mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2008218 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONHEIT-ANDRE-MAI |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire droit du 29 mars 2022, le tribunal a ordonné une expertise médicale.
L'expert a déposé son rapport le 18 juillet 2022.
Par un mémoire, enregistré le 27 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Monheit, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2020 de la commission de recours de l'invalidité, ensemble la décision du 12 novembre 2019 par laquelle la ministre des Armées a rejeté sa demande de révision de pension militaire d'invalidité pour aggravation formée le 4 décembre 2017 ;
2°) d'enjoindre à la ministre des Armées de réviser sa pension d'invalidité avec effet rétroactif en tenant compte de l'aggravation de son infirmité fixée à 37,7% ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'État aux entiers frais et dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été convoquée au moins un mois avant son audition ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le rapport d'expertise est recevable ;
- son invalidité est supérieure à 10% ;
- le taux de 37,7% d'invalidité retenu par l'expert doit être retenu par le ministère.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2022 et le 4 août 2023, la ministre des Armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le rapport d'expertise est irrecevable puisque l'expert n'a pas étudié l'avis du médecin conseil du 7 octobre 2019 et qu'il ne se fonde pas sur la nomenclature du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- l'invalidité de Mme B ne peut être retenue dès lors qu'elle est inférieure à 10% ;
- peut être retenue une invalidité au taux de 25% pour les séquelles de l'entorse de Mme B à compter du 8 décembre 2017 ainsi qu'une invalidité au taux de 10% pour une infirmité nouvelle en relation directe et déterminante avec l'invalidité existante.
Par une lettre du 31 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision du 12 novembre 2019 à laquelle s'est substituée la décision du 16 octobre 2020 prise sur recours administratif obligatoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Claude Carrier ;
- les conclusions de Mme Carole Milbach, rapporteure publique,
- les observations de Me Demarche, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
Sur la régularité du rapport d'expertise :
1. Aux termes de l'article L. 125-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Lorsqu'il s'agit d'amputations ou d'exérèses d'organe, les pourcentages d'invalidité figurant aux barèmes mentionnés à l'article L. 125-3 sont impératifs. Dans les autres cas, ils ne sont qu'indicatifs. ".
2. La ministre des Armées fait valoir que le rapport d'expertise déposé le 18 juillet 2022 est irrégulier d'une part, en ce qu'il ne fait pas référence à l'avis du médecin-conseil du 7 octobre 2019, méconnaissant ainsi ses missions, et d'autre part, en ce que l'expert ne se serait pas fondé sur la nomenclature annexée au code des pensions militaires d'invalidité pour évaluer le taux d'invalidité de Mme B.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes mêmes du rapport d'expertise que l'expert s'est bien fait communiquer tous les documents nécessaires à l'expertise, notamment l'avis susmentionné, l'absence de mention de cet avis dans la liste des pièces annexées au rapport ne relevant que d'une simple erreur matérielle. En outre, si l'expert se réfère expressément au barème des pensions civiles et militaires de retraite, il résulte des dispositions précitées que le barème-guide annexé au code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre n'est qu'indicatif en dehors des cas d'amputations ou d'exérèses d'organe. Dès lors, l'absence de référence au barème prévu au code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre est sans incidence sur la régularité du rapport d'expertise.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service. ". Aux termes de l'article L. 121-4 du même code : " () Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10%. ". Aux termes de l'article L. 154-1 du même code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / () / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur (). ". Cette dernière disposition doit s'entendre en ce que le taux de la pension en cas d'aggravation, est modifié notamment si l'une des infirmités s'est aggravée d'au moins 10 %, même si la répercussion sur le taux global est inférieure à 10 % et quelque minime qu'elle soit.
5. Mme B a été victime en 2003 d'une entorse grave du genou gauche par rupture du ligament croisé antéro-externe sous arthroscopie. Par un arrêté du 23 avril 2007, un taux d'incapacité de 15% lui a été reconnu. En 2014, en service, elle a subi deux nouvelles blessures. Il résulte de l'instruction que suite à celles-ci, Mme B marche avec une légère boiterie, a un périmètre de marche réduit à cinq cents mètres, ne peut plus marcher sur la pointe des pieds et ne peut se tenir en appui sur sa seule jambe gauche. Cet état, couplé à des douleurs importantes, complexifie la poursuite de sa carrière au sein des Armées. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert ordonné par jugement avant dire droit, que les accidents dont Mme B a été victime en 2014 alors qu'elle était en service sont en lien direct avec la blessure résultant de son accident de 2003. À cet égard, l'expert a estimé que l'invalidité de Mme B s'était aggravée, et a évalué cette aggravation à hauteur de 37,7% en raison de douleurs neuropathiques résultant d'un névrome d'une branche du nerf Saphène interne du genou gauche, d'une évolution vers une arthrose fémoro-tibiale externe du genou gauche post-laxité, de l'apparition d'une chondropathie rotulienne de stade II du genou gauche ainsi que de l'apparition d'une lésion du ménisque externe post-laxité chronique du genou gauche. Si le ministre des Armées conteste cette évaluation, il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'expertise ordonnée par jugement avant dire droit, il a sollicité l'avis du bureau des expertises médicales, qui confirme l'aggravation de l'état de Mme B, et ce de plus de dix points par rapport au pourcentage antérieurement fixé. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, c'est à tort que l'administration a rejeté la demande de révision de la pension militaire d'invalidité de Mme B en raison de l'aggravation de son infirmité.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision de la commission de recours de l'invalidité doit être annulée pour ce motif. Eu égard à ce qui précède, il y a lieu de fixer le taux d'invalidité de Mme B en lien avec le service à 37,7% à compter du 8 décembre 2017.
Sur les frais d'expertise :
7. En l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par jugement avant dire droit, taxés et liquidés à la somme de 2 244 euros par ordonnance du 13 septembre 2022 de la juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, à la charge définitive de l'État.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative..
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 octobre 2020 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a confirmé, sur recours préalable obligatoire, la décision du 12 novembre 2019 par laquelle la ministre des Armées a rejeté la demande de révision de pension militaire d'invalidité pour aggravation formée le 4 décembre 2017 par Mme B est annulée.
Article 2 : Le taux d'invalidité de la pension militaire d'invalidité de Mme B est fixé à 37,7% à compter du 8 décembre 2017.
Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 244 (deux mille deux cents quarante-quatre) euros par une ordonnance de la juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg du 13 septembre 2022, sont mis à la charge de l'État.
Article 4 : L'État versera à Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Monheit et au ministre des Armées. Copie en sera adressée à M. A E, expert.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Gros, premier conseiller,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
C. CARRIER
Le conseiller, premier assesseur,
T. GROS
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre des Armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026