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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101054

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101054

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHEBBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 18 février 2021 sous le numéro 2101054, Mme D F, représentée par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder sans délai les conditions matérielles d'accueil à compter du 18 février 2020, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle n'a pas bénéficié de l'information prévue par les articles D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne pouvait ainsi lui être opposé les conséquences de son absence de présentation aux autorités[IJ1] ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est vulnérable ;

- elle méconnait la directive 2013/33/UE.

Une mise en demeure a été adressée le 10 janvier 2022 au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

II. Par une requête enregistrée le 18 février 2021 sous le numéro 2101055, M. E F, représentée par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder sans délai les conditions matérielles d'accueil à compter du 18 février 2020, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les articles D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne pouvait ainsi lui être opposé les conséquences de son absence de présentation aux autorités[IJ2] ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est vulnérable ;

- elle méconnait la directive 2013/33/UE.

Une mise en demeure a été adressée le 10 janvier 2022 au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme F, ressortissants russes, sont entrés en France en 2018 et ont présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 29 juin 2018. Ils ont bénéficié, à compter de cette date, des conditions matérielles d'accueil. A la suite d'une ordonnance du tribunal du 15 juin 2019 enjoignant de réexaminer la situation des requérants, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par une décision du 24 juillet 2020, a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. M. et Mme F demandent l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2101054 et 2101055 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

4. En l'espèce, la requête a été communiquée au directeur de l'OFII qui a été mis en demeure, le 10 janvier 2022, de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est toutefois demeurée sans effet à la date de la clôture d'instruction, fixée le 31 octobre 2022. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, le directeur de l'OFII doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits exposés dans les requêtes de M. et Mme F.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par une décision du 1er juillet 2019, publié au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 août 2019, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme H I, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G C, à l'effet de signer dans la limite de ses attributions tous actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Strasbourg. Il n'est par ailleurs pas établi que M. C n'aurait pas été absent ou empêché. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de Mme I, signataire des décisions litigieuses, doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

7. En troisième lieu, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 744-8 ni de celles de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le directeur général OFII devrait mettre l'intéressé en mesure de présenter des observations écrites. Dès lors qu'il statue sur une demande formée par l'intéressé, l'OFII n'a pas davantage d'obligation de soumettre sa décision au respect d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient été adoptées en méconnaissance du principe du contradictoire.

8. En quatrième lieu, M. et Mme F ne sauraient utilement se prévaloir, à l'encontre de décisions portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, des dispositions de l'article D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 744-1 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser, retirer ou suspendre le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile dans les conditions prévues par la présente sous-section ". La circonstance qu'ils n'auraient pas été informés de la possibilité de refuser, retirer ou suspendre les conditions matérielles d'accueil au moment de leur acceptation des conditions matérielles d'accueil est sans incidence sur la légalité des décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du même code alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2./La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. /Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

10. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

11. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. M. et Mme F excipent de l'illégalité de la décision par laquelle l'OFII leur a suspendu le bénéfice des conditions matérielles. Toutefois, les décisions attaquées, par lesquelles l'OFII leur refuse le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, n'ont pas été prises pour l'application des décisions de suspension des conditions matérielles d'accueil, qui n'en constituent pas non plus la base légale. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

12. En sixième lieu, pour refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII s'est fondé sur le non-respect des obligations de présentation aux autorités chargées de l'asile. En se bornant à indiquer qu'ils sont accompagnés de trois enfants mineurs âgés de 6, 9 et 11 ans et que M. F présenterait des problèmes de santé, ils ne produisent pas suffisamment d'éléments de nature à établir qu'ils se trouvent dans un état de vulnérabilité justifiant que leur soit accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas entaché ses décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

13. En septième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement quant au cadre normatif applicable aux décisions par lesquelles l'OFII peut refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, la circonstance que les décisions attaquées visent l'article 20, paragraphe 1, de la directive 2013/33/UE, qui précise les conditions dans lesquelles une décision peut être prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil, n'est pas de nature à priver ces décisions de base légale.

14. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".

15. Il ne ressort ni des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la possibilité pour un demandeur d'asile dont les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues d'en solliciter le rétablissement, ni d'aucune autre disposition que les décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil feraient en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme F ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 24 juillet 2020. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à M. E F et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

Le président rapporteur,

J. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

M. A

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

[IJ1]Les deux seules décisions de CAA qui en font application, y compris la nôtre, rejettent le moyen au fond, sans " en tout état de cause "

[IJ2]Les deux seules décisions de CAA qui en font application, y compris la nôtre, rejettent le moyen au fond, sans " en tout état de cause "

5 et 2101055

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