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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2008086

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2008086

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2008086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSONNENMOSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 décembre 2020, 26 mai 2021 et 23 septembre 2022, M. B D, représenté par la SELARL Soler-Couteaux et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2020 par lequel le maire d'Innenheim a accordé à l'EARL Eschbach un permis de construire un bâtiment agricole de type hangar, avec couverture en panneaux photovoltaïques, sur un terrain situé 5, rue Sébastien Brant ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2021 par lequel le maire d'Innenheim a accordé à l'EARL Eschbach un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Innenheim une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent les dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9, R. 431-10 et R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- ils méconnaissent les dispositions des articles 2, 4, 11 et 13 du règlement du plan local d'urbanisme d'Innenheim relatifs à la zone Ac.

Par des mémoires, enregistrés les 4 mai 2021 et 13 juillet 2021, la commune d'Innenheim, représentée par Me Sonnenmoser, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le requérant n'a pas sollicité l'annulation de la décision de rejet du recours gracieux ;

- le requérant n'a pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 mai 2021 et 7 septembre 2022, l'EARL Eschbach, représentée par Me Sonnenmoser, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le requérant n'a pas sollicité l'annulation de la décision de rejet du recours gracieux ;

- le requérant n'a pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Vilchez, avocat de M. D,

- les observations de Me Sonnenmoser, avocat de la commune d'Innenheim et de l'EARL Eschbach.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 juin 2020, l'EARL Eschbach a déposé une demande de permis de construire portant sur la construction d'un hangar agricole comportant une toiture en panneaux photovoltaïques sur un terrain situé 5, rue Sébastien Brant à Innenheim. Par un arrêté du 3 août 2020, le maire d'Innenheim a délivré le permis sollicité. Le 30 septembre 2020, M. D a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision du maire du 14 octobre 2020. Le 19 février 2021, l'EARL Eschbach a déposé une demande de permis de construire modificatif, portant sur la modification de la teinte des bardages en façade sud, est et ouest, et l'ajout d'indications relatives aux réseaux et aux plantations. Le permis modificatif a été délivré par un arrêté du 31 mars 2021. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation des arrêtés des 3 août 2020 et 31 mars 2021.

Sur la légalité des permis de construire :

2. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

3. En premier lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".

5. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire modificatif que la notice descriptive qui y est jointe comporte tout d'abord une rubrique intitulée " Etat initial du terrain " précisant que le terrain d'assiette du projet, qui a une vocation agricole, est situé en face d'une zone d'habitations sans caractéristiques architecturales spécifiques. Ensuite, la notice comporte également l'ensemble des indications relatives aux réseaux publics d'électricité, d'alimentation en eau potable, d'évacuation des eaux pluviales et des eaux usées. Enfin, la notice comprend une rubrique " végétation et traitement paysager " décrivant l'état initial de la végétation et les plantations qui seront effectuées sur le terrain. Par suite, à supposer que le permis initial comportait une irrégularité sur ce point, le permis modificatif l'a en tout état de cause régularisée.

6. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier les cotes dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ".

7. Ainsi qu'il a été dit plus haut, la notice descriptive jointe au permis de construire modificatif explicite les modalités de raccordement aux différents réseaux, ainsi que le plan de masse réalisé par la pétitionnaire. Par suite, à supposer que le permis initial comportait une irrégularité sur ce point, le permis modificatif l'a en tout état de cause régularisée.

8. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

9. Il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif qu'il comprend un plan cadastral, des photographies et photomontages permettant d'apprécier la manière dont le projet s'insère dans son environnement et la localisation des constructions avoisinantes, et matérialisant l'accès au bâtiment projeté. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucun texte n'impose à la pétitionnaire de joindre au dossier plusieurs photographies correspondant à différents points de vue du bâtiment. Par suite, à supposer que le permis initial comportait une irrégularité sur ce point, le permis modificatif l'a en tout état de cause régularisée.

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du caractère incomplet et erroné du dossier de demande de permis de construire doit être écarté dans toutes ses branches.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2-Ac du règlement du plan local d'urbanisme d'Innenheim : " Sont admises sous condition : / Les constructions et installations liées et nécessaires à l'activité d'une exploitation agricole () ".

12. Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à cette exploitation, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole, au sens de ces dispositions, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole d'une consistance suffisante.

