mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2005664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BIZZARRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 14 septembre 2020 et 11 février 2021, Mme D B, représentée par Me Bizzari, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg a refusé de reconnaître le caractère imputable au service de l'accident du 20 janvier 2020 ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Strasbourg de la placer en congé pour accident de service pour la période comprise entre le 21 et le 31 janvier 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 8 008,99 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- dès lors que l'avis de la commission de réforme n'est pas joint à la décision attaquée, il n'est pas possible de s'assurer du caractère régulier de la procédure ;
- l'avis rendu le 19 juin 2020 par la commission de réforme ne se rapportait pas à sa situation ;
- la composition de la commission de réforme était entachée d'irrégularité dès lors, d'une part, que n'y siégeait aucun médecin spécialiste de la pathologie dont elle est atteinte et, d'autre part, que ne s'y trouvait aucun médecin généraliste ;
- il n'est pas établi que l'avis aurait été rendu à la majorité des membres siégeant au sein de la commission de réforme, notamment parce que le quorum n'était pas atteint ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;
- elle est constitutive d'un détournement de procédure et d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 janvier 2021 et 15 mars 2022, la rectrice de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute de demande indemnitaire préalable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E C,
- les conclusions de M. Thomas Gros, rapporteur public,
- et les observations de M. A, représentant le rectorat de l'académie de Strasbourg.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, professeure certifiée d'économie-gestion, est affectée depuis septembre 2019 au lycée Louis Pasteur à Strasbourg. Le 25 janvier 2020, elle a rempli une déclaration d'accident de service afin que soit reconnu le caractère imputable au service de l'accident qui se serait produit le 20 janvier 2020. Par une décision du 2 juillet 2020, la rectrice de l'académie de Strasbourg a refusé de reconnaître le caractère imputable au service de l'accident du 20 janvier 2020. Par le présent recours, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 2 juillet 2020. Elle sollicite également la condamnation de l'Etat à lui verser une somme totale de 8 008,99 euros en réparation du préjudice qu'elle aurait subi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le fait que soient visées les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 et non celles de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résulte de ce que l'administration estime que la situation de l'intéressée relève du régime ordinaire des congés de maladie et ne caractérise ainsi pas un défaut de motivation. Quant à la circonstance que l'avis de la commission de réforme n'était pas joint, elle est sans incidence en l'espèce dès lors que la motivation de l'acte en litige reprend les termes mêmes de cet avis.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 12 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Dans chaque département, il est institué une commission de réforme départementale compétente à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15. Cette commission, placée sous la présidence du préfet ou de son représentant, qui dirige les délibérations mais ne participe pas aux votes, est composée comme suit : / 1. Le chef de service dont dépend l'intéressé ou son représentant ; / 2. Le directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques ou son représentant ; / 3. Deux représentants du personnel appartenant au même grade ou, à défaut, au même corps que l'intéressé, élus par les représentants du personnel, titulaires et suppléants, de la commission administrative paritaire locale dont relève le fonctionnaire ; toutefois, s'il n'existe pas de commission locale ou si celle-ci n'est pas départementale, les deux représentants du personnel sont désignés par les représentants élus de la commission administrative paritaire centrale, dans le premier cas et, dans le second cas, de la commission administrative paritaire interdépartementale dont relève le fonctionnaire ; / 4. Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret. / Le secrétariat de la commission de réforme départementale est celui du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret. ". Aux termes de l'article 6 de ce même décret : " Dans chaque département, un comité médical départemental compétent à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15 ci-après est constitué auprès du préfet. / La composition de ce comité est semblable à celle du comité médical ministériel prévu à l'article 5 (). ". Aux termes de l'article 5 de ce même décret : " Il est institué auprès de l'administration centrale de chaque département ministériel un comité médical ministériel compétent à l'égard des personnels mentionnés au 1er alinéa de l'article 14 ci-après. / Ce comité comprend deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, pour l'examen des cas relevant de sa qualification, un spécialiste de l'affection pour laquelle est demandé le bénéfice du congé de longue maladie ou de longue durée prévu à l'article 34 (3e et 4e) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée (). ".
