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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2005067

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2005067

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2005067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrée les 17 août 2020, 14 septembre 2021, 2 mars et 12 avril 2022, Mme B D E, représentée par Me Tsaranazy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2019 par lequel le préfet de la Meurthe-et-Moselle a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour temporaire, subsidiairement de réexaminer sa situation, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, d'une part, en l'absence d'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), d'autre part, en l'absence de mention sur cet avis du nom du médecin qui a établi le rapport médical, ce qui ne permet pas au préfet de s'assurer de la régularité de la composition du collège de médecins, enfin en l'absence de preuve du caractère collégial de la délibération de ce collège ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, l'avis du collège des médecins de l'OFII ne mentionnant aucune nationalité ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet se contentant de faire référence à l'avis du collège des médecins de l'OFII sans justifier qu'elle peut effectivement bénéficier d'une prise en charge dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 juillet 2021 et 16 mars 2022, le préfet de la Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D E ne sont pas fondés.

Mme D E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 313-23 du même code : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 prévoit, d'une part, que l'avis émis par le collège des médecins " mentionne les éléments de procédure " et, d'autre part, qu'il est émis " conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté ".

2. En premier lieu, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise, conformément aux dispositions précitées, après un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 7 octobre 2019. D'autre part, et contrairement à ce que la requérante soutient, cet avis indique le nom du médecin rapporteur, ce qui permet d'établir que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège ayant émis son avis sur l'état de santé de l'intéressée. Enfin, il ressort de cet avis médical qu'il porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège de médecins ayant statué sur la situation de Mme D E. La requérante ne produit aucun élément qui permettrait de douter que les membres du collège de médecins ont confronté leur point de vue avant de rendre leur avis, même si les modalités de ce délibéré ne sont pas précisées. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice de procédure.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des mentions portées sur le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé qu'elles imposeraient la mention de la nationalité de l'étranger sollicitant la délivrance ou le renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé. La requérante ne saurait ainsi utilement reprocher à l'avis du collège des médecins de l'OFII de ne comporter aucune mention de sa double nationalité. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que Mme D E a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et, alors qu'il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII qu'elle a été convoquée pour examen et qu'il a été procédé à une vérification de son identité avant l'établissement du rapport du médecin instructeur, elle n'allègue ni n'établit qu'elle se serait prévalue de sa nationalité algérienne en sus de sa nationalité nigérienne en vue du renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure dans l'examen de la condition tenant à la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine doit être écarté.

4. En troisième lieu, Mme D E n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait, de sa propre initiative, porté à la connaissance du préfet des informations précises quant à la nature et la gravité de sa pathologie, aux traitements nécessaires et aux possibilités de soins existant dans son pays d'origine. Ainsi, le préfet de la Meurthe-et-Moselle, qui ne disposait, pour se prononcer, que de l'avis du collège de médecins de l'OFII, et a d'ailleurs relevé que l'intéressée n'avait pas souhaité lever le secret médical, a pu s'approprier les termes de cet avis sans renoncer à son pouvoir d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, pour refuser à Mme D E le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de la Meurthe-et-Moselle s'est fondé, ainsi qu'il a été dit, sur l'avis émis le 7 octobre 2019 par le collège des médecins de l'OFII qui a estimé que, si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Niger. Il ressort des pièces médicales produites par la requérante qu'elle souffre de troubles mentaux pour lesquels elle a été admise en soins psychiatriques le 7 novembre 2018 et qu'elle bénéficie d'un suivi au centre médico-psychologique de Metz ainsi que d'un traitement dont la composition a changé entre janvier 2019 et juin 2020, sans qu'il ne soit possible au vu des pièces versées au dossier de déterminer si ce changement était déjà intervenu à la date de la décision attaquée. Au demeurant, Mme D E ne justifie pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, tandis que le préfet produit des éléments de nature à établir qu'elle pourra bénéficier au Niger d'un traitement équivalent au dernier traitement qui lui est prescrit en France. La circonstance que les effets secondaires de ce traitement équivalent seraient plus lourds est sans incidence sur cette appréciation, de même que la circonstance qu'il pourrait ne plus être disponible sur le marché français à court terme. Enfin, si la requérante soutient, sans au demeurant l'établir, qu'elle ne pourrait pas avoir accès à un traitement approprié en Algérie, cette circonstance est également sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui est fondée sur la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié au Niger. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour pour raisons médicales, le préfet de la Meurthe-et-Moselle aurait fait une inexacte application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est écarté pour les mêmes motifs.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 20 décembre 2019 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme D E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D E et au préfet de la Meurthe-et-Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

Mme Brodier, première conseillère,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 juillet 2022.

La rapporteure,

H. C

La présidente,

J. Bonifacj

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet de la Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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