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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2007702

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2007702

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2007702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n°2007702 le 7 décembre 2020, M. F A, représenté par Me Zimmermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui proposer une offre d'hébergement ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- son état de vulnérabilité n'a pas été évalué ;

- il doit être regardé comme particulièrement vulnérable en raison de l'état de santé de sa compagne et de l'âge de leurs enfants.

La procédure a été communiquée au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une mise en demeure a été adressée le 10 janvier 2022 au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2020.

II. Par une requête, enregistrée sous le n°2007706, le 7 décembre 2020, Mme D E, représentée par Me Zimmermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui proposer une offre d'hébergement ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- son état de vulnérabilité n'a pas été évalué ;

- elle doit être regardée comme particulièrement vulnérable en raison de son état de santé et de l'âge de ses enfants.

Une mise en demeure a été adressée le 10 janvier 2022 au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 21 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 juillet 2022 à 12 heures, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistré le 4 novembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2020.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2007702 et 2007706 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. F A et Mme D E, ressortissants kosovars sont entrés en France accompagnés de leurs deux enfants mineurs et ont présenté une demande d'asile. Ils ont accepté les conditions matérielles d'accueil le 7 octobre 2019. Par deux décisions du 24 juillet 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'ils ont refusé de se présenter aux autorités chargées de l'asile. Par la présente requête, M. A et Mme E demandent l'annulation de ces décisions.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

4. En l'espèce, la requête a été communiquée au directeur de l'OFII qui a été mis en demeure, le 10 janvier 2022, de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est toutefois demeurée sans effet à la date de la clôture d'instruction, fixée le 22 juillet 2022. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, le directeur de l'OFII doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits exposés dans les requêtes de M. A et Mme E.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment la circonstance que les intéressés n'ont pas respecté leur obligation de pointage dans le cadre de leur assignation à résidence les 8, 15, 22 et 29 janvier 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ".

7. M. A et Mme E se bornent à soutenir que leur vulnérabilité n'a pas été prise en compte avant l'intervention des décisions attaquées. Ces décisions mentionnent toutefois avoir été prises après examen de leur situation et notamment de leur vulnérabilité. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, M. A et Mme E ont vu le bénéfice de leurs conditions matérielles d'accueil suspendu au motif qu'ils n'ont pas satisfait à leur obligation de pointage les 8, 15, 22 et 29 janvier 2020. Ils soutiennent que cette suspension ne tient pas compte de leur situation de vulnérabilité et notamment de la circonstance que Mme E présente des troubles cardiaques, ainsi que cela ressort du certificat médical non circonstancié établi le 23 décembre 2019 par un médecin généraliste, et que leurs enfants sont âgés de 8 et 9 ans. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient suffire à établir que les décisions par laquelle le directeur de l'Office français d'immigration et d'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil n'auraient pas tenu compte de leur vulnérabilité et emporteraient sur leur situation particulière des conséquences disproportionnées. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. A et Mme E dirigées contre les décisions du 24 juillet 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. A et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Mme D E, à Me Zimmermann et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

J. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

C. MICHEL

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2007702,2007706

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