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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2006517

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2006517

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2006517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2020, Mme A B, représentée par

Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 21 août 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir sans délai le versement de l'allocation de demandeur d'asile à compter du 21 février 2020 sous astreinte de 200 euros par jour à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a respecté l'ensemble des exigences des autorités chargées de l'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa vulnérabilité.

Par ordonnance du 11 octobre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2020.

Un mémoire présenté par l'OFII a été enregistré le 9 janvier 2023 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros, président rapporteur.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante nigérianne, née le 8 mars 1993, déclare être entrée en France le 7 juillet 2017. Elle a déposé une demande d'asile le 29 août 2017 auprès du guichet unique de la préfecture du Bas-Rhin, a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'OFII et a bénéficié, à compter de cette date, des conditions matérielles d'accueil. Par arrêté du 13 février 2018, le préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile. Au motif qu'elle été déclarée en fuite, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 1er octobre 2018. A l'expiration du délai de transfert, la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile qui a été enregistrée en procédure normale en décembre 2019. Elle a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII suite à l'enregistrement de sa demande d'asile, demande qui a été réitérée par le conseil de Mme B par courriels des 21 février, 4 et 14 mai 2020. Par décision du 21 août 2020, dont elle demande l'annulation, l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 6 décembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ce que le tribunal l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 2 septembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 octobre 2019, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme D, directrice adjointe, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice territoriale de Strasbourg, à l'effet de signer dans la limite de ses attributions tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Strasbourg. Il n'est, par ailleurs, pas établi que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de Mme D, signataire de la décision du 24 juillet 2020, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

5. Il résulte des dispositions précitées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. Il ressort des pièces du dossier que les conditions matérielles d'accueil accordées à Mme B ont été suspendues le 1er octobre 2018, au motif qu'elle ne s'est pas présentée " aux autorités (Dublin) " et n'a donc pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge pour l'OFII. En se bornant à soutenir, sans étayer ses allégations, qu'elle n'a jamais cherché à se cacher et s'est toujours tenue à disposition des autorités alors qu'il est constant que le délai de son transfert vers l'Italie avait expiré, la requérante ne démontre pas qu'elle n'a pas manqué à ses obligations justifiant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées ne peuvent qu'être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ".

8. Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le directeur général de l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier de la situation, notamment de vulnérabilité, de Mme B. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen ne peut être accueilli.

9. En dernier lieu, en se bornant à soutenir, sans étayer ses allégations, qu'elle est sans ressources et hébergement alors que la décision attaquée fait état de ce que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil, Mme B ne démontre pas que le directeur de l'OFII, en refusant de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, aurait commis une erreur dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées de l'article

L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Gaudron et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,

Mme Claudie Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Romain Cormier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le président rapporteur,

T. GROSL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

C. WEISSE-MARCHAL

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2006517

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