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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100026

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100026

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantYAHI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.Par une requête enregistrée le 4 janvier 2021 sous le numéro 2100026, Mme F G épouse E, représentée par Me Yahi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2020 par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

-la décision attaquée est entachée du vice d'incompétence ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences ;

-elle méconnaît l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît la circulaire du 22 juillet 2011.

La procédure a été communiquée à la préfète du Bas-Rhin, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une mise en demeure lui a été adressée le 20 septembre 2022.

Par une lettre du 20 septembre 2022, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience au cours du dernier trimestre 2022 et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 novembre 2022 sans information préalable.

Par ordonnance du 9 décembre 2022, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.

II.Par une requête enregistrée le 4 janvier 2021 sous le numéro 2100028, M. B E, représenté par Me Yahi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2020 par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient les mêmes moyens que ceux qui sont invoqués par son épouse à l'appui de la requête n° 2100026.

La procédure a été communiquée à la préfète du Bas-Rhin, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une mise en demeure lui a été adressée le 9 septembre 2022.

Par une lettre du 20 septembre 2022, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience au cours du dernier trimestre 2022 et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 novembre 2022 sans information préalable.

Par ordonnance du 9 décembre 2022, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H C,

- et les observations de Me Yahi représentant M. et Mme E.

Des notes en délibéré présentées par la préfète du Bas-Rhin dans les requêtes n° 2100026 et n° 2100028 ont été enregistrées le 23 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2100026 et n° 2100028 concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. M. et Mme E, ressortissants marocains nés respectivement en 1959 et 1960, ont sollicité le 8 août 2020 leur admission au séjour en qualité d'ascendants à charge d'un ressortissant français. Ils demandent l'annulation des décisions du 9 novembre 2020 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a rejeté ces demandes.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

4. Une copie des requêtes a été communiquée le 2 février 2021 à la préfète du Bas-Rhin qui a été mise en demeure de produire un mémoire en défense le 20 septembre 2020 en ce qui concerne Mme E et le 9 septembre 2020 s'agissant de M. E. Ces mises en demeure sont demeurées sans effet à la date de la clôture d'instruction, intervenue le 9 décembre 2022. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin doit, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, être regardée comme ayant acquiescé aux faits exposés dans les mémoires des requérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par un arrêté du 23 juillet 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée, signée par Mme A, serait entachée d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, il ressort de l'examen des décisions attaquées qu'elles comportent les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors le moyen tiré de leur défaut de motivation doit également être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions attaquées, que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier des demandes et de la situation personnelle des époux E avant de refuser de les admettre au séjour ou qu'elle aurait méconnu l'étendue de sa compétence.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si la présence de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, la carte de résident est délivrée de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour : () 2° A l'enfant étranger d'un ressortissant de nationalité française si cet enfant est âgé de dix-huit à vingt et un ans ou dans les conditions prévues à l'article L. 311-3 ou s'il est à la charge de ses parents ainsi qu'aux ascendants d'un tel ressortissant et de son conjoint qui sont à sa charge, sous réserve qu'ils produisent un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E ne sont ni l'un ni l'autre titulaires du visa de long séjour auquel les dispositions précitées du 2° de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile subordonnent la délivrance d'une carte de résident en qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la préfète du Bas-Rhin a refusé de leur délivrer le titre de séjour qu'ils avaient sollicité.

10. En cinquième lieu, M. et Mme E, qui sont de nationalité marocaine, ne sauraient utilement invoquer les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui ne concernent que la situation des ressortissants algériens. Ils ne peuvent pas non plus utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 22 juillet 2011, qui est dépourvue de tout caractère réglementaire et se borne à énoncer des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la régularisation des étrangers en raison des liens personnels et familiaux.

11. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. et Mme E se prévalent de leurs attaches familiales en France et de leur volonté d'insertion dans la société française. Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne leur garantit pas le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Les requérants n'étaient présents sur le territoire français que depuis quelques mois à la date des décisions attaquées et ils n'établissent pas être dépourvus de liens dans leur pays d'origine où ils ont vécu jusqu'à l'âge de 60 ans. Ils n'établissent pas davantage avoir maintenu des liens étroits avec leur fils, qui séjourne régulièrement en France, avant leur arrivée sur le territoire français. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions et à la très courte durée du séjour des intéressés en France, la préfète du Bas-Rhin, en refusant de les admettre au séjour, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, ces décisions ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces circonstances, les décisions attaquées ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences au regard de la situation personnelle des intéressés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme E ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G épouse E, à M. B E et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

Le rapporteur,

C. C

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

Nos 2100026, 2100028

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