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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100958

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100958

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2021, M. C D, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

1°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 7 septembre 2020 sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- la décision n'est pas motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- les dispositions de l'article L. 744-8 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile issues de la loi du 10 septembre 2018 ne sont pas applicable dans le temps dès lors que la demande d'asile a été présentée en 2014 ;

- l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnait la directive 2013/33/UE ;

- la décision attaquée méconnait le droit à un niveau de vie digne prévu par la directive.

La procédure a été communiquée au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une mise en demeure a été adressée le 10 janvier 2022 au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

du 16 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Iggert, président rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant congolais né le 12 septembre 1975, a présenté une demande d'asile. Par une décision du 9 septembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il aurait présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

3. En l'espèce, la requête a été communiquée au directeur de l'OFII qui a été mis en demeure, le 10 janvier 2022, de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est toutefois demeurée sans effet à la date de la clôture d'instruction, fixée le 31 octobre 2022. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, le directeur de l'OFII doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits exposés dans la requête de M. D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par une décision du 2 septembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 octobre 2019, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme B, directrice territoriale de Strasbourg, à l'effet de signer dans la limite de ses attributions tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Strasbourg. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de Mme B, signataire de la décision du 9 septembre 2020, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".

6. M. D ayant fait l'objet d'une décision portant refus des conditions matérielles d'accueil, il ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il aurait été privé du bénéfice d'une procédure contradictoire prévue, selon lui, par les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cet article ne prévoit une telle procédure contradictoire que dans les cas de retrait des conditions matérielles d'accueil.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient qu'il ne pouvait lui être opposé, pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, d'avoir présenté une demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France en méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que cet article n'était pas applicable à sa situation dès lors qu'il serait entré sur le territoire français et aurait déposé une première demande d'asile en 2014, cette affirmation est contredite par les pièces du dossier et notamment l'attestation de demande d'asile du 7 septembre 2020 en procédure normale indiquant qu'il s'agit d'une première demande. Par ailleurs, il n'est pas établi par la seule mention de la date du 2 avril 2014 sur un formulaire non signé de demande d'admission au séjour, qu'il produit à l'instance, que ce document aurait été adressé comme M. D l'indique à la préfecture de police de Paris. Cette pièce ne permet pas d'attester, à elle seule, une entrée en France en mars 2014. Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a par suite pu, à bon droit, faire application des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

8. En quatrième lieu, aux termes du 5° de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".

9. D'une part, M. D ne saurait utilement se prévaloir directement, à l'encontre de la décision attaquée, des dispositions de l'article 20, paragraphe 5 de la directive 2013/33/UE qui imposent à la France de garantir un niveau de vie digne à tous les demandeurs, lesquelles ne sont ni précises ni inconditionnelles. D'autre part, et en tout état de cause, il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2020. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le président rapporteur,

J. IGGERT

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

M. A

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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