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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2005110

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2005110

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2005110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOUKARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 19 août 2020 et 5 avril 2022, Mme C B, représentée par Me Boukara, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2019, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 3 janvier 2020, par lesquelles le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'insuffisance d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que sa mère n'est pas en situation irrégulière ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au sérieux des études qu'elle mène et des ressources dont elle bénéficie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la circulaire du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2020, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 février 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A D,

- les observations de Me Boukara, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision du 6 novembre 2019 qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des énonciations de la décision du 6 novembre 2019, qui mentionne de façon circonstanciée les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Il s'ensuit que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté comme manquant en fait.

3. En troisième lieu, la requérante se prévaut de ce que sa mère doit être regardée comme étant en situation régulière sur le territoire français, au motif que les deux arrêtés pris à son encontre en date des 4 avril 2017 et 28 mai 2018 ont été annulés pour vices de procédure. En tout état de cause, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait à nouveau statué sur la situation administrative de la mère de Mme B, cette circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à ouvrir un droit au séjour à l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, ressortissante kossovienne, est arrivée en France en 2013, peu avant l'âge de seize ans. Si elle se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français et de sa scolarisation de 2014 à 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, a fait l'objet de deux décisions portant obligation de quitter le territoire français en date des 24 septembre 2015 et 6 décembre 2018. Par ailleurs, si la requérante a obtenu son baccalauréat en septembre 2019, elle n'établit pas ne pas pouvoir poursuivre ses études dans son pays d'origine où elle a été scolarisée jusqu'à l'âge de 16 ans. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige aurait porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue duquel il a été pris. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin n'a pas méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant cette décision. La requérante n'est pas davantage fondée, pour les mêmes motifs, à soutenir qu'à la date à laquelle il a été pris l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

7. Compte tenu notamment des circonstances mentionnées au point 5, lesquelles ne révèlent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation en n'examinant pas la situation de Mme B au regard des dispositions de cette circulaire.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

M. Therre, premier conseiller,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

L. D

La présidente,

J. Bonifacj

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2005110

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