jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2007130 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GOURVENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 novembre 2020, 27 janvier 2021 et 1er juillet 2021, M. F D, représenté par Me Gourvennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juin 2019 par laquelle le maire de Sarrebourg ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 2 mai 2019 par M. C portant sur des travaux sur un terrain situé 13, rue du Sauvage ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sarrebourg une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le recours est recevable ;
- la décision est dépourvue de fondement, dès lors qu'elle ne mentionne pas la nature des travaux et la superficie au sol concernée ;
- les travaux que la décision est censée régulariser ont déjà été réalisés en 2018 et ne correspondent pas à ceux déclarés, dès lors qu'ils portent sur la création d'un espace supplémentaire de terrasse de 2,50 mètres carrés, la décision étant dès lors entachée de fraude ;
- les travaux ont été réalisés en méconnaissance des dispositions de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Sarrebourg ;
- les travaux n'ont fait l'objet d'aucune vérification de conformité par l'administration et engendrent des nuisances de voisinage.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 décembre 2020 et 9 février 2021, la commune de Sarrebourg conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 mai 2021 et 25 novembre 2021, M. et Mme C, représentés par la SCP C.B.F, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. D n'a pas d'intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Halil, avocate de M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 mai 2019, M. B C a déposé une déclaration préalable de travaux portant sur un immeuble situé 13, rue du Sauvage à Sarrebourg. Par une décision du 6 juin 2019, le maire de Sarrebourg ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 6 juin 2019.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt pour agir de M. D :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que M. D habite un immeuble à proximité immédiate de celui objet des travaux litigieux. La nature du projet, qui agrandit la terrasse de cet immeuble en la rapprochant des limites de la propriété de M. D, qui fait notamment état des nuisances sonores et de vues occasionnées par l'agrandissement de cette terrasse, est de nature à lui conférer un intérêt pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt pour agir doit être écartée.
Sur la légalité de l'arrêté du 6 juin 2019 :
5. En premier lieu, l'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.
6. La fraude est caractérisée notamment lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration pour obtenir une décision indue.
7. Le dossier de déclaration préalable déposé par le pétitionnaire précise que les travaux portent sur la dépose et la remise en place de la barrière de protection de la terrasse, la réparation du béton de la terrasse, le renforcement des armatures et leur ancrage dans le mur porteur, ainsi que la rectification de l'alignement par rapport au mur de la maison, entraînant la création d'une surface de 0,33 mètres carrés.
8. Le requérant fait grief au pétitionnaire d'avoir déclaré des travaux non-conformes à ceux qu'il a réalisés sans autorisation en septembre 2018, alors que cette déclaration avait précisément pour but de les régulariser. En se fondant sur un plan de bornage établi par un géomètre-expert le 19 août 1980, il soutient en particulier que M. C a en réalité procédé à l'extension de sa terrasse, portant l'emprise totale de celle-ci à plus de dix mètres carrés. Il fait valoir que la terrasse de M. C n'était, en 1980, que d'une surface de moins d'un mètre carré, qu'elle a été par la suite agrandie, pour connaître sa superficie définitive avec les derniers travaux contestés.
9. Si le plan de bornage établi en 1980 n'avait pas pour objet de définir l'implantation précise des bâtiments, et qu'ainsi il n'est pas établi que la terrasse, avant les travaux, ait été d'une surface de seulement un mètre carré, ce qui ressort en tout état de cause du procès-verbal de constat du 4 novembre 2005 produit par le pétitionnaire, il résulte en revanche clairement des photographies versées aux débats que les travaux réalisés en septembre 2018 ont agrandi la terrasse jusqu'au droit du bâtiment, côté cuisine. En effet, il en ressort que le pétitionnaire a réalisé une saignée dans le mur, coulé une chape et déplacé le garde-corps qui se situe désormais dans le prolongement du nu de la façade sud. Les photographies, versées aux débats, de la terrasse après travaux, montre bien l'adjonction d'une dalle en béton à l'ancienne terrasse recouverte de mosaïques multicolores, d'une superficie largement supérieure à celle déclarée de 0,33 mètre carré dans le prolongement de la façade, alors que le dossier de déclaration préalable est particulièrement trompeur sur la configuration et les dimensions précises de la terrasse existante avant travaux, laquelle est située bien en retrait de la façade, ainsi qu'il ressort des photographies versées au dossier. M. D, qui avait alerté l'administration de travaux irrégulièrement réalisés portant sur l'agrandissement de la terrasse du pétitionnaire, par un courrier du 20 novembre 2018 à laquelle le maire a répondu le 12 décembre 2018, est fondé à soutenir que la décision litigieuse a été obtenue par fraude.
10. En second lieu, aux termes de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Sarrebourg : " 2. Constructions édifiées à l'arrière du front bâti : Les nouvelles constructions et les extensions des constructions existantes doivent être édifiées soit en limite, soit en respectant un retrait par rapport aux limites séparatives égal à la moitié de la hauteur en tout point de la construction, sans que ce retrait ne soit inférieur à 3 mètres ".
11. Il ressort du plan de masse joint au dossier de déclaration préalable que les travaux en litige portent la distance de la terrasse nouvellement édifiée jusqu'au nu de la façade sud, à 2,59 mètres, soit moins de trois mètres de la limite séparative. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision en litige a été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme.
12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen présenté à l'appui de la requête n'est de nature à fonder l'annulation de la décision attaquée, sans qu'une régularisation soit envisageable sur le fondement des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme compte-tenu de la fraude entachant l'arrêté de non opposition contesté.
13. Il en résulte que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 juin 2019 par laquelle le maire de Sarrebourg ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. C.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Sarrebourg le paiement de la somme de 2000 euros à M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme C demandent au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1 : La décision du 6 juin 2019 par laquelle le maire de Sarrebourg ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. C est annulée.
Article 2 : La commune de Sarrebourg versera à M. D une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par M. et Mme C au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, M. B C et à la commune de Sarrebourg. Copie en sera transmise pour information au préfet de la Moselle et, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
Mme Kalt, première conseillère,
Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 février 2023.
La rapporteure,
L. A
Le président,
M. E
La greffière,
H. CHROAT
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026