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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100915

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100915

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2021, Mme C A, représentée par

Me Couronne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Julien-lès-Metz a prononcé à son encontre la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours à compter du 5 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Julien-lès-Metz de supprimer la décision litigieuse de son dossier, de procéder à la reconstitution de sa carrière, de la rétablir dans ses droits à pension et de lui restituer 1/10ème de son traitement, sous une astreinte de 100 euros dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de condamner la commune de Saint-Julien-lès-Metz à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Julien-lès-Metz le versement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les courriers de convocation à un entretien préalable ne mentionnaient pas la sanction envisagée et son dossier individuel ne lui a pas été remis entièrement ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas fautifs ;

- la sanction retenue est disproportionnée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 août 2021 et 28 février 2022, la commune de Saint-Julien-lès-Metz, représentée par Me Cabaillot, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de requérante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sont irrecevables et qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par lettre du 11 février 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut de demande indemnitaire préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D B,

- les conclusions de M. Arnaud Lusset, rapporteur public,

- et les observations de Mme A, invitée par le président de chambre à prendre la parole à l'audience, son avocat étant absent.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est rédactrice territoriale au sein de la commune de Saint-Julien-lès-Metz. Par un arrêté du 9 décembre 2020, le maire de la commune de Saint-Julien-lès-Metz a prononcé à son encontre la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours à compter du 5 janvier 2021. La requérante demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner la commune de Saint-Julien-lès-Metz à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () Parmi les sanctions du premier groupe, seuls le blâme et l'exclusion temporaire de fonctions sont inscrits au dossier du fonctionnaire. Ils sont effacés automatiquement au bout de trois ans si aucune sanction n'est intervenue pendant cette période () ". Il appartient au juge administratif de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

3. En premier lieu, la décision attaquée est motivée par la circonstance que Mme A, responsable du suivi du courrier postal et du courriel du maire, aurait commis une tentative de violation du secret de la correspondance pour avoir dépêché un policier municipal dans l'après-midi du 8 juillet 2020 afin qu'il récupère une lettre de démission d'une conseillère d'opposition adressée au maire et procédé à l'enregistrement de ce courrier et ce, contrairement à la règle selon laquelle les courriers nominatifs ne devaient être ni enregistrés, ni ouverts. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'attestation de l'agent de police diligenté par la requérante, que la correspondance en cause a été directement remise par ce dernier au maire de la commune de Saint-Julien-lès-Metz et sans être ouvert. Dans ces conditions, Mme A ne saurait être regardée comme ayant tenté de violer le secret de la correspondance.

4. En second lieu, la décision attaquée repose également sur le fait que Mme A est partie en congé du 13 au 31 juillet 2020 en emportant la clef d'une armoire de son bureau, dans laquelle se trouvaient des procurations électorales, ce qui aurait porté atteinte au " continuum du service public ", selon les termes de l'arrêté contesté, alors qu'un contentieux électoral était en cours d'instance. Si la requérante fait essentiellement valoir que l'ancienne municipalité lui avait donné son accord pour qu'elle conserve ladite clef lors de ses congés, que cette règle n'a pas été abandonnée par la nouvelle majorité municipale et qu'elle a proposé de se rendre en mairie le 17 juillet 2020 afin d'ouvrir l'armoire, elle n'apporte aucun élément tangible à l'appui de ses affirmations, notamment en se bornant à produire des attestations. Par suite, les faits en cause doivent être regardés comme étant établis et sont, en l'espèce, fautifs, dès lors qu'il appartient à tout agent public de s'assurer que les documents administratifs qui se trouvent dans son bureau sont accessibles en son absence, sauf cas de force majeure. Cependant, eu égard au caractère bénin de ces faits, qui n'ont par ailleurs entraîné aucun préjudice pour la commune de Saint-Julien-lès-Metz dans le contentieux électoral précité, et à l'absence d'antécédents disciplinaires de Mme A, la commune de Saint-Julien-lès-Metz a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant la sanction d'exclusion de trois jours qui est la plus élevée de celles du premier groupe.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision litigieuse.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle (). ".

7. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait formé une demande tendant à l'octroi d'une indemnité en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et de rejeter les conclusions indemnitaires présentées par Mme A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique la suppression de la décision litigieuse du dossier de Mme A, la reconstitution de sa carrière et de ses droits à pension et le versement d'une somme égale au traitement qu'elle aurait dû percevoir pendant son exclusion. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Julien-lès-Metz de procéder à ces mesures dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas à assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Julien-lès-Metz une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 9 décembre 2021, par lequel le maire de la commune de Saint-Julien-lès-Metz a prononcé à l'encontre de Mme A la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours à compter du 5 janvier 2021, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Julien-lès-Metz de supprimer l'arrêté précité du dossier de Mme A, de reconstituer sa carrière et ses droits à pension et de lui verser une somme égale au traitement qu'elle aurait dû percevoir pendant son exclusion dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Julien-lès-Metz versera à Mme A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Julien-les-Metz au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Saint-Julien-lès-Metz.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. B

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

J. Devys

Le greffier

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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