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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2008383

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2008383

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2008383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCHAEFFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 décembre 2020 et 14 avril 2022, la SCI du domaine de Thanvillé, représentée par Me Schaeffer, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception en date du 5 février 2018 émis par la préfète de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin en paiement de la taxe d'aménagement d'un montant de 15 056 euros en principal et pénalités ;

2°) de la décharger du paiement de ladite taxe en principal et pénalités ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres de perception sont entachés d'illégalité dès lors qu'ils sont émis au nom d'une autre société civile immobilière ;

- ils sont insuffisamment motivés en ce qu'ils ne précisent pas la nature des constructions concernées par la taxation ;

- ils sont entachés d'erreur de droit dès lors que les travaux réalisés sur des constructions classées au titre des monuments historiques sont dispensés d'autorisation d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable, que le juge administratif n'est pas compétent pour statuer sur la régularité de la forme et de la motivation des titres de perception et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 mai 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 3 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A B,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI du domaine de Thanvillé a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office à la suite de travaux de restauration réalisés sur le château de Thanvillé, dont elle est propriétaire et pour lesquels un procès-verbal d'infraction a été dressé le 2 septembre 2015. Par une lettre du 4 novembre 2017, le préfet du Bas-Rhin a informé la société de ce qu'il envisageait d'exiger le versement par celle-ci de la taxe d'aménagement et de la redevance d'archéologie préventive exigibles assorties d'amendes. Le 5 février 2018, deux titres de perception ont été émis, respectivement pour un montant de 15 056 euros en vue du recouvrement de la taxe d'aménagement et pour un montant de 803 euros en vue du recouvrement de la redevance d'archéologie préventive. Par sa requête, la SCI du domaine de Thanvillé demande l'annulation du titre de perception émis en vue du recouvrement de la taxe d'aménagement ainsi que la décharge de la somme réclamée à ce titre.

Sur l'exception d'incompétence :

2. La SCI du domaine de Thanvillé conteste le bien-fondé du titre de perception émis le 5 février 2018 et non la régularité en la forme d'un acte de poursuite. Par suite, et contrairement à ce que soutient la préfète du Bas-Rhin, le présent litige relève de la compétence du juge administratif.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du titre de perception et de décharge de l'imposition :

3. Aux termes de l'article L.331-6 du code de l'urbanisme : " () Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article à la date d'exigibilité de celle-ci ou, en cas de construction sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire ou d'aménager, les personnes responsables de la construction. () ".

4. Il résulte de l'instruction que le titre litigieux, s'il n'est pas contesté qu'il a été émis, de manière erronée, au nom de la " SCI Domaine de Thanvillé Wagner Claude ", a été notifié à l'adresse du siège de la société requérante, propriétaire du château de Thanvillé et enregistrée sous le numéro SIRET 323267047, responsable des travaux réalisés sur celui-ci et par conséquent, redevable de la taxe d'aménagement. Par suite, et alors que c'est au demeurant cette même société qui est visée avec le numéro SIRET correspondant dans le cadre de la lettre engageant la procédure contradictoire du 4 novembre 2017, le moyen tiré de l'erreur sur l'identité du redevable doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Il en résulte qu'un titre de recettes doit indiquer les bases de liquidation de la dette. En application de ce principe, l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

6. Il résulte de l'instruction que le titre de perception litigieux indique que la créance réclamée correspond à la taxe d'aménagement prévue par les articles L.331-1 à L.331-34 du code de l'urbanisme. Il comporte, en dernière page, un encadré intitulé " détail de la somme à payer " qui contient un descriptif du projet soumis à la taxe, en particulier la surface taxable totale créée de la construction, à savoir 365 m², les montants et éléments de calcul incluant un détail des parts communales et départementales de la taxe et des taux applicables, les valeurs forfaitaires applicables, le taux d'abattement et le montant de l'amende applicable de 80%. Dans ces conditions, la SCI du domaine de Thanvillé n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception litigieux ne comporterait pas l'indication des bases de liquidation et serait en conséquence insuffisamment motivé. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L.331-6 du code de l'urbanisme : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement, sous réserve des dispositions des articles L. 331-7 à L. 331-9. / () / Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager, celle de délivrance du permis modificatif, celle de la naissance d'une autorisation tacite de construire ou d'aménager, celle de la décision de non-opposition à une déclaration préalable ou, en cas de constructions ou d'aménagements sans autorisation ou en infraction aux obligations résultant de l'autorisation de construire ou d'aménager, celle du procès-verbal constatant l'achèvement des constructions ou des aménagements en cause. ".

