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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100867

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100867

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2021, Mme D A, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 2 octobre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Jury a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée au-delà du 31 décembre 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Jury de réexaminer son dossier à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Jury la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 8 du décret du 25 février 1997 relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique hospitalière, en tant que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un entretien et d'une consultation de la commission administrative paritaire ;

- elle méconnaît l'article 8 du décret du 25 février 1997 relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique hospitalière, en tant qu'elle avait un droit au renouvellement de son contrat ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle avait droit à un congé de maladie imputable au service ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2021, le centre hospitalier régional de Jury, représentés par la SELARL CM. Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Par une ordonnance du 2 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le décret n° 97-185 du 25 février 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public,

- et les observations de Me Condello, représentant le centre hospitalier de Jury.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier de Jury en contrat à durée déterminée du 17 juillet 2017 au 31 août 2017 pour exercer les fonctions à temps plein de secrétaire au service de psychiatrie adulte du pôle 5. Elle a ensuite été recrutée par un contrat à durée déterminée du 1er octobre 2018 au 31 décembre 2018, à temps non complet à hauteur de 50 % et affectée au service psychiatrie d'urgence et de liaison / centre d'accueil et de crise du pôle 2. Ce contrat a été renouvelé trois fois jusqu'au 31 décembre 2019. Elle a ensuite été placée à temps non complet à hauteur de 80 % pour la période du 1er janvier 2020 au 30 avril 2020 et affectée à 60 % à l'hôpital de jour en addictologie au pôle 6 et à 40 % à la cellule d'urgence médico-psychologique. Son contrat a été renouvelé pour la période du 1er avril 2020 au 31 décembre 2020. Par une décision en date du 2 octobre 2020, le directeur du centre hospitalier de Jury a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée au-delà du 31 décembre 2020. Par lettre en date du 26 novembre 2020, reçue le 30 novembre 2020, Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Une décision implicite de rejet est née le 30 décembre 2020. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision en date du 2 octobre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Jury a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée au-delà du 31 décembre 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 28 février 2020, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle du 4 mars 2020, le directeur du centre hospitalier spécialisé de Jury a donné délégation à M. E B, directeur adjoint chargé des ressources humaines, à l'effet de signer l'ensemble des actes relatifs à la gestion des ressources humaines, dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire de la décision attaquée du 2 octobre 2020, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si la requérante se prévaut des dispositions de l'article 8 du décret du 25 février 1997 relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans le fonction publique hospitalière pour soutenir que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un entretien et d'une consultation de la commission administrative paritaire et qu'elle avait un droit au renouvellement de son contrat, il ne ressort ni des termes des contrats et avenants successifs, ni d'aucune autre pièce du dossier, que les contrats ainsi conclus entre le centre hospitalier spécialisé de Jury et la requérante l'aient été en application du décret du 25 février 1997 susvisé. Ainsi, en dépit de la circonstance qu'à la date de la décision attaquée Mme A bénéficiait de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé par une décision du 5 mars 2020 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Moselle, ces deux moyens doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " L'agent contractuel en activité bénéficie en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle d'un congé pendant toute la période d'incapacité de travail jusqu'à la guérison complète, la consolidation de la blessure ou le décès. / L'intéressé a droit au versement de son plein traitement dans les limites suivantes : / 1° Pendant un mois dès son entrée en fonctions ; / 2° Pendant deux mois après un an de services ; / 3° Pendant trois mois après trois ans de services. ". Aux termes de l'article 26 du même décret : " L'agent recruté par contrat à durée déterminée ne peut bénéficier des congés prévus aux titres III, IV, V et VI au-delà du terme fixé par son contrat. ". Il résulte de ces dispositions que la circonstance qu'un agent contractuel soit en congé pour accident de service ou pour maladie professionnelle à la date d'échéance de son contrat à durée déterminée ne fait pas obstacle à ce que ce contrat cesse de produire ses effets à cette date.

5. Si la requérante soutient qu'elle avait droit à un congé de maladie imputable au service à compter du 2 juillet 2020 faisant obstacle à la décision attaquée, il résulte de ce qui vient d'être dit que cette circonstance, à la supposer établie, serait, en tout état de cause, sans incidence sur le terme de son contrat à durée déterminée. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des fiches d'appréciation en date des 2, 4 et 10 septembre 2020, que la requérante a présenté des problématiques d'intégration, de partage et d'entente avec ses collègues à compter du 1er janvier 2020, ainsi que des difficultés relationnelles avec les patients. Elle fait également preuve d'un manque de souplesse dans l'organisation de son planning et d'un manque d'adaptabilité face à la charge de travail. Ces fiches d'appréciation, rédigées par la cadre supérieure de santé et par le cadre responsable du service, concluent à un avis défavorable quant au renouvellement de son contrat. Si la requérante soutient qu'elle avait de bonnes appréciations avant son arrivée en janvier 2020 dans un nouveau service, son employeur a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur les appréciations les plus récentes de son travail. Si la requérante soutient également qu'elle a subi une dégradation de ses conditions de travail en raison du harcèlement moral dont elle serait victime de la part d'une collègue, les éléments de fait dont elle fait état et étayés par la seule production d'une note rédigée par elle-même sont insuffisants pour être susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Si la requérante soutient encore qu'elle a demandé l'annulation des fiches d'appréciation, ses conclusions à fin d'annulation ont été rejetées par une ordonnance du vice-président du présent tribunal en date du 14 janvier 2021. Enfin, si la requérante soutient que la cadre supérieure de santé avait initialement émis un avis favorable au renouvellement de son contrat, ceci ne ressort ni du courriel du 2 septembre 2020, ni d'aucune autre pièce du dossier. Ainsi, au vu des appréciations recueillies, c'est sans commettre d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation que le directeur du centre hospitalier spécialisé de Jury a décidé de ne pas renouveler le contrat de Mme A pour un motif tiré de l'intérêt du service.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et à fin d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et à fin d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier spécialisé de Jury, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier spécialisé de Jury au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier spécialisé de Jury présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au centre hospitalier spécialisé de Jury.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Messe, présidente,

Mme Milbach, première conseillère,

M. Duez-Gündel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

M.-L. MESSE

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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