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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2001800

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2001800

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2001800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 9 mars et 10 avril 2020, Mme B A, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date de la suspension de ses droits, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit, en ce qu'elle ne fait pas état de sa vulnérabilité et vise des dispositions légales inapplicables ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que ni son droit à être entendue, ni le principe du contradictoire n'ont été respectés ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le motif de la décision n'est pas au nombre de ceux qu'ils prévoient, et que son comportement ne caractérise pas une fraude ;

- elle a été prise en méconnaissance des article L.744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi

du 10 septembre 2018, lesquels ne lui sont pas applicables dès lors qu'elle a accepté ses conditions matérielles d'accueil le 4 janvier 2017, antérieurement à leur entrée en vigueur ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de son comportement au regard du non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a méconnu l'étendue de sa compétence et s'est estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation et de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu notamment des risques liés à l'épidémie de covid-19 et de ses conséquences.

La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/EU du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D C,

- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique.

Une note en délibéré, par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'expose aucune circonstance de fait ni élément de droit dont il n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction, a été enregistrée le 14 novembre 2022 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Pour édicter la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil prise à l'encontre de Mme A, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) s'est fondé sur la circonstance que la requérante n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile, enregistrée sous procédure Dublin en France, après avoir été transférée vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Il résulte des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur entre le 1er novembre 2015 et le 12 septembre 2018, que " la décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis ". Ainsi, l'OFII était tenu, avant de prendre la décision contestée, de mettre l'intéressée en mesure de présenter ses observations, sauf impossibilité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette procédure a été suivie ni que sa réalisation aurait été impossible. Ainsi, cette irrégularité de procédure a privé la requérante d'une garantie et a, par suite, entaché d'illégalité la décision attaquée.

2. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 23 janvier 2020 par laquelle le directeur général de OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de la décision en litige implique nécessairement que le directeur général de l'OFII réexamine la situation de Mme A. Il y a lieu de prescrire à l'Office d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

4. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Elsaesser, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Elsaesser de la somme de 1 000 euros hors taxe sur la valeur ajoutée.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 23 janvier 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Elsaesser la somme de 1 000 (mille) euros hors taxe sur la valeur ajoutée, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Elsaesser renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Elsaesser et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

M. Therre, premier conseiller,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

J. C

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

A. Therre

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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