mercredi 15 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2005053 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique (1) |
| Avocat requérant | ALEXANDRE - LÉVY - KAHN - BRAUN & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 août 2020 et le 17 février 2023, M. A B, représenté par Me Maumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a partiellement rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la notation annuelle établie au titre de l'année 2019 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'établir une nouvelle notation pour l'année 2019 en modifiant dans un sens plus favorable les appréciations littérales ainsi que le niveau de sa note ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- ses conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 juin 2020 sont recevables dès lors que la décision ultérieure du 24 novembre 2022 n'a été prise qu'en exécution de la première décision et ne constitue donc qu'un acte confirmatif insusceptible de recours ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'erreurs de faits ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa manière de servir ;
- il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral et le notateur ayant établi la notation en litige est précisément l'auteur de ses agissements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la nouvelle notation établie le 24 novembre 2022 en exécution de la décision ministérielle d'agrément partiel du recours formé par M. B s'est substituée aux décisions initialement attaquées ; les conclusions dirigées contre ces décisions initiales ont perdu leur objet de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les conclusions de M. Guth, rapporteur public,
- et les observations de M. B, présent à l'audience.
Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est gendarme depuis 1996. Il détient désormais le grade d'adjudant et est affecté depuis le 1er août 2012 au peloton de gendarmerie de montagne (PGM) de Hohrod dans le Haut-Rhin. M. B a formé un recours administratif enregistré le 14 novembre 2019 par la commission des recours des militaires, pour contester sa notation professionnelle concernant la période du 17 mai 2018 au 1er août 2019. Par une décision du 10 juin 2020, le ministre de l'intérieur a partiellement agréé sa demande et a supprimé un paragraphe contenu dans cette évaluation annuelle. Il a toutefois décidé de maintenir inchangées les autres mentions figurant dans cette notation et contestées par M. B. Par la présente requête, ce dernier demande l'annulation de la décision du 10 juin 2020 en tant qu'elle ne fait que partiellement droit à ses demandes.
Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I.- Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
3. D'autre part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
4. M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 10 juin 2020, rendue après avis de la commission des recours des militaires, par laquelle le ministre de l'intérieur n'a fait que partiellement droit à son recours contre sa notation au titre de l'année 2019. Le ministre fait valoir que, le 24 novembre 2022, une nouvelle notation annuelle a été établie au titre de la période en litige, en exécution de la décision du 10 juin 2020, laquelle aurait ainsi disparu de l'ordonnancement juridique. Toutefois, la circonstance qu'il ait été procédé à la modification de la notation de M. B en exécution de la décision du 10 juin 2020 agréant partiellement sa demande ne rend pas sans objet les conclusions à fin d'annulation dirigées par le requérant contre cette décision en tant qu'elle rejette les autres griefs présentés dans son recours administratif. La décision du 24 novembre 2022 invoquée par le ministre ne constitue qu'une décision confirmative prise en exécution de la décision du 10 juin 2020, laquelle est seule susceptible de recours. L'exception de non-lieu opposée par le défendeur ne doit pas être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 4135-1 du code de la défense : " Les militaires sont notés au moins une fois par an. / La notation est traduite par des notes et des appréciations qui sont obligatoirement communiquées chaque année aux militaires. / A l'occasion de la notation, le chef fait connaître à chacun de ses subordonnés directs son appréciation sur sa manière de servir. ". Aux termes de l'article R. 4135-1 de ce même code : " La notation est une évaluation par l'autorité hiérarchique des qualités morales, intellectuelles et professionnelles du militaire, de son aptitude physique, de sa manière de servir pendant une période déterminée et de son aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé. ". Enfin, aux termes de l'article R. 4135-2 du même code : " La notation est traduite : 1° Par des appréciations générales, qui doivent notamment comporter les appréciations littérales données par l'une au moins des autorités chargées de la notation ; 2° Par des niveaux de valeur ou par des notes chiffrées respectivement déterminés selon une échelle ou selon une cotation définie, dans chaque force armée ou formation rattachée, en fonction des corps qui la composent. La notation est distincte des propositions pour l'avancement ".
6. Il résulte de ces dispositions que la notation d'un militaire doit constituer une appréciation objective et complète par l'autorité hiérarchique des qualités et des aptitudes dont il a fait preuve pendant la période de notation.
7. Il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a partiellement fait droit au recours dirigé par M. B contre la notation en litige en supprimant le paragraphe relatif aux indiscrétions prétendument commises par l'intéressé auprès des partenaires extérieurs de son unité concernant les problèmes internes au service. En revanche, le ministre a décidé de maintenir les autres appréciations contestées par M. B en considérant que ce dernier " n'avait pas su prendre la pleine mesure de sa fonction de formateur Relais Retex ", qu'" en outre, en mars 2019, il a, par son refus d'obéir aux directives, été à l'origine de tensions avec le commandant du service départemental d'incendie et de secours ". Il est par ailleurs relevé que " l'adjudant M. B avait manqué de loyauté envers ses chefs et camarades en critiquant négativement leurs décisions ". Toutefois, alors que M. B justifie de ses mérites professionnels, de son investissement dans son rôle de formateur Relais Retex, dont il démontre maîtriser les objectifs et les limites, et produit de nombreuses attestations confirmant sa droiture et sa loyauté professionnelles, tant au sein de son commandement que vis-à-vis des partenaires extérieurs, le ministre n'apporte en défense aucun élément de nature à établir la matérialité des faits qui ont justifié les griefs retranscrits dans la notation en litige. Il n'est pas sérieusement contesté que le requérant s'est strictement conformé à la note expresse n° 31835 qui détermine le rôle et les missions du formateur " relais retex ". Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que l'origine des tensions survenues entre le groupement de gendarmerie et le commandant du service départemental d'incendie et de secours soit imputable à M. B. Enfin, l'affirmation selon laquelle le requérant aurait manqué de loyauté et aurait publiquement dénigré les décisions de sa hiérarchie et de ses camarades ne repose sur aucun élément probant. Ainsi, les appréciations négatives contestées par M. B ne sont pas fondées sur des faits matériellement établis. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 juin 2020 en tant qu'elle ne fait que partiellement droit à ses demandes.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement qui annule la décision du 10 juin 2020 rejetant partiellement le recours administratif préalable obligatoire de M. B contre le bulletin de notation individuelle pour 2019, initialement établi le 29 août 2019 et modifié le 24 novembre 2022, implique nécessairement qu'il soit établi un nouveau bulletin de notation de M. B au titre de l'année 2019. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'établir ce nouveau bulletin de notation pour 2019 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État à la somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 10 juin 2020 est annulée en tant qu'elle ne fait que partiellement droit au recours administratif formé par M. B contre sa notation au titre de 2019.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer d'établir un nouveau bulletin de notation de M. B au titre de l'année 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.
La magistrate désignée,
S. C Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026