mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2008117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ROMMELAERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 décembre 2020, M. B A, représenté par
Me Rommelaere, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ainsi que le versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 30 juillet 2020, date de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne pouvait être prise en l'absence d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une exception d'illégalité de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil ;
- elle n'a été précédée d'aucun entretien préalable comme le prévoit l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'intéressé n'a reçu aucune information s'agissant de son droit au rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de la situation de vulnérabilité de l'intéressé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la notion de fuite ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la vulnérabilité de l'intéressé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n°2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros, président rapporteur.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B A, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1990, s'est présenté le 27 février 2019 au guichet unique des demandeurs d'asile et a accepté le
13 mars 2019 l'offre de prise en charge de l'OFII. Le 1er avril 2019 le préfet du Bas-Rhin a pris à son encontre un arrêté portant transfert aux autorités allemandes. Par décision du 5 juillet 2019 l'OFII a retiré les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté son obligation de se présenter aux autorités sur le fondement des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors applicable issue de la loi du 10 septembre 2018. A l'expiration du délai de transfert M. A a vu sa demande d'asile enregistrée sous procédure normale le 4 août 2020. Par décision du
9 octobre 2020, dont il demande l'annulation, l'OFII a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs doit être écarté.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que par décision du 5 juillet 2019 l'OFII a retiré de plein droit les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A au motif qu'il n'avait pas respecté son obligation de se présenter aux autorités. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure au motif qu'aucune décision de retrait ou de suspension n'a été prise préalablement à la décision attaquée ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
4. En troisième lieu, M. A invoque, par voie d'exception, l'illégalité de la décision par laquelle l'OFII lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter d'octobre 2018, qui ne serait ni écrite, ni motivée en application de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la décision par laquelle l'OFII refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil n'étant pas prise pour l'application de la décision antérieure par laquelle l'OFII a limité ou supprimé le bénéfice desdites conditions matérielles d'accueil, elle ne peut être regardée comme constituant la base légale de la décision en refusant ultérieurement le rétablissement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil de M. A ne peut, en tout état cause, qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version issue de la loi du 10 septembre 2018 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article () entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article
L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / L'étranger, présent sur le territoire français, peut introduire une action en paiement dans un délai de deux ans à compter de la date d'ouverture de ses droits. Ce délai est également applicable, à compter du paiement des prestations entre les mains du bénéficiaire, à l'action en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration. / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "
6. Par sa décision nos 428530 et 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'État a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
7. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ".
8. Contrairement à ce qu'il soutient, le requérant a bénéficié d'un entretien personnel le 30 septembre 2020 destiné à évaluer sa vulnérabilité au sens des dispositions précitées préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'entretien personnel manque en fait et ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, il ne résulte d'aucune disposition que le requérant devait être informé du droit au rétablissement des conditions matérielles d'accueil. En tout état de cause, ce défaut d'information ne ressort pas des pièces du dossier.
10. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet, le
1er avril 2019, d'une décision de transfert aux autorités allemandes prononcée par le préfet du Bas-Rhin. Par ailleurs, il est constant que l'OFII a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A au motif que ce dernier n'avait pas respecté ses obligations de présentation aux autorités de l'asile. Si le requérant soutient qu'il n'a jamais été déclaré en fuite et n'a jamais manqué à une quelconque obligation, il ressort des pièces du dossier, que contrairement à ce qu'il soutient, il a été déclaré en fuite par le ministère de l'intérieur, qu'il a fait l'objet d'un arrêté portant assignation à résidence qu'il n'a pas respecté, qu'il est demeuré sans attestation de demande d'asile pendant 12 mois sans aucunement se manifester auprès des autorités. Dans ces conditions, l'OFII n'a entaché sa décision d'aucune erreur dans l'appréciation de la notion de fuite.
11. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes et motifs de la décision contestée, que le directeur général de l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de vulnérabilité de M. A. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il est sans ressources, sans hébergement et qu'il présente un état anxio-dépressif, il est constant qu'il est âgé de 31 ans et célibataire. Il ressort en outre des pièces du dossier que le seul certificat médical dont il se prévaut ne fait état d'aucune maladie grave ou chronique et que selon l'avis du médecin de l'OFII son état de santé ne présente pas un caractère d'urgence. Dans ces conditions le moyen tiré d'une erreur de l'OFII dans l'appréciation de son état de vulnérabilité ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Rommelaere et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,
Mme Claudie Weisse-Marchal, première conseillère,
M. Romain Cormier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le président rapporteur,
T. GROSL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
C. WEISSE-MARCHAL
Le greffier,
S. BRONNER
La République mande et ordonne à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2008117
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026