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que la pétitionnaire exploite une activité maraîchère sur une surface utile de 66 hectares, ainsi que sur le site de la construction projetée, sur lequel elle dispose déjà d'autres bâtiments. Les bâtiments existants servent, d'une part, au stockage d'emballages, ont été construits en 1975, pour une surface de 300 mètres carrés, et étendus en 1983, pour une surface de 800 mètres carrés, afin, notamment d'installer un atelier. D'autre part, un autre bâtiment a été construit en 2016, d'une surface de 600 mètres carrés, et comporte une chambre froide et de conditionnement des légumes. Il ressort du dossier de demande que le projet en litige porte sur la réalisation d'un hangar de stockage des matériels et produits agricoles et création d'un local technique. Compte-tenu de l'activité maraîchère de l'EARL pétitionnaire, il doit être regardé comme une construction nécessaire à l'activité d'une exploitation agricole au sens de l'article 2-Ac du règlement précité du plan local d'urbanisme.

14. En tout état de cause, l'EARL a déclaré, pour l'année 2021, avoir traité un volume total d'environ 4600 tonnes de légumes, indique que son activité est en plein développement et qu'elle a des besoins nouveaux en stockage de matériels et en espace de lavage. Il ressort en effet des pièces du dossier, notamment de la fiche de renseignements justifiant la nécessité de la construction en zone agricole, que la pétitionnaire a jointe à son dossier de demande de permis de construire, qu'elle a déclaré que ce nouveau bâtiment était nécessaire au stockage de palettes en bois et de matériel agricole, pour les conserver en bon état, alors qu'ils sont actuellement stockés à l'extérieur, pour un volume de 500 mètres cubes, ainsi qu'à l'accueil d'une aire de lavage des résidus phytosanitaires et de remplissage de pulvérisateur. Il est également précisé au dossier que la toiture de ce bâtiment sera recouverte de panneaux photovoltaïques permettant d'assurer la rentabilité du projet.

15. Consultée pour avis, la chambre d'agriculture d'Alsace a, le 17 juillet 2020, émis un avis favorable, estimant que la construction était en lien avec et nécessaire à l'activité agricole. Le requérant, qui se borne à soutenir que les hangars existants sont suffisants et que ceux projetés ne sont pas nécessaires, sans contredire les éléments ainsi apportés par l'EARL Eschbach, ne l'établit pas.

16. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que le projet en litige ne serait pas nécessaire ni en lien avec à l'activité agricole du pétitionnaire, au sens du règlement du plan local d'urbanisme.

17. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2-Ac de ce règlement doit être écarté.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article 4-Ac du règlement du plan local d'urbanisme d'Innenheim : " Eau potable : / Toute construction ou installation qui requiert d'être alimentée en eau potable doit l'être par branchement au réseau public. / Toutefois, à défaut de branchement possible sur le réseau de distribution d'eau potable, l'alimentation en eau peut être réalisée par captage, forage ou puits particuliers, conformément à la législation en vigueur. / Lorsque la construction n'est pas raccordée au réseau public de distribution d'eau, le permis de construire pourra être subordonné à la création d'une réserve d'eau de 120 mètres cubes si, dans un rayon de 400 mètres, il n'existe pas un point d'eau naturel ou artificiel pouvant servir aux besoins des services d'incendie. : Eaux usées : / Eaux usées domestiques : Chaque branchement neuf devra se raccorder au réseau collectif existant. A défaut de branchement possible sur un réseau public d'assainissement, les eaux usées doivent, être traitées par un dispositif d'assainissement autonome et être évacuées conformément à la réglementation en vigueur. : Toute évacuation des eaux ménagères ou des effluents non traités vers les fossés, cours d'eau et égouts pluviaux est interdite. / Eaux usées non domestiques : Les eaux usées non domestiques ne peuvent être rejetées dans le réseau public d'assainissement recueillant les eaux usées sans autorisation, laquelle peut être subordonnée à certaines conditions, notamment à un pré-traitement agréé, conformément à la réglementation en vigueur. / Eaux pluviales : Pour toute nouvelle construction, y compris les extensions des bâtiments existants (mais hors rénovations de ceux-ci), des dispositifs de gestion des eaux pluviales sont obligatoires. / Les aménagements réalisés sur le terrain doivent garantir l'écoulement des eaux pluviales dans le réseau collecteur. En cas de réseau insuffisant ou inexistant, les aménagements nécessaires à la gestion des eaux pluviales sont à la charge du constructeur qui doit réaliser les dispositifs adaptés au terrain et à l'opération. Ces aménagements pourront être complétés par un dispositif de prétraitement adapté conformément à la réglementation en vigueur ".

