litige :
2. Aux termes de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tel qu'en vigueur du 1er janvier 2019 au 31 juillet 2019 : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'office, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte l'indication des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. () ". Ces dispositions réglementaires ont toutefois été annulées par le Conseil d'Etat dans sa décision du 31 juillet 2019 et ont ainsi disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique. Il en résulte que Mme E épouse C doit être regardée comme ayant exercé un recours gracieux, et non un recours administratif préalable obligatoire, contre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
3. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Ainsi, les conclusions de la requête de Mme E épouse C, dirigées formellement contre la décision implicite du 26 novembre 2019 rejetant son recours administratif, doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision initiale du 1er août 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er août 2019 :
4. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à compter du 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / () ".
5. Par sa décision nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
6. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour mettre un terme au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont Mme E épouse C bénéficiait depuis le 6 juin 2019, l'OFII s'est fondé sur la circonstance qu'elle n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée, qui comporte en outre les considérations de droit qui en constituent le fondement, serait entachée de défaut de motivation.
7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire d'offre de prise en charge de l'OFII en date du 6 juin 2019, que Mme E épouse C a été informée, dans une langue qu'elle a certifié comprendre, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la requérante n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme E épouse C pour prononcer à l'encontre de l'intéressée la décision attaquée.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 5 juillet 2019, édicté de manière concomitante avec une décision de transfert de Mme E épouse C aux autorités polonaises pour l'examen de sa demande d'asile, la préfète du Bas-Rhin a assigné cette dernière à résidence pour une durée de 45 jours, en lui faisant obligation de se présenter chaque mercredi aux services de la police aux frontières à l'aéroport de Strasbourg-Entzheim, accompagnée de ses quatre filles mineures. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les 10 et 17 juillet 2019, l'intéressée s'est présentée aux services de police précités avec seulement trois de ses enfants. Le certificat médical, produit par la requérante, relatif à l'état de santé de sa fille née en 2012, n'est pas, eu égard aux termes dans lesquels il est rédigé, suffisant pour justifier d'une situation de force majeure qui l'aurait empêchée de satisfaire à son obligation de présentation accompagnée de ses quatre enfants mineurs le 10 juillet 2019. En outre, elle n'apporte aucune explication ni aucun élément pour justifier ne pas s'être présentée aux services de police le 17 juillet 2019, dans les conditions fixées par l'arrêté préfectoral du 5 juillet 2019. Enfin, Mme E épouse C ne produit aucune pièce de nature à établir qu'elle aurait informé les services de la police aux frontières d'une impossibilité de se présenter accompagnée de ses quatre filles mineures aux dates précitées. Dès lors, l'OFII a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur cette absence de respect de l'obligation de se présenter aux autorités pour mettre un terme au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E épouse C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
M. Therre, premier conseiller,
Mme Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le rapporteur,
A. B
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026