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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2005818

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2005818

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2005818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLE GUENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2020, Mme A B, représentée par Me Le Guennec-Schmitt, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 juillet 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir sans délai le versement de l'allocation de demandeur d'asile et de lui indiquer dans un délai qu'il plaira au tribunal de fixer un lieu d'hébergement à Strasbourg ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen personnel de sa situation;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de notification de la décision l'informant de l'intention de l'OFII de prendre la décision en litige elle n'a pas été en mesure de présenter des observations dans le délai de 15 jours ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'appréciation quant au prétendu refus d'une proposition d'hébergement ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa particulière vulnérabilité, ainsi que de celle de son fils ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n°2015-925 du 29 juillet 2015 ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros, président rapporteur.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante guinéenne, née le 10 octobre 1996, déclare être entrée en France le 3 novembre 2018. Elle a déposé une demande d'asile le 19 novembre 2018 auprès du guichet unique des demandeurs d'asile et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'OFII et a bénéficié, à compter de cette date, des conditions matérielles d'accueil. Au motif qu'elle a refusé une proposition d'hébergement en date du 10 mars 2020, le directeur générale de l'OFII, par décision du 22 juillet 2020, a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 6 octobre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ce que le tribunal l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

4. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision en litige, la requérante est privée de toute ressources, vit seule avec son fils âgé de 6 mois, et souffre d'une hépatite B qui nécessite un suivi médical régulier. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, Mme B justifie d'une situation de vulnérabilité particulière qui fait obstacle à la suspension des conditions matérielles d'accueil. Il s'ensuit que l'administration, en suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 22 juillet 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. Eu égard au motif d'annulation de la décision en en litige, l'exécution du présent jugement implique que l'OFII, sous réserve d'un changement des circonstances de droit ou de fait dans la situation de l'intéressée, rétablisse Mme B dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et lui verse en conséquence l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date d'effet de la décision attaquée et lui propose un lieu d'hébergement dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Guennec-Schmitt, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Le Guennec-Schmitt de la somme de 1 000 euros hors taxes.

DÉCIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 22 juillet 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir Mme B dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : L'OFII versera à Me Le Guennec-Schmitt la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me Le Guennec-Schmitt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Le Guennec-Schmitt et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,

Mme Claudie Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Romain Cormier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le président rapporteur,

T. GROSL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

C. WEISSE-MARCHAL

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2005818

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