jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2100530 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LE DISCORDE - DELEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier 2021 et 13 juillet 2022, l'entreprise individuelle Karen B, représentée par la SELARL Le Discorde-Deleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le maire de Rosheim a refusé de lui délivrer un permis de construire un établissement para-hôtelier sur un terrain situé rue du Neuland, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rosheim une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 6 octobre 2020, de sorte que la décision attaquée doit être regardée comme une décision de retrait de ce permis tacite, édictée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 1 UX du règlement du plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mars 2021 et 8 septembre 2022, la commune de Rosheim, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par l'entreprise individuelle Karen B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Metzger, substituant Me Deleau, avocat de la société individuelle Karen B,
- les observations de Me Erckel, avocat de la commune de Rosheim.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 juillet 2020, l'entreprise Karen B, exerçant sous l'enseigne " l'aparté ", a déposé une demande de permis de construire un établissement para-hôtelier sur un terrain situé rue du Neuland à Rosheim. Par un arrêté du 1er octobre 2020, le maire de Rosheim a refusé la délivrance de ce permis. L'entreprise Karen B a présenté un recours gracieux contre cet arrêté le 27 novembre 2020, qui a été rejeté par une décision du 5 janvier 2021. Par la présente requête, l'entreprise Karen B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 et la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur la légalité de l'arrêté du 1er octobre 2020 :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". L'article R. 424-1 du code de l'urbanisme précise que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ".
3. La requérante a déposé un dossier de permis de construire le 6 juillet 2020, portant sur la construction d'un établissement para-hôtelier destinée à la location à la nuitée, d'une surface de plancher de 98,24 mètres carrés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité compétente aurait adressé à la pétitionnaire une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant les pièces manquantes, prolongeant ainsi le délai d'instruction, en application des dispositions des articles R. 423-38 et suivants du code de l'urbanisme. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 1er octobre 2020, adressé par courrier simple le 7 octobre 2020, aurait été notifié à la pétitionnaire dans le délai d'instruction de trois mois. Dans ces conditions, en vertu des dispositions précitées, la requérante est fondée à soutenir qu'elle s'est trouvée bénéficiaire, à l'expiration du délai de trois mois, soit le 6 octobre 2020, d'un permis de construire tacite, et que l'arrêté en litige doit être regardé comme procédant au retrait de ce permis.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". La décision portant retrait d'une décision tacite de non-opposition est au nombre de celles qui doivent être motivées. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire. L'observation de celle-ci constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'urbanisme dont le retrait est envisagé.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du 1er octobre 2020 attaquée ait été précédée de la procédure contradictoire prévue par ces dispositions. Contrairement à ce que soutient la commune de Rosheim, l'absence de toute procédure contradictoire préalable, quand bien même la requérante a exercé un recours gracieux postérieur par lequel elle a présenté ses observations, n'est pas régularisable. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision de retrait a été prise à la suite d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En second lieu, aux termes de l'article 1 UX du règlement du plan local d'urbanisme de Rosheim, occupations et utilisations du sol interdites : " En outre et uniquement dans la zone UX : les nouvelles constructions à usage d'habitat () ".
7. Aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme : " Les destinations de constructions sont : /1° Exploitation agricole et forestière ; / 2° Habitation ; / 3° Commerce et activités de service ; / 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; / 5° Autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire ". Aux termes de l'article R. 151-28 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : () 2° Pour la destination " habitation " : logement, hébergement ; / 3° Pour la destination " commerce et activités de service " : artisanat et commerce de détail, restauration, commerce de gros, activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, hébergement hôtelier et touristique, cinéma ; () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 10 novembre 2016 visé ci-dessus, applicable au litige : " La sous-destination " logement " recouvre les constructions destinées au logement principal, secondaire ou occasionnel des ménages à l'exclusion des hébergements couverts par la sous-destination " hébergement ". La sous-destination " logement " recouvre notamment les maisons individuelles et les immeubles collectifs. La sous-destination " hébergement " recouvre les constructions destinées à l'hébergement dans des résidences ou foyers avec service. Cette sous-destination recouvre notamment les maisons de retraite, les résidences universitaires, les foyers de travailleurs et les résidences autonomie ". Aux termes de l'article 3 de cet arrêté : " La destination de construction " commerce et activité de service " prévue au 3° de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme comprend les six sous-destinations suivantes : artisanat et commerce de détail, restauration, commerce de gros, activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, hébergement hôtelier et touristique, cinéma. / () / La sous-destination "autres hébergements touristiques" recouvre les constructions autres que les hôtels destinées à accueillir des touristes, notamment les résidences de tourisme et les villages de vacances, ainsi que les constructions dans les terrains de camping et dans les parcs résidentiels de loisirs ".
8. Le maire, par la décision attaquée, doit être regardé comme retirant le permis tacite dont est bénéficiaire la requérante au motif que le projet en litige, portant sur la création d'un gite destiné à la location, est une construction à usage d'habitation, non autorisée en zone UX.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de demande de permis de construire et de l'étude financière réalisée par Mme B, que le projet en litige porte sur la construction d'un loft privatif avec piscine et spa, au sein de la zone d'activités du Neuland, qui a vocation à être loué à la nuitée, avec des prestations de services touristiques incluant petits-déjeuners, plateaux-repas, ménage, location de vélos, prestations de services de bien-être (massages, soins esthétiques), événementiel. Cette construction, qui n'est pas attenante à l'habitation principale de Mme B et ne se limite pas, contrairement à ce que soutient la commune, à une location de meublé de tourisme, et quand bien même elle aurait l'apparence d'une maison d'habitation, n'est pas une construction à usage d'habitat, au sens de l'article 1UX du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, la requérante est également fondée à soutenir que le motif de retrait retenu par le maire est entaché d'illégalité.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'entreprise individuelle Karen B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er octobre 2020 et de la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Rosheim le paiement de la somme de 2 000 euros à l'entreprise individuelle Karen B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Rosheim demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 1er octobre 2020 et la décision du 5 janvier 2021 par laquelle le maire a rejeté le recours gracieux présenté par l'entreprise individuelle Karen B sont annulés.
Article 2 : La commune de Rosheim versera à l'entreprise individuelle Karen B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Rosheim présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise individuelle Karen B et à la commune de Rosheim.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
Mme Kalt, première conseillère,
Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 février 2023.
La rapporteure,
L. A
Le président,
M. C
La greffière,
H. CHROAT
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026