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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2003459

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2003459

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2003459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP JEAN-CHARLES SEYVE - MATTHIEU SEYVE & LAETITIA LORRAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 juin 2020, 22 mars 2021 et

8 avril 2022, M. C B, représenté par Me Seyve, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2020 de la préfète de la région Grand Est en tant qu'elle refuse de l'autoriser à exploiter les parcelles section 8 n°59 et section AA n°26 à Harskirchen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le GAEC du Limon exploiterait 1ha 55ca de cultures maraîchères ; le coefficient applicable à ces cultures n'est pas non plus justifié ;

- en conséquence, l'administration a commis un défaut d'examen de sa situation ;

- l'administration s'est trompée dans la détermination du nombre d'unité de travail annuel ;

- son projet de reprise n'est pas de nature à compromettre la viabilité économique du GAEC du Limon ;

- la situation du GAEC du Limon est amenée à évoluer compte tenu de départs en retraite ;

- l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles d'Alsace méconnaît l'article L. 331-3-1 (2°) du code rural et de la pêche maritime ;

- la DDT a commis une erreur d'appréciation en n'examinant pas la possibilité, pour le GAEC du Limon, de mettre en œuvre des productions moins consommatrices de foncier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2021, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que :

- si l'administration a commis une erreur dans le calcul de la surface utile agricole du GAEC du Limon, cette erreur est toutefois sans incidence sur la priorité de rang 1 qui lui a été reconnue ;

- concernant le calcul des UTA, l'administration n'a commis aucune erreur de calcul dès lors que le nombre d'UTA pouvant être pris en compte n'est pas limité ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le GAEC du Limon, représenté par M. et Mme A, associés, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le nombre d'UTA n'est pas limité ;

- les associés les plus âgés pourront être remplacés ;

- une diminution de la surface d'exploitation menacerait sa viabilité ;

- l'installation du preneur en place s'est faite régulièrement ;

- la volonté de M. B de reprendre les terres est pure spéculation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 23 décembre 2015 portant approbation du schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Alsace ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juillet 2022 :

- le rapport de M. Boutot, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Dulmet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'un projet de reprise en vue d'agrandir son exploitation, M. C B a demandé l'autorisation d'exploiter plusieurs parcelles situées sur la commune de Harskirchen. Par une décision du 20 avril 2020, la préfète de la région Grand Est, préfète

du Bas-Rhin, a partiellement fait droit à sa demande, mais a refusé de l'autoriser à exploiter deux parcelles situées section 8 n°59 et section AA n°26, d'une superficie respective de 3ha20a4ca et 9a55ca, et louées au GAEC du Limon. M. B demande d'annuler la décision

du 20 avril 2020 en tant qu'elle refuse de l'autoriser à exploiter ces parcelles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime : " I. - Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles () ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code, dans sa version alors applicable : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ". Aux termes de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Alsace (ci-après : " SDREA ") du 23 décembre 2015 : " Les priorités sont déclinées selon les modalités ci-après par ordre décroissant de 1 à 5 : () 1. Dans la limite d'une surface pondérée de 67,5 ha/UTA hors zone viticole () : - maintien du preneur en place en cas de congé pour droit de reprise exercé par un propriétaire ; / 2. Dans la limite d'une surface pondérée de 67,5 ha/UTA hors zone viticole () : - confortation / agrandissement ou réunion d'exploitation ". Il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'autoriser M. B les parcelles section 8 n°59 et section AA n°26, la préfète de la région Grand Est a estimé que le GAEC du Limon, preneur en place, bénéficiait d'une priorité de rang 1 et que le projet d'agrandissement de M. B relevait d'une priorité de rang 2.

3. M. B soutient que la préfète de la région Grand Est a commis une erreur dans le calcul de la surface pondérée par unité de main d'œuvre du GAEC du Limon, dont il fait valoir qu'elle excède le seuil de 67,5 ha/UTA.

4. D'une part, la préfète de la région Grand Est expose en défense qu'en raison d'erreurs de calcul dans la détermination de la surface agricole utile (ci-après : " SAU ") du GAEC du Limon, celle-ci doit être établie non pas à 306,734ha, comme il est mentionné dans la décision contestée, mais à 392,984ha. Il y a, dès lors, lieu de fixer la valeur de la SAU du GAEC du Limon, a minima, à 392,984ha.

5. D'autre part, aux termes de l'article 4 du SDREA du 23 décembre 2015 : " La comptabilisation des actifs (UTA) est appréciée de la manière suivante : () chef d'exploitation ou associé exploitant à titre principal : coefficient applicable : 1 () / 1er salarié : coefficient applicable : 1 / 2ème salarié : coefficient applicable : 0,5 ; / En-dehors de la zone viticole, le nombre d'UTA pouvant être prise en compte dans la détermination des différents seuils définis dans le présent arrêté, hormis le seuil de déclenchement de contrôle des structures, n'est pas limité ". En l'espèce, la préfète de la région Grand Est soutient qu'il y a lieu de tenir compte, dans la comptabilisation des actifs du GAEC du Limon, de quatre associés exploitants à titre principal, et de trois salariés, soit un nombre d'UTA de 6 ((4 x 1) + 1 + (2 x 0,5)), de façon à établir la surface pondérée par unité de main d'œuvre du GAEC du Limon à 65,49 ha/UTA (392,984/6), soit en-dessous de seuil de 67,5 ha/UTA.

6. Toutefois, et ainsi que le fait valoir M. B, les dispositions de l'article 4 du SDREA de la région Alsace du 23 novembre 2015 ne mentionnent, pour la prise en compte des unités de main d'œuvre, que le " 1er salarié " et le " 2ème salarié ". Il résulte de ces dispositions explicites que seulement deux salariés peuvent être pris en compte dans le calcul de l'UTA.

Si l'article 4 mentionne ensuite que le nombre d'UTA, hors zone viticole, n'est pas limité, ces dispositions ont vocation à s'appliquer au nombre d'associés exploitants, pour lesquels aucune limite n'est fixée, et non pas au nombre de salariés, limité à deux au maximum. Par suite,

M. B est fondé à soutenir que la comptabilisation des actifs du GAEC du Limon s'établit non pas à 6, mais à 5,5 ((4x1) +1 + 0,5)).

7. Il en résulte que la surface pondérée par unité de main d'œuvre du GAEC du Limon s'établit, a minima, à 71,45 (392,984/5,5), au-delà, par conséquent, du seuil de 67,5 ha/UTA mentionné à l'article 3 du SDREA de la région Alsace. Par suite, la préfète de la région Grand Est ne pouvait reconnaître une priorité de rang 1 au GAEC du Limon, cette priorité étant conditionnée par le respect de la valeur limite de 67,5 ha/UTA.

8. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête et dès lors qu'il n'est ni établi ni ne ressort des pièces du dossier que le GAEC du Limon serait susceptible de bénéficier par ailleurs d'une priorité supérieure à celle de M. B, celui-ci est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 20 décembre 2020 en tant qu'elle lui refuse l'autorisation d'exploiter les parcelles section 8 n°59 et section AA n°26.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à payer à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du 20 avril 2020 de la préfète de la région Grand Est est annulée en tant qu'elle refuse à M. B l'autorisation d'exploiter les parcelles situées section 8 n°59 et section AA n°26 à Harskirchen.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète de la région Grand Est et au GAEC du Limon.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Merri, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.

Le rapporteur,

L. BOUTOT

Le président,

F. SILVESTRE-TOUSSAINT-FORTESA

La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Marie-Claude SCHMIDT

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