19. D'une part, il ressort tout d'abord des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive jointe au dossier de demande de permis de construire modificatif, que la construction projetée ne requiert pas d'être alimentée en eau potable. D'autre part, il en ressort que les eaux usées non-domestiques ne seront pas raccordées au réseau d'assainissement collectif mais feront l'objet d'un traitement par une installation autonome. Par suite, et à supposer que le permis initial était entaché d'un vice sur ce point, le permis de construire modificatif a été délivré sans méconnaître les dispositions de l'article 4-Ac précité et le moyen correspondant ne peut dès lors qu'être écarté.

20. En quatrième lieu, aux termes de l'article 11-Ac du règlement du plan local d'urbanisme d'Innenheim, reprenant les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". S'agissant des clôtures, l'article 11-Ac précise que : " La hauteur des clôtures ne doit pas excéder 2 mètres. Elles devront être constituées par des haies vives, des grilles, grillages ou tous autres dispositifs à claire-voie comportant ou non un mur bahut dont la hauteur ne saurait excéder 0,6 mètre ".

21. D'une part, il résulte des dispositions précitées que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

22. Il ressort des pièces du dossier que le projet a vocation à s'implanter en zone agricole, dans un espace qui, pour sa partie située au nord-est de la rue Sébastien Brant, est constituée de champs et de bâtiments agricoles. Si d'autres quartiers bordent cette rue et sont constitués de maisons d'habitations, il ne ressort pas des pièces du dossier que celles-ci présenteraient une unité architecturale ou bénéficieraient d'une protection particulière. Par suite, et quand bien même les plantations projetées ne permettraient pas de masquer entièrement le bâtiment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le permis a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article 11-Ac du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'aspect extérieur du bâtiment.

23. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la notice descriptive et du plan de masse, que la pétitionnaire procèdera à la plantation d'une haie vive et d'arbres de moyenne et haute tige, le long de la rue Sébastien Brant et sur une trentaine de mètres, afin de permettre une meilleure intégration du bâtiment dans le paysage. Si le requérant soutient que ces plantations constituent une clôture supérieure à deux mètres, il n'est pas établi, au vu notamment du document d'insertion joint au dossier de demande de permis de construire modificatif, que les arbres de moyenne et haute tige, qui ont certes vocation à dépasser deux mètres de hauteur, seront implantés en limite de propriété et constitueront avec les autres haies une clôture, au sens des dispositions précitées de l'article 11. Il n'est pas davantage établi que ces plantations empêcheront l'accès au terrain d'assiette, qui, selon le plan de masse, est inchangé et se situe à gauche de celles-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 11-Ac du règlement doit être écarté.

24. En dernier lieu, aux termes de l'article 13-Ac du règlement du plan local d'urbanisme d'Innenheim : " Tout projet de construction devra comprendre un projet de plantation à base d'arbres à haute ou moyenne tige, ou de haies vives composées d'essences locales traditionnelles, fruitières ou feuillues, de manière à intégrer le mieux possible les constructions dans l'environnement naturel. / Les plantations devront plus particulièrement être réalisées pour créer une transition paysagère en direction des axes routiers. Les abords des bâtiments et les aires de stationnement devront présenter un caractère soigné et entretenu ".

25. Compte tenu de ce qui a été dit au point 23, il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif que la pétitionnaire a prévu la plantation de haies vives d'essence locale et d'arbres de haute et moyenne tige afin d'assurer l'intégration du bâtiment dans son environnement tout en permettant une " une transition paysagère en direction des axes routiers ". Par suite, et quand bien même le permis initial aurait été insuffisant sur ce point, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire a méconnu les dispositions de l'article 13-AC du règlement du plan local d'urbanisme. Le moyen articulé en ce sens doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Innenheim, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais liés au litige.

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Innenheim et de l'EARL Eschbach présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Innenheim et de l'EARL Eschbach présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à l'EARL Eschbach et à la commune d'Innenheim.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 mars 2023.

La rapporteure,

L. A

Le président,

M. C

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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