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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2002951

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2002951

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2002951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 13 mai 2020 et le 31 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 mars 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, avec effet rétroactif, dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article

L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 juillet 2021 et 13 août 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 2 mars 2020 sont irrecevables au motif qu'elle a été retirée par une nouvelle décision du 25 juin 2021 ayant la même portée ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2021 à 12h00.

Par une ordonnance du 6 août 2021, la clôture d'instruction a été reportée au 15 septembre 2021 à 12h00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros, président rapporteur ;

- les observations de Me Zimmermann substituant Me Sabatakakis, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien, né le 21 décembre 1982, est entré en France le 12 janvier 2018, accompagné de son épouse et de leur fille mineure, et a présenté une demande tendant au bénéfice du statut de réfugié le 1er février 2018. L'intéressé a été placé en procédure Dublin a et accepté le 1er février 2018 les conditions matérielles d'accueil. Par arrêtés du 7 mars 2018 et du 19 juin 2018, le préfet du Bas-Rhin a décidé du transfert du couple vers la Pologne et l'a assigné à résidence. Au motif qu'il ne s'est pas présenté au vol du 20 septembre 2018 prévu pour le transfert le couple a été placé en fuite. A l'expiration du délai de transfert M. et Mme B ont de nouveau sollicité l'asile en France. Par SMS du 27 janvier 2020 et courrier du 31 janvier 2020, M. B a formé une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 2 mars 2020, dont M. B demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 11 juin 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale au requérant. Par suite, ses conclusions sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ".

4. Aux termes de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ".

5. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la demande d'asile de M. B relevait initialement de la compétence des autorités polonaises et que les autorités françaises ne sont devenues responsables de l'examen de la demande de M. B qu'en raison notamment de son refus de voir examiner sa demande par la Pologne et de l'expiration du délai de transfert. En effet, si le requérant fait valoir qu'il n'a pas refusé son transfert à destination de la Pologne, il ne produit à l'appui de ses allégations aucun élément en ce sens et ne conteste pas davantage ne pas s'être présenté au vol du 20 septembre 2018 prévu à cet effet.

7. D'autre part, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile en 2018, le requérant a pu bénéficier d'un entretien mené par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, au cours duquel sa situation personnelle, ainsi que celle de sa famille, ont pu être évaluées. Si l'entretien permettant d'évaluer la vulnérabilité du demandeur d'asile doit être mené à la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'administration n'est pas tenue de le réitérer au cours de la procédure. En outre, le requérant a bénéficié d'un avis du médecin coordonnateur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 10 janvier 2020 qui conclut que son état de santé, ainsi que celui de son épouse, ne caractérisent pas une situation d'urgence. Si le requérant se prévaut de l'état de santé fragile de sa fille mineure, les certificats médicaux versés au dossier ne sont pas suffisamment circonstanciés et ne permettent donc de tenir pour établi un état de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Au demeurant, le requérant n'a jamais effectué spontanément de signalement auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur son état santé, ou d'un membre de sa famille, ni sollicité d'avis médical auprès de l'Office.

8. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, ni que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que la requête de

M. B ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Sabatakakis et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,

Mme Sophie Malgras, première conseillère,

Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

T. GROS

La première conseillère,

S. MALGRASLe greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2002951

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