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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100829

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100829

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL LEONEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 8 février 2021, 22 octobre 2021, 3 décembre 2021 et 12 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Cereja, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2020 par lequel le maire de Blatzenheim a accordé à M. et Mme G un permis de construire modificatif ainsi que la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Blatzenheim a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Blatzenheim et de M. et Mme G le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir ;

- elle satisfait aux exigences posées par les articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UC 7.1 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Blatzenheim.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril 2021 et 28 janvier 2022, la commune de Blatzenheim, représentée par la SELARL Leonem, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et, en toute hypothèse, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- le moyen soulevé n'est pas fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 août 2021, 22 octobre 2021 et 28 novembre 2021, M. et Mme G, représentés par la SELARL Juriperformance, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en toute hypothèse, à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- le moyen soulevé n'est pas fondé.

Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites par l'ensemble des parties, les 28 octobre 2022, 2 novembre 2022, 9 novembre 2022 et 14 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F C,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me De Villemeur, avocat de Mme A,

- les observations de Me Juliac Degrelle, avocat de la commune de Baltzenheim.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 janvier 2017, M. et Mme G se sont vu délivrer un permis de construire par le maire de la commune de Baltzenheim pour un projet situé 1, rue d'Artzenheim, à Baltzenheim. Par un arrêté du 18 août 2020, le maire de Blatzenheim a accordé aux époux G un permis de construire modificatif. Mme A a, par courrier du 14 octobre 2020, formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a été rejeté par une décision du 9 décembre 2020. Par le présent recours, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 août 2020 ainsi que la décision du 9 décembre 2020.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif délivré le 18 août 2020 porte sur la matérialisation exacte du niveau de la terrasse de la construction des époux G, sur un bloc de climatisation, sur des modifications de l'apparence de l'extension et des bordures des fenêtres et lucarnes afin de les rendre conformes aux prescriptions de l'architecte des bâtiments de France et la pose d'une clôture au droit de la limite séparant le terrain de Mme A de celui de M. et Mme G. Par ailleurs, alors même que la pose d'une gouttière au droit de l'une des façades du bâtiment n'est pas mentionnée dans le permis de construire modificatif, il ressort des pièces du dossier que cette gouttière ne figurait pas dans le permis de construire initialement accordé et doit ainsi être regardée comme faisant partie des points régularisés par l'arrêté attaqué. Ces modifications, prises dans leur ensemble, revêtent une ampleur de nature à porter atteinte aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien par Mme A qui rappelle que les travaux en litige prennent appui sur la partie de construction située du côté de sa propre parcelle de laquelle elle aura désormais une vue sur la nouvelle gouttière disgracieuse située à quelques mètres de sa propriété. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense et tirée du défaut d'intérêt à agir de la requérante ne peut être accueillie.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

5. Aux termes de l'article UC 7 du plan d'occupation des sols de la commune de Blatzenheim, alors en vigueur compte tenu des dispositions de l'article L. 172-5 du code de l'urbanisme : " 7.1. A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de : / - la différence d'altitude entre ces deux points / - la plus grande hauteur de ce bâtiment, mesurée à l'égout du toit / sans pouvoir être inférieure à 3 mètres. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la gouttière apposée sur la façade de la construction en litige en constitue un élément indissociable, de sorte qu'elle doit être prise en compte dans l'appréciation du respect de la règle de prospect. Or, en l'espèce, il n'est pas contesté que cette gouttière est implantée à une distance inférieure à 3 mètres par rapport à la limite parcellaire ouest du terrain. Mme A est ainsi fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît, dans cette mesure, les dispositions précitées de l'article UC 7 du plan d'occupation des sols de la commune de Blatzenheim.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 18 août 2020 méconnaît l'article UC 7 du plan d'occupation des sols en tant que la façade de la construction des époux G est implantée à moins de 3 mètres de la limite séparative ouest. Il y a ainsi lieu de l'annuler dans cette mesure ainsi que la décision du 9 décembre 2020 rejetant le recours gracieux de Mme A.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

8. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : "Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

9. Les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par un permis modificatif. L'application de ces dispositions n'est pas subordonnée à la condition que la partie du projet affectée par le vice soit matériellement détachable du reste du projet.

10. Le vice dont la requérante fait état concerne le non-respect de la règle de prospect définie par les dispositions de l'article UC 7 du plan d'occupation des sols du fait de la présence, sur la façade ouest du bâtiment, d'une gouttière. Ce vice affecte ainsi une partie identifiable du projet. Il y a donc lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L.600-5 du code de l'urbanisme, d'annuler le permis de construire modificatif en tant qu'il autorise la pose d'une gouttière en méconnaissance de la règle de prospect définie par l'article UC 7 du plan d'occupation des sols au niveau de la façade ouest du bâtiment des époux G.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement des sommes que M. et Mme G ainsi que la commune de Blatzenheim demandent au titre des frais liés au litige.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge respective de M. et Mme G et de la commune de Blatzenheim le versement à Mme A de la somme de 1 000 euros chacun.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 18 août 2020 en tant qu'il autorise la pose d'une gouttière en méconnaissance de l'article 7 UC du plan d'occupation des sols de la commune de Blatzenheim au niveau de la façade ouest du bâtiment des époux G et la décision du 9 décembre 2020 sont annulés.

Article 2 : La commune de Blatzenheim versera à Mme A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme G verseront à Mme A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. E G, à Mme H G et à la commune de Baltzenheim.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

A.-L. C

Le président,

M. D

La greffière,

J. BROSE

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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