8. En outre, l'article L.331-9 du même code prévoit que " Par délibération prise dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article L. 331-14, les organes délibérants des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale, le conseil de la métropole de Lyon, les conseils départementaux, l'Assemblée de Corse et le conseil régional de la région d'Ile-de-France peuvent exonérer de la taxe d'aménagement, en tout ou partie, chacune des catégories de construction ou aménagement suivantes : () 5° Les immeubles classés ou inscrits au titre des monuments historiques () ".

9. Aux termes de l'article L.425-5 de ce code : " Lorsque le projet porte sur un immeuble classé au titre des monuments historiques, l'autorisation prévue au premier alinéa de l'article L.621-9 du code du patrimoine dispense de permis de construire, de permis d'aménager, de permis de démolir ou de déclaration préalable dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité compétente pour statuer sur les demandes de permis de construire. ". Aux termes de l'article L.621-9 du code du patrimoine : " L'immeuble classé au titre des monuments historiques ne peut être détruit ou déplacé, même en partie, ni être l'objet d'un travail de restauration, de réparation ou de modification quelconque, sans autorisation de l'autorité administrative. () / Les travaux autorisés en application du premier alinéa s'exécutent sous le contrôle scientifique et technique des services de l'Etat chargés des monuments historiques. ".

10. La SCI du domaine de Thanvillé soutient que le château de Thanvillé étant classé au titre des monuments historiques, les travaux réalisés sur celui-ci sont dispensés d'autorisation d'urbanisme et par voie de conséquence, ne donnent pas lieu au paiement de la taxe d'aménagement et de la redevance d'archéologie préventive. Elle soutient également que la nature de la construction concernée par les titres litigieux n'ayant pas été précisée par l'administration, elle n'est pas en mesure d'apprécier les abattements et exonérations éventuellement applicables.

11. En vertu des dispositions précitées, le château de Thanvillé étant classé au titre des monuments historiques, la société requérante était tenue de solliciter l'autorisation de l'autorité administrative compétente pour réaliser des travaux de restauration sur un tel bien. Or, aucune autorisation n'ayant été sollicitée par la société requérante, elle n'est pas fondée à soutenir que les travaux effectués étaient dispensés d'autorisation d'urbanisme et que la procédure de taxation d'office ne pouvait être suivie. Si elle évoque que dans certains cas, il existe des abattements et exonérations, notamment pour la transformation de surfaces non taxées lors de leur création, elle n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations selon lesquelles elle pourrait justifier entrer dans le champ d'application d'un tel abattement ou d'une telle exonération et n'établit d'ailleurs pas ni même n'allègue que les surfaces réalisées et visées dans le procès-verbal d'infraction, à savoir 158m2 de surface de plancher en extension et 207 m2 correspondants à une dalle créée dans la portion sud de l'aile est, ne permettaient pas de justifier des montants de bases taxables. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre de perception litigieux est entaché d'erreur de droit ou que le montant de la créance en cause serait erroné doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par la SCI du domaine de Thanvillé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SCI du domaine de Thanvillé demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SCI du domaine de Thanvillé est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI du domaine de Thanvillé et au ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires chargée des Collectivités territoriales. Copie en sera adressée à la Direction régionale des finances publiques et à la préfète de la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La première assesseure,

L. KALT

Le président rapporteur,

M. B

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires chargée des Collectivités territoriales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2008383

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