4. Les dispositions précitées doivent être interprétées en ce sens qu'y compris lorsqu'elle examine une demande ne portant pas sur l'octroi d'un congé de longue durée ou de longue maladie, une commission de réforme doit comporter un spécialiste compétent pour l'affection dont est atteint un agent et au titre de laquelle est formulée une demande. Par ailleurs, les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. D'une part, il est constant qu'aucun médecin psychiatre ne siégeait lors de la séance de la commission de réforme du 19 juin 2020. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que Mme B a été examinée, le 2 mars 2020, par un médecin psychiatre qui a écarté, en des termes suffisamment circonstanciés, l'imputabilité au service de l'accident du 20 janvier 2020. La commission de réforme, qui n'a été destinataire d'aucun élément susceptible de remettre en cause l'appréciation posée dans le rapport d'expertise du médecin psychiatre, était ainsi en mesure de se prononcer sur la situation de Mme B. Dans ces conditions, la circonstance que la commission de réforme ait siégé en l'absence d'un médecin spécialiste n'a été de nature ni à priver l'intéressée d'une garantie ni à exercer une influence sur le sens de la décision attaquée.
6. D'autre part, la médecine interne et la médecine générale étant similaires, la circonstance que siégeaient, lors de la séance de la commission de réforme du 19 juin 2020, deux médecins spécialistes de médecine interne et non deux médecins généralistes est sans incidence sur la régularité de la composition de ladite commission de réforme.
7. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance (). / Les avis sont émis à la majorité des membres présents. () ".
9. Il ressort des mentions figurant sur le procès-verbal de la séance de la commission de réforme du 19 juin 2020 que six de ses membres étaient présents. Par suite, et alors qu'est sans incidence la circonstance qu'il ne soit pas fait état du détail des votes, le moyen tiré de l'absence de quorum de la commission de réforme doit être écarté.
10. En quatrième lieu, la circonstance que le procès-verbal de la séance de la commission de réforme qui s'est tenue le 19 juin 2020 fasse état de ce que l'agent dont le cas est examiné est né le 22 octobre 1982, alors que Mme B est née le 28 juillet 1965, constitue une simple erreur de plume. En effet, l'ensemble des autres éléments mentionnés dans ce même procès-verbal, et en particulier ceux de nature médicale et ceux relatifs à l'accident dont l'imputabilité au service est recherchée, permet d'établir qu'il a été procédé à l'examen de la situation de Mme B. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".
12. Il résulte de ces dispositions qu'un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel accident, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce. Par ailleurs, constitue un accident de service un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.
13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'expertise établi le
18 mars 2020 par un médecin psychiatre, que Mme B souffre de problèmes de nature psychique depuis 2016 et bénéficie à ce titre, et depuis cette période, d'un traitement psychiatrique. Par ailleurs, ce même rapport fait état de ce que l'intéressée est, depuis 2018, confrontée à des difficultés sur le plan professionnel. Mme B n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause ces deux constats qui ont conduit le médecin psychiatre à estimer que l'accident du 20 janvier 2020 ne pouvait être regardé comme imputable au service. En particulier, rien au dossier ne permet de démontrer que l'incident du 20 janvier 2020 aurait revêtu un caractère soudain et violent. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 21 bis de la loi du 13 janvier 1983.
14. En dernier lieu, l'administration pouvait, sans entacher la décision attaquée d'un détournement de pouvoir ou d'un détournement de procédure, décider de soumettre Mme B à une expertise médicale. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établies les allégations de la requérante selon lesquelles l'administration aurait fait appel à un médecin expert servant ses seuls intérêts. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure ne peuvent qu'être écartés.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
16. Dès lors que la décision attaquée n'est entachée d'aucune illégalité, les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée à leur encontre par la rectrice de l'académie de Strasbourg.
Sur les frais de l'instance :
17. L'Etat n'étant pas, dans le cadre de la présente instance, la partie perdante, les conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la rectrice de l'académie de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vogel-Braun, président,
Mme Servé, première conseillère,
Mme Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
A.-L. C
Le président,
J.-P. VOGEL-BRAUN
Le greffier,
S. BRONNER
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026