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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100419

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100419

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL GENTIT & COLTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier et 9 novembre 2021, Mme C A, représentée par Me Gentit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision verbale par laquelle sa cheffe de service a modifié unilatéralement le contenu de ses obligations de service et y a ajouté la mission d'accueil du public ;

2°) d'annuler la décision du 9 janvier 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg a modifié ses droits à congés au titre de l'année scolaire 2018-2019 ;

3°) d'annuler la décision du 2 avril 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg lui a notifié l'existence d'un trop-perçu de rémunération et a organisé son recouvrement ;

4°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la rectrice de l'académie de Strasbourg sur son recours administratif formé le 22 septembre 2020 ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision modifiant ses obligations de service et l'assignant à l'accueil du public est illégale ; elle a été décidée de manière unilatérale par sa cheffe de service, sans aucune procédure ni décision formalisée ; cette fonction ne fait pas partie des missions des agents de catégorie B titulaires du grade de secrétaire administrative de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur ; cette décision s'inscrit dans un contexte plus général de dénigrement de son activité et de ses compétences, constitutive d'une situation de harcèlement ;

- la décision du 9 janvier 2020 qui affecte ses droits à congés et sa rémunération est illégale ; l'absence d'information préalable concernant les congés indument pris est constitutive d'une faute de la part de l'administration et entache la décision attaquée d'irrégularité ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la circulaire n°2003-0084 du 21 janvier 2003 qui en constitue le fondement n'a pas fait l'objet de la publication requise par les dispositions de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration et ne revêt aucun caractère règlementaire ;

- son placement en congés maladie ne doit pas la priver de ses droits à congés annuels ; elle a satisfait à l'ensemble de ses obligations de service ;

- cette décision s'inscrit également dans le contexte de harcèlement qu'elle subit ;

- la décision du 2 avril 2020 n'est pas motivée ; elle ne comporte aucun calcul déterminant la période de droits à plein traitement dus à l'agent et la période de traitement partiel ;

- avant de requalifier sa situation administrative et la nature du congé dont elle bénéficiait, l'administration était tenue d'attendre la décision du comité médical supérieur en réponse à sa demande de congés de longue maladie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, la rectrice de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable ; d'une part, c'est une requête collective dont les conclusions sont dirigées contre quatre décisions distinctes sans lien entre elles ; d'autre part, les conclusions dirigées contre les décisions prises entre les mois de juillet 2019 et avril 2020 sont tardives ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,

- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,

- et les observations de Me Gentit, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Marie-Hélène Golka, secrétaire administrative de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, est affectée depuis le 1er septembre 2018 au service de la comptabilité et de l'intendance du lycée des métiers Louis Couffignal à Strasbourg. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire du 12 novembre 2018 au 11 août 2019. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision verbale par laquelle sa cheffe de service lui aurait confié en juillet 2019, à titre principal, des missions d'accueil du public. Elle demande également l'annulation des décisions du 9 janvier et du 2 avril 2020 par lesquelles elle a été informée de la mise en place de retenues sur traitement en recouvrement de trop-perçus de rémunération, ensemble la décision implicite née du silence gardé sur son recours gracieux réceptionné par l'administration le 23 septembre 2020.

Sur les conclusions dirigées contre la décision verbale attribuant à Mme A, à titre principal, des missions d'accueil du public :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Cette règle, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient dès lors au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.

4. Mme A soutient que lors de son retour en poste en juillet 2019 à l'issue de son congé pour raisons de santé, sa cheffe de service lui aurait indiqué qu'elle aurait désormais pour mission principale d'assurer l'accueil du public. Mme A a introduit la présente requête le 21 janvier 2021, soit plus de dix-huit mois après avoir eu connaissance de la décision dont elle demande l'annulation. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le délai raisonnable d'un an, qui s'applique aux contestations des décisions orales, a été dépassé, sans que le recours gracieux exercé le 22 septembre 2022, qui, au demeurant, ne demande pas le retrait de cette décision, ait pu interrompre ce délai. Mme A ne se prévaut d'aucune circonstance qui l'aurait empêchée de contester en temps utile cette décision. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la forclusion doit être accueillie. Les conclusions à fin d'annulation de la décision verbale datant de juillet 2019 ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 9 janvier 2020 :

5. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 octobre 1984 : " Tout fonctionnaire de l'Etat en activité a droit, dans les conditions et sous les réserves précisées aux articles ci-après, pour une année de service accompli du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service. Cette durée est appréciée en nombre de jours effectivement ouvrés. / Un jour de congé supplémentaire est attribué à l'agent dont le nombre de jours de congé pris en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre est de cinq, six ou sept jours ; il est attribué un deuxième jour de congé supplémentaire lorsque ce nombre est au moins égal à huit jours. Les congés prévus à l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, à l'article 34 et à l'article 53, 3e alinéa, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée sont considérés, pour l'application de ces dispositions, comme service accompli. " Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " Les fonctionnaires qui n'exercent pas leurs fonctions pendant la totalité de la période de référence ont droit à un congé annuel dont la durée est calculée au prorata de la durée des services accomplis. () "

6. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année scolaire 2018/2019, Mme A a bénéficié de trente-sept jours de congés annuels alors que le rectorat a considéré que ses droits à congés pour cette année de référence devaient être fixés à vingt-cinq jours, correspondant à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service, en application des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat, augmentés de deux jours de fractionnement, soit vingt-sept jours.

7. En premier lieu, la circulaire de 21 janvier 2003, citée dans la décision du 9 janvier 2020, se borne à rappeler les dispositions et principes cités au point 5 du présent jugement et ne constitue dès lors pas le fondement légal de la décision en litige. Le moyen tiré du défaut de base légale en l'absence de caractère règlementaire et de publication régulière de cette circulaire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, les circonstances que Mme A n'aurait pas été informée de ce qu'elle avait dépassé ses droits à congés à son retour en juillet 2019 et qu'elle ne serait pas responsable de la validation indue des jours de congés pris en surplus est sans incidence sur la légalité de la décision de l'administration de procéder au recouvrement de cette dette pour absence de service fait pendant une durée de dix jours excédant les droits à congés annuels de l'intéressée.

9. En troisième lieu, la décision de la Cour de Justice de l'Union européenne dont se prévaut Mme A, si elle consacre un droit au report des congés non pris, ne s'oppose pas à ce que le nombre de jours de congés soit limité en cas de congés pour maladie. La requérante, qui ne conteste pas avoir pris plus de vingt-sept jours de congés sur la période en litige, n'apporte aucun élément de contestation quant au calcul par l'administration du nombre de jours de congés indûment octroyés.

10. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée du détournement de pouvoir allégué.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la rectrice lui a proposé de compenser la prise de ces jours indus par un prélèvement sur son compte épargne temps et lui a indiqué que, faute de mise en place de cette solution, une retenue sur traitement serait opérée à raison de dix trentièmes de sa rémunération.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 2 avril 2020 :

12. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () ".

13. Le fonctionnaire ne conserve droit au maintien intégral de son traitement pendant le congé de maladie qui lui est accordé qu'à la condition qu'à aucun moment de la période de congé la durée totale des congés de maladie obtenus par lui pendant la période de douze mois antérieurs ne dépasse trois mois. La période de douze mois consécutifs doit s'entendre des douze mois précédant immédiatement la date à laquelle la situation de l'agent est appréciée.

14. Il ressort des explications données par la rectrice dans sa décision du 2 avril 2020, que lors de la mise en place, en mars 2020, de la retenue sur traitement relatif à la régularisation des droits à congés de Mme A, cette opération informatique a généré par erreur la levée de la rémunération à demi-traitement de cent-quarante-sept jours à plein traitement et a entrainé le versement indu d'une somme complémentaire correspondant au paiement de ces jours à plein traitement.

15. En premier lieu, la décision du 2 avril 2020, qui se borne à acter le principe d'une retenue sur salaire sans procéder à la liquidation de l'indu, comportait en annexe une fiche récapitulative des périodes de congés et des précisions sur la rémunération due à plein ou demi-traitement pour chacune des périodes. Si le principe de la retenue sur traitement était expliqué à Mme A, il était indiqué que son quantum exact serait calculé par la direction générale des finances publiques en fonction des ressources de l'intéressée et de ses charges. Compte tenu de l'objet de la décision en litige, le moyen tiré du défaut de motivation en fait doit être écarté.

16. En deuxième lieu, la circonstance que le comité médical supérieur n'avait pas encore statué sur la demande de Mme A de bénéficier d'un congé de longue maladie est sans incidence sur le bien-fondé de la dette en litige et sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que ce recours ne revêt aucun caractère suspensif.

17. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée du détournement de pouvoir allégué.

18. Il s'ensuit que Mme A, qui ne conteste pas utilement le décompte de jours à plein traitement et demi-traitement fait par le rectorat de l'académie de Strasbourg et qui ne conteste pas avoir perçu la somme en litige sur sa paie de mars 2020, n'est pas fondée à soutenir que le principe desdites retenues est injustifié et que la décision du 2 avril 2020 est illégale.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions des 9 janvier et 2 avril 2020 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 22 septembre 2020 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Vicard, première conseillère,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

La rapporteure,

S. B

La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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