mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2100210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | THOMANN |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2100210 le 13 janvier 2021 et le 21 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Thomann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de prendre acte de ce que le recours est dépourvu d'objet ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision en date du 13 novembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé la société Socotec Construction à procéder à son licenciement pour inaptitude ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la procédure est sans objet dès lors que la décision du 13 novembre 2020 a été annulée par une décision de la ministre du travail du 10 juin 2021 ;
- à titre subsidiaire, la décision est entachée d'incompétence ;
- elle doit être annulée en raison du lien entre la demande et son mandat.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 février 2021, le 5 août 2021 et le 10 octobre 2022, la SAS Socotec Construction, représentée par Me Brassart, conclut, à titre principal, à ce qu'il ne soit pas prononcé un non-lieu à statuer et à la jonction avec l'affaire n° 2201671, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente du jugement à intervenir dans l'affaire n° 2201671 et, en tout état de cause, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la procédure n'est pas dépourvue d'objet dès lors que la décision du 10 juin 2021 a fait l'objet d'un recours et n'est pas définitive ;
- aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que la décision litigieuse a été annulée.
II/ Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2201671 le 14 mars 2022 et le 10 octobre 2022, la SAS Socotec Construction, représentée par Me Brassart, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de joindre cette affaire avec l'affaire n° 2100210 ;
2°) d'annuler la décision en date du 10 juin 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé par Mme C contre la décision du 13 novembre 2020 autorisant son licenciement, a annulé cette décision et a refusé le licenciement de cette dernière ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- c'est à tort que la ministre a contrôlé la cause de l'inaptitude dans l'examen de la demande d'autorisation de licenciement ;
- son contrôle ne devait porter que sur les fonctions représentatives de Mme C à la date à laquelle s'est prononcée l'inspection du travail ;
- il n'existe aucun lien entre la demande d'autorisation de licenciement et le mandat de Mme C, dès lors que l'inaptitude est la cause exclusive de la demande et qu'il n'y a pas d'éléments relatifs au mandat dans cette demande ;
- il n'y a pas de lien entre la dégradation de l'état de santé de la salariée ayant conduit à son inaptitude et les conditions d'exercice de son mandat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, Mme C, représentée par Me Thomann, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SAS Socotec Construction au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la SAS Socotec Construction ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par SAS Socotec Construction n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Devys, rapporteure,
- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public,
- et les observations de Me Brassart, représentant la société Socotec Construction.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2100210 et n° 2201671 présentées pour Mme C et la société Socotec Construction présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme C, assistante d'agence à la société Socotec Construction et déléguée syndicale, a été déclarée inapte à son poste sans possibilité de reclassement par le médecin du travail le 9 juillet 2020. Par une demande du 16 septembre 2020, la société Socotec Construction a sollicité l'autorisation de licencier Mme C. Par une décision du 13 novembre 2020, l'inspecteur du travail a autorisé la société Socotec Construction à licencier Mme C pour inaptitude. Par une décision du 10 juin 2021, la ministre du travail a annulé la décision du 13 novembre 2020 d'autorisation de licenciement de Mme C et a refusé son licenciement. Mme C demande l'annulation de la décision du 13 novembre 2020 et la société Socotec Construction demande l'annulation de la décision du 10 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 juin 2021 :
3. En premier lieu, dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé sans rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
4. En l'espèce, la ministre du travail a estimé dans sa décision que l'inaptitude de Mme C résultait d'une dégradation de son état de santé en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives et qu'il existait par conséquent un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et les mandats de la salariée. La société Socotec n'est dès lors pas fondée à soutenir que la ministre aurait contrôlé à tort la cause de l'inaptitude de Mme C.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-7 du code du travail : " L'inspecteur du travail et, en cas de recours hiérarchique, le ministre examinent notamment si la mesure de licenciement envisagée est en rapport avec le mandat détenu, sollicité ou antérieurement exercé par l'intéressé. ".
6. Si la société Socotec soutient que la ministre du travail n'aurait dû effectuer son contrôle qu'au regard des fonctions représentatives exercées par Mme C à la date à laquelle s'est prononcée l'inspection du travail, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, dès lors que la ministre était fondée à rechercher si l'inaptitude de la salariée résultait d'une dégradation de son état de santé en lien avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice des fonctions représentatives, il lui appartenait de le faire au regard des différentes fonctions représentatives exercées par l'intéressée au cours de sa carrière dans la société, comme le prévoient, au demeurant, les dispositions précitées.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a alerté sa hiérarchie en février 2015 sur son obligation d'organiser son travail avec ses absences dans le cadre de l'exercice de son mandat et sur le défaut de suppléance pendant ces absences. En mars 2017, elle a à nouveau signalé le défaut de suppléance et la surcharge de travail en découlant. La requérante a démissionné de son mandat de membre du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail en octobre 2017. Suite à son entretien professionnel en 2018, elle a demandé un réaménagement du temps de travail pour ménager sa santé physique et mentale. Il ressort du mail du directeur d'agence du 18 juin 2018 adressé au médecin du travail que le réaménagement des horaires de Mme C était envisagé pour réduire son stress professionnel. Elle a été placée en arrêt de travail du 19 mars 2019 au 14 avril 2019 puis du 25 juin 2019 au 9 septembre 2019 et enfin du 11 septembre 2019 au 9 juillet 2020. Pendant son arrêt de travail, elle a saisi le conseil des prudhommes le 7 février 2020 en vue de la résiliation de son contrat aux torts de l'employeur. Dans ces conditions, il est établi que Mme C s'est retrouvée en situation de surcharge de travail, en raison de l'insuffisance de suppléance pendant ses absences. Par suite, c'est à bon droit que la ministre a considéré que l'insuffisance de mesures prises pour compenser les absences de Mme C en heures de délégation, qui ressort également des attestations de Mme D et de M. A, caractérisait un obstacle mis par l'employeur à l'exercice des fonctions représentatives de la salariée, que la surcharge de travail en découlant était en lien avec la dégradation de son état de santé et que l'inaptitude résultait de cette dégradation de son état de santé. La société Socotec n'est par suite pas fondée à soutenir qu'il n'existe aucun lien entre la demande d'autorisation de licenciement de Mme C et ses mandats.
8. Il résulte de ce qui précède que la société Socotec Construction n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 juin 2021 et que sa requête doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 novembre 2020 :
9. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 10 juin 2021 doivent être rejetées. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 13 novembre 2020.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Socotec Construction une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2100210 de Mme C.
Article 2 : La requête n° 2201671 de la société Socotec Construction est rejetée.
Article 3 : La société Socotec Construction versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, et à la société Socotec Construction.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
Mme Devys, première conseillère
M. Cormier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
La rapporteure,
J. Devys
Le président,
S. DhersLe greffier,
P. Souhait
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°s 2100210, 2201671
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026