mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2005366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MAAMOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 août 2020, et des mémoires enregistrés
les 4 janvier 2021 et 27 février 2022, M. A, représenté par Me Maamouri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2019 par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg a refusé à l'institut des langues-Campus Akademy le statut d'un établissement privé d'enseignement supérieur ;
2°) d'annuler la décision du 29 juin 2020 rejetant le recours gracieux présenté par
M. A contre la décision du 25 octobre 2019 ;
3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Strasbourg de reconnaître l'institut des langues-Campus Akademy comme un établissement privé d'enseignement supérieur ;
4°) de mettre à la charge de l'académie de Strasbourg le versement de la somme de 2 000 euros au titre des frais de l'instance.
M. A soutient que :
- sa requête est recevable, aucune décision implicite de rejet de son recours gracieux n'est intervenue, compte tenu, d'une part, des relances ayant prorogé le délai et, d'autre part, de l'absence d'accusé de réception de son recours gracieux présenté le 5 décembre 2019 ;
- les décisions attaquées ne sont pas motivées en droit ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'éducation ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant aux caractères des enseignements dispensés, au public ciblé, au projet pédagogique et aux diplômes et aptitudes de M. A.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 décembre 2020, 5 et 12 février 2021,
la rectrice, puis le recteur de la région académique Grand Est concluent au rejet de la requête.
Le recteur soutient que :
- la requête est irrecevable, les conclusions présentées contre la décision initiale
du 25 octobre 2019 sont tardives, et la décision du 29 juin 2020 n'est que confirmative d'un rejet implicite du recours gracieux intervenu quatre mois suivant réception de ce recours ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 20 janvier 2022, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-1-1 du code de justice administrative, il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience au cours du deuxième trimestre 2022 et que l'instruction pourrait être close à partir du 28 février 2022 sans information préalable.
En application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, une ordonnance, portant clôture immédiate de l'instruction, a été prise le 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022 :
- le rapport de Mme Merri, première conseillère ;
- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public ;
- et les observations de Me Maamouri, pour M. A.
Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 28 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a saisi, le 19 août 2019, la rectrice de l'académie de Strasbourg d'une déclaration d'ouverture d'un établissement privé d'enseignement supérieur appelé " Institut des langues-Campus Akademy ". Par décision du 25 octobre 2019, la rectrice a informé l'intéressé que l'établissement, objet de la demande, ne pouvait prétendre au statut d'établissement privé d'enseignement supérieur, mais à celui d'organisme de formation en langue. M. A a présenté un recours gracieux le 5 décembre 2019. Le 29 juin 2020, la rectrice a réaffirmé que l'établissement, objet de la demande, ne pouvait prétendre au statut d'établissement privé d'enseignement supérieur, mais à celui d'organisme de formation en langue. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 25 octobre 2019, ensemble la décision du 29 juin 2020 rejetant son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la rectrice d'académie :
2. Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3. " Et aux termes de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite. ".
3. Il résulte de ces dispositions combinées que, sauf dans le cas où un décret en Conseil d'Etat prévoit un délai différent, le silence gardé pendant plus de deux mois par les autorités administratives sur les recours gracieux ou hiérarchiques qui leur ont été adressés fait naître une décision implicite de rejet. Le délai de recours à l'encontre de cette décision implicite de rejet ne court que si le recours gracieux ou hiérarchique a fait l'objet d'un accusé de réception comportant les mentions exigées par ces dispositions.
4. En l'espèce, M. A a présenté le 5 décembre 2019 un recours gracieux contre la décision du 25 octobre 2019. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce recours gracieux a fait l'objet d'un accusé de réception dans les conditions prévues par les dispositions précitées.
Par suite, et en application de l'article L. 112-6 précité, les délais de recours ne lui sont pas opposables et la fin de non-recevoir opposée par la rectrice ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir / () ". Pour être régulièrement motivée, une décision administrative doit comporter un énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
5. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'éducation : " Tout Français () âgé de vingt-cinq ans, n'ayant encouru aucune des incapacités prévues par l'article
L. 731-7, ainsi que les associations formées légalement dans un dessein d'enseignement supérieur, peuvent ouvrir librement des cours et des établissements d'enseignement supérieur, aux seules conditions prescrites par le présent titre () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'ouverture de chaque cours doit être précédée d'une déclaration signée par l'auteur de ce cours. / Cette déclaration indique les nom, qualité et domicile du déclarant, les locaux où seront faits les cours, et l'objet ou les divers objets de l'enseignement qui y sera donné. / Elle est remise au recteur dans les départements où est établi le chef-lieu de l'académie, et à l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation dans les autres départements. Il en est donné immédiatement récépissé. / L'ouverture du cours ne peut avoir lieu que dix jours francs après la délivrance du récépissé () ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'ouverture d'un établissement d'enseignement supérieur privé dans une académie est subordonnée à la remise d'une déclaration à l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation dans cette académie, dans les formes et selon les règles qu'elles prescrivent. Cette déclaration d'ouverture n'est pas purement formelle et doit permettre à l'administration d'exercer un contrôle au vu des documents produits, au regard toutefois des seuls motifs énoncés par les articles L. 731-1 à L. 731-18 du code de l'éducation. Par suite, la décision en litige, qui refuse à M. A le statut d'établissement privé d'enseignement supérieur pour l'institut Campus-Akademy, est une décision défavorable au sens du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et doit, en conséquence, faire l'objet d'une motivation.
6. D'autre part, si les décisions en litige mentionnent que " les établissements ayant pour objet exclusif de dispenser des cours de langue ne peuvent être considérés comme des établissements privés d'enseignement supérieur ", et que " l'accès à ces formations s'adresse à un large public, sans condition de titre ou de diplôme, ce qui constitue un facteur déterminant pour la qualification d'enseignement supérieur ", la seule mention, dans la décision
du 25 octobre 2019, de l'arrêté du 22 mai 1985 portant création du DELF et du DALF, dont l'application est sans rapport avec ces considérations de fait, ne constitue pas l'énoncé d'une considération de droit sur laquelle les décisions seraient fondées. En l'absence de toute autre indication sur ces considérations, le requérant est fondé à soutenir que ces décisions sont insuffisamment motivées en droit.
7. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 25 octobre 2019 portant refus de délivrance du récépissé de déclaration d'ouverture de l'établissement Campus-Akademy, ensemble la décision du 29 juin 2020 portant rejet du recours gracieux présenté par le requérant, doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que soit enjoint au recteur de l'académie de Strasbourg de procéder à un réexamen de la demande de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait toutefois lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à l'instance, une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 octobre 2019 de la rectrice de l'académie de Strasbourg, ainsi que la décision du 29 juin 2020 rejetant le recours gracieux dirigé contre cette décision sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Strasbourg de procéder au réexamen de la déclaration préalable présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère,
Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2022.
La rapporteure,
D. MERRI
Le président,
P. REES
La greffière,
M.-C. SCHMIDT
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026