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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2004983

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2004983

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2004983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSTEINMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 août 2020, 12 mai 2021, 29 juin 2021 et 12 août 2021, Mme E C, épouse D, et M. B D, représentés par Me Steinmann, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2019 par lequel le maire de Gottenhouse a refusé de leur délivrer un permis de construire modificatif portant sur la cotation et le positionnement exacts des annexes de leur maison d'habitation constitués d'une piscine couverte, d'un poolhouse et d'un garage, ainsi que la décision du 15 janvier 2020 par laquelle le maire a rejeté leur recours gracieux du 19 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gottenhouse une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur recours est recevable ;

- leur demande de permis de construire modificatif ne porte pas sur la réalisation d'un mur de soutènement et d'un remblai, travaux qui ont été autorisés par un permis de construire initial du 25 avril 2018, de sorte que le maire ne pouvait opposer un refus en se fondant sur l'illégalité de ces travaux ;

- le terrain d'assiette du projet n'est pas situé en zone inondable du plan de prévention des risques d'inondation, seul document opposable, et le maire ne pouvait se fonder sur l'avis du préfet du 1er août 2019, qui a estimé que ce terrain était hydrauliquement connecté à la zone inondable ;

- l'avis conforme défavorable émis par le préfet le 1er août 2019 est entaché d'illégalité ;

- leur projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 novembre 2020, 1er juin 2021 et 13 juillet 2021, la commune de Gottenhouse, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2022.

Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites par l'ensemble des parties, à la demande du tribunal, les 19 et 20 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Sonnenmoser, avocat de M. et Mme D,

- les observations de Me Arab, avocat de la commune de Gottenhouse.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 février 2018, M. et Mme D ont déposé une demande de permis de construire portant sur la création d'un garage, d'une terrasse, d'un spa et d'une piscine, sur un terrain situé 2A, rue du Mosselbach à Gottenhouse. Par un arrêté du 25 avril 2018, le maire de Gottenhouse a accordé le permis de construire sollicité. Par un courrier du 3 octobre 2018, les services de la police de l'urbanisme ont constaté que les dimensions de l'annexe et le recul de l'aménagement de la piscine ne correspondaient pas aux plans, que le niveau du terrain naturel à l'arrière de la piscine côté sud n'était pas respecté et que des remblais avaient été réalisés sans autorisation. Un procès-verbal d'infraction a par la suite été dressé par le directeur départemental des territoires et transmis au maire de Gottenhouse le 12 avril 2019. Le 24 juin 2019, M. et Mme D ont déposé une demande de permis de construire modificatif portant sur la cotation et le positionnement exacts des annexes (piscine couverte, poolhouse, garage). Par un arrêté du 7 novembre 2019, dont M. et Mme D demandent l'annulation, le maire de Gottenhouse a refusé de leur délivrer le permis de construire modificatif.

Sur la légalité de l'arrêté du 7 novembre 2019 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation par voie juridictionnelle ou d'abrogation d'une carte communale, d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou de constatation de leur illégalité par la juridiction administrative ou l'autorité compétente et lorsque cette décision n'a pas pour effet de remettre en vigueur un document d'urbanisme antérieur, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale recueille l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis ou les déclarations préalables postérieures à cette annulation, à cette abrogation ou à cette constatation ". En application de ces dispositions, le maire est en situation de compétence liée pour refuser un permis de construire en cas d'avis défavorable du préfet.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a, le 1er août 2019, en application des dispositions précitées, rendu un avis conforme défavorable au projet, au motif qu'il méconnaissait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que le mur de soutènement et les remblais réalisés sans autorisation étaient de nature à augmenter les risques d'inondation, de sorte que le maire était tenu de s'opposer au projet. Par suite, les moyens tirés de ce que le maire a commis une erreur de droit, au regard de la nature du projet sollicité par le permis de construire modificatif, d'une part, et de l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, d'autre part, sont inopérants et doivent être écartés.

4. En second lieu, les requérants contestent également le bienfondé de l'avis conforme défavorable du préfet.

5. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de coupe et des documents d'insertion joints au dossier de demande de permis de construire initial, déposé le 22 février 2018, que les pétitionnaires ont seulement déclaré l'édification sur limite séparative d'un muret, qu'ils ont présenté comme ayant une hauteur de 20 centimètres par rapport au terrain naturel. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des constatations effectuées par les services de la police de l'urbanisme, des photographies qui y sont jointes ainsi que du procès-verbal de constat d'huissier effectué le 3 février 2020, que le niveau du terrain naturel déclaré correspond en réalité au terrain fini, après exhaussement et création d'un mur de soutènement, dont la hauteur atteint plus d'un mètre à certains endroits de la limite séparative est. Il ressort des écritures mêmes des requérants que l'édification des constructions a nécessité des remblais, entraînant des remaniements du terrain naturel. Ces travaux n'ayant ainsi pas été autorisés par le permis de construire délivré le 25 avril 2018, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en les incluant dans son appréciation du risque d'inondation, pour l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

7. D'autre part, le préfet, dans son avis conforme du 1er août 2019, a certes constaté que le terrain d'assiette du projet était situé hors de la zone inondable du plan de prévention des risques d'inondation de la Zorn et du Landgraben, mais a estimé qu'il était hydrauliquement connecté à la zone inondable, de sorte que les remblais et le mur de soutènement réalisés sans autorisation étaient de nature à augmenter la lame d'eau localement et à faire obstacle au libre écoulement des eaux. Si les requérants font grief au préfet de s'être fondé sur des données piézométriques issues des constatations de ses propres services, sans que celles-ci n'aient de valeur réglementaire et soient opposables, les requérants n'en contestent toutefois pas la pertinence. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier, notamment des photographies versées aux débats et des constatations faites par un huissier de justice le 3 février 2020, que si les terrains des requérants et de leurs voisins ont déjà fait l'objet d'inondations par le passé, notamment en 2017, avant les travaux litigieux, la réalisation des remblais et du mur de soutènement a pour effet, lors de la crue de la rivière, d'empêcher le libre écoulement des eaux, celles-ci stagnant alors fortement sur les terrains voisins, dans des conditions de nature à porter atteinte à la sécurité et la salubrité publiques. Dès lors, et alors qu'il n'est pas établi que le permis pouvait être accordé en étant assorti de prescriptions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

8. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'avis du préfet du 1er août 2019 doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et de la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Gottenhouse qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais liés au litige.

11. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces dernières dispositions, de mettre à la charge de M. et Mme D le paiement d'une somme de 1 500 euros à la commune de Gottenhouse.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront à la commune de Gottenhouse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et Mme E D, à la préfète du Bas-Rhin et à la commune de Gottenhouse.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Iggert, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

L. A

Le président,

J. IGGERT

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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