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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100651

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100651

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDESCHILDRE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier et 23 mars 2021, sous le n° 2100651, M. D B, représenté par Me Deschildre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision notifiée oralement le 30 novembre 2020 par laquelle il a été affecté à l'équipe d'approvisionnement du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA) à compter du 7 ou du 14 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la directrice du GHRMSA de le réintégrer à la cuisine sur le site de Sierentz du GHRMSA à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le GHRMSA aux dépens ;

4°) de mettre à la charge du GHRMSA la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter les demandes du GHRMSA.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- suite à sa saisine du présent tribunal, le GHRMSA lui a notifié une décision le 5 février 2021 l'affectant à l'équipe d'approvisionnement avec effet rétroactif au 7 décembre 2020 et cette décision est illégale en raison de son caractère rétroactif ;

- la décision attaquée est une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle est discriminatoire car prise en raison de son état de santé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mars 2021 et 27 janvier 2022, le groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace, représenté par sa directrice, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 800 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les décisions de changement d'affectation sont des mesures d'ordre intérieur réalisées dans l'intérêt du service et le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. B sont inopérants.

Par une ordonnance du 4 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 février 2022.

Par lettre en date du 21 mars 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, dès lors que cette dernière constitue une mesure d'ordre intérieur ne faisant pas grief.

II. Par une requête, enregistrée le 24 mars 2021, sous le n° 2102078, M. D B, représenté par Me Deschildre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 27 novembre 2020 par laquelle la directrice du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA) l'a affecté à l'équipe d'approvisionnement E1-1D, UF 7920 à compter du 7 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la directrice du GHRMSA de le réintégrer à la cuisine sur le site de Sierentz du GHRMSA à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le GHRMSA aux dépens ;

4°) de mettre à la charge du GHRMSA la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter les demandes du GHRMSA.

Il soutient que :

- la décision attaquée est illégale en raison de son caractère rétroactif ;

- elle est une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle est discriminatoire car prise en raison de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2022, le groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace, représenté par sa directrice, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 800 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les décisions de changement d'affectation sont des mesures d'ordre intérieur réalisées dans l'intérêt du service et le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. B sont inopérants.

Par une ordonnance du 4 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2022.

Par lettre en date du 27 mars 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, dès lors que cette dernière constitue une mesure d'ordre intérieur ne faisant pas grief.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le décret n° 2016-1705 du 12 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public,

- et les observations de Mme A, représentant le GHRMSA.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2100651 et n° 2102078, présentées pour M. B, concernent la situation d'un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. B est ouvrier professionnel titulaire au GHRMSA depuis le 1er février 2012. Il a été placé en disponibilité pour convenances personnelles du 1er janvier 2014 au 22 janvier 2017. Par une décision en date du 20 janvier 2017, il a réintégré le GHRMSA au sein du service de la cuisine sur le site de Sierentz à compter du 23 janvier 2017. Par décision en date du 10 novembre 2020, il a été placé en temps partiel thérapeutique du 12 novembre 2020 au 11 février 2021 inclus. Le 30 novembre 2020 à 10 heures, la directrice des sites et pôles de gériatrie lui a demandé de quitter les lieux et de mettre fin à son service de manière immédiate. Selon les déclarations de M. B, non contestées en défense, il aurait également été informé de ce qu'il serait affecté à l'équipe d'approvisionnement du GHRMSA à compter du 7 ou du 14 décembre 2020. Par une décision en date du 27 novembre 2020, notifiée à M. B le 5 février 2021, la directrice du GHRMSA l'a affecté à l'équipe d'approvisionnement E1-1D, UF 7920 à compter du 7 décembre 2020. Par ses requêtes, M. B demande l'annulation de la décision notifiée oralement le 30 novembre 2020 et de la décision du 27 novembre 2020 l'affectant à l'équipe d'approvisionnement.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant changement d'affectation :

3. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.

4. Aux termes de l'article 7 du décret du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière et technique de la catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les agents du corps des personnels ouvriers exercent les fonctions et activités suivantes : () 2° Les ouvriers principaux de 2e classe accomplissent des tâches techniques nécessitant une qualification professionnelle correspondant à un niveau de formation au moins équivalent à un diplôme de niveau V ou à une qualification reconnue équivalente ; (). ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de poste de M. B, ouvrier principal de 2ème classe, que le poste d'agent d'approvisionnement auquel il a été affecté à compter du 7 décembre 2020 consiste à participer à la fonction logistique en réalisant les opérations de réception et de distribution des marchandises, de fournitures hôtelières, de produits d'entretien, de linge, de repas, de consommables médicaux stériles et de médicaments et que ses tâches principales sont le déchargement et la réception des colis, ainsi que le groupage, le dégroupage et l'entreposage des marchandises. Ces missions correspondent bien à des tâches techniques nécessitant une qualification professionnelle correspondant à un niveau de formation au moins équivalent à un diplôme de niveau V ou à une qualification reconnue équivalente et sont ainsi de celles qui peuvent être confiées à un ouvrier principal de 2ème classe. Il ne ressort pas des fiches de poste produites que le changement d'affectation de M. B ait emporté une perte de responsabilités. De même, il ne ressort pas des fiches de paie produites que le changement d'affectation de M. B ait emporté une perte de rémunération.

6. D'autre part, si M. B soutient que les décisions attaquées ont été prises en raison de son état de santé, il ressort des termes de la décision attaquée du 27 novembre 2020 que la directrice a entendu se fonder sur les difficultés relationnelles rencontrées par M B qui ne permettaient pas aux agents du service de travailler dans de bonnes conditions et qui pouvaient, à terme, compromettre le bon fonctionnement du service. Le requérant ne conteste pas utilement la réalité de ces difficultés. Les décisions attaquées ont ainsi été prises dans l'intérêt du service et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les décisions aient été fondées sur l'état de santé de l'agent. Elles ne sont, par suite, pas entachées de discrimination.

7. Enfin, M. B soutient que les décisions attaquées constituent des sanctions disciplinaires déguisées. Un changement d'affectation ordonné d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent. En premier lieu et ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier une dégradation de la situation professionnelle de M. B. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, les décisions attaquées sont fondées sur l'intérêt du service et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la directrice du GHRMSA ait entendu sanctionner l'agent.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les décisions attaquées ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives que M. B tient de son statut ou à l'exercice de ses droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Elles ne traduisent ni une discrimination ni une sanction. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les dépens :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

11. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation du GHRMSA aux dépens ne peuvent ainsi, et en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du GHRMSA, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le GHRMSA au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes n° 2100651 et 2102078 de M. B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions du GHRMSA présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Messe, présidente,

Mme Milbach, première conseillère,

M. Duez-Gündel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

M.-L. MESSE

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2100651 - 2102078

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