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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101166

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101166

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSONNENMOSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2018 et 20 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Sonnenmoser, demande au tribunal : 1°) d'annuler les arrêtés n°18/0160-A et n°18/0163-A édictés par le ministre de l'intérieur le 22 janvier 2018, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - les arrêtés attaqués ne sont pas motivés, en méconnaissance du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; - les arrêtés des 5 juillet 2016, 12 janvier 2017 et 29 décembre 2017, rapportés par les arrêtés du 22 janvier 2018, sont des décisions créatrices de droit et ne sont entachés d'aucune illégalité de sorte qu'en application de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, le ministre de l'intérieur ne pouvait pas les retirer ; à supposer que ces arrêtés aient été irréguliers, le ministre devait procéder à leur retrait dans un délai de quatre mois, qui avait expiré en janvier 2018 ; - les arrêtés des 12 janvier et 29 décembre 2017 sont créateurs de droit dès leur signature ; la circonstance qu'ils ne lui ont pas été notifiés est sans incidence sur leur plein effet en sa faveur ; - si l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration autorise, après expiration du délai de quatre mois prévue à l'article L. 242-1 du même code, l'abrogation d'une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie, ces dispositions n'autorisent pas le retrait d'une telle décision ; - le bénéfice du reclassement à l'échelon 5 - 2C du grade de directeur de préfecture était une garantie promise par les services du ministère de l'intérieur en amont de sa réintégration à la préfecture du Bas-Rhin et n'est dès lors pas subordonné à la condition d'occupation de détachement sur un emploi fonctionnel. Par des mémoires en défense enregistrés les 17 septembre 2019 et 19 octobre 2021, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés. Par une ordonnance n° 1804929 du 24 février 2020 du tribunal administratif de Strasbourg, il a été donné acte du désistement d'instance de Mme B. Par un arrêt n° 20NC00970 du 16 février 2021, la Cour administrative de Nancy a annulé l'ordonnance du 24 février 2020 et a renvoyée l'affaire devant le tribunal administratif de Strasbourg. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code des relations entre le public et l'administration, - la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, - la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires de la fonction publique d'Etat, - le décret n° 2008-836 du 22 août 2008 fixant l'échelonnement indiciaire des corps et des emplois communs aux administrations de l'Etat et de ses établissements publics ou afférent à plusieurs corps de fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics, - le décret n° 2009-369 du 1er avril 2009 fixant l'échelonnement indiciaire de certains personnels relevant du ministère de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, - le décret n° 2013-876 du 30 septembre 2013 relatif à l'intégration de seize corps ministériels dans le corps interministériel des attachés d'administration de l'Etat et à l'ouverture de recrutements réservés dans ce corps, - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de Mme C, - les conclusions de M. Thomas Gros, rapporteur public ; - et les observations de Me Steinmann substituant Me Sonnenmoser, représentant Mme B. Considérant ce qui suit : 1. En 2009, Mme A B exerçait les fonctions de directrice au sein de la préfecture du Bas-Rhin et était classée, depuis le 1er avril 2008, au 7ème échelon du grade de directrice de préfecture. Au 1er janvier 2010, elle a été nommée au poste de directrice départementale de la cohésion sociale du Bas-Rhin. Pour occuper cet emploi fonctionnel, elle a été placée en position de détachement auprès des services du Premier ministre, pour une durée initiale de cinq ans, renouvelée le 1er janvier 2015 pour une durée de trois ans. A la demande de Mme B, il a été mis fin à son détachement au 1er août 2016 et elle a réintégré les services de la préfecture du Bas-Rhin. Par un arrêté du 5 juillet 2016, le ministre de l'intérieur a prononcé sa réintégration " à l'échelon 5 -2 C du grade de directeur de préfecture ", à l'indice majoré 1086. Par un arrêté n° 18/0160-A du 22 janvier 2018, le ministre de l'intérieur a modifié les dispositions de son précédent arrêté du 5 juillet 2016 et a prononcé la réintégration de Mme B, à compter du 1er août 2016, au 14ème échelon du grade de directeur de préfecture à l'indice brut 985. Par un second arrêté du même jour, n° 18/0163 -A, le ministre de l'intérieur a retiré les arrêtés des 12 janvier et 29 décembre 2017 relatifs aux conditions de réintégration de Mme B en préfecture du Bas-Rhin et a prononcé le reclassement de l'intéressée au 14ème échelon du grade de directeur de service à l'indice majoré 798 à compter du 1er août 2016 puis à l'indice majoré 808 à compter du 1er janvier 2017. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation des deux arrêtés ministériels du 22 janvier 2018, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux réceptionné le 11 avril 2018 par le ministre. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. " Aux termes de l'article L. 242-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie ; / 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées. " 3. Une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage et ne peut être retirée, sauf dispositions législatives contraires ou demande en ce sens de l'intéressé, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. En l'espèce, par un arrêté du 5 juillet 2016, le ministre de l'intérieur avait reclassé Mme B à l'indice majoré 1086 à compter du 1er août 2016, date de la fin de son détachement et de sa réintégration en préfecture du Bas-Rhin. Cet arrêté, ainsi que les arrêtés des 12 janvier et 29 décembre 2017 pris pour son application, qui constituent des décisions individuelles créatrices de droit pour l'intéressée alors même qu'ils n'auraient reçu aucune exécution, ne pouvaient être retirés que dans le délai de quatre mois rappelé au point 2. Les droits que l'intéressée a acquis afférents à une rémunération à l'indice majoré de 1086, s'opposent à un tel retrait qui a été opéré en janvier 2018 soit un an et demi après l'arrêté de reclassement initial, et qui ne découle de l'exécution d'aucune décision de