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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100844

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100844

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOURCHENIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2021, M. C B, représenté par Me Bourchenin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à exercer une activité professionnelle, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est illégale dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une communication des motifs en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale dès lors que sa demande de titre de séjour n'a pas été traitée dans un délai raisonnable ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de titre sur sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malgache, est entré en France le 4 avril 2018 avec un visa court séjour. Il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 313-14 du même code. Il a formé une requête contre la décision implicite de rejet née le 13 décembre 2020. Par une décision du 1er février 2022, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. Les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour née du silence du préfet de la Moselle, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 1er février 2022, notifiée le 3 février 2022, par laquelle le préfet a expressément refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour, qui s'est substituée à la première.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision du 1er février 2022 s'étant substituée à la décision de refus implicite née du silence du préfet de la Moselle, le moyen tiré de ce que, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, les motifs de la décision implicite du 13 décembre 2020 n'ont pas été communiqués au requérant, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision n'aurait pas été rendue à l'issue d'un délai raisonnable doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, le préfet expose dans la décision du 1er février 2022, de manière suffisamment précise et circonstanciée, en se référant aux éléments produits à l'appui de la demande de titre de séjour, les motifs pour lesquels la réalité de la vie commune du requérant avec sa partenaire de pacte civil de solidarité ne lui paraît pas établie, pas plus que la réalité, la stabilité et l'intensité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ne pourra qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur au jour de la décision contestée, qui reprend à l'identique les dispositions de l'ancien article L. 313-11 7°, dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a conclu un pacte civil de solidarité le 22 octobre 2019 avec une ressortissante française. Toutefois, si le requérant indique avoir une vie commune avec cette dernière depuis l'été 2018, les éléments produits à l'appui de ses allégations, qui datent de l'automne 2019 s'agissant de la facture d'électricité comme des attestations établies par sa partenaire de pacte civil de solidarité, ne permettent pas d'établir l'ancienneté de leur vie commune, pas plus que son actualité au moment où il a fait sa demande de titre de séjour. Aucun autre élément ne vient établir l'intensité, l'ancienneté ni la stabilité de ses liens personnels et familiaux avec la France. M. B n'apparaît, en outre, pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 32 ans et où réside encore sa mère. Par conséquent, le préfet de la Moselle n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il n'a pas non plus porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur au jour de la décision contestée, qui reprend à l'identique les dispositions de l'ancien article L. 313-14, dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

9. M. B ne fait valoir aucune considération humanitaire ni aucun motif exceptionnel de nature à justifier son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Dès lors, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de titre de séjour.

10. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 7, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour sur la vie privée et familiale du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Moselle.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le rapporteur,

S. A

Le président,

P. REES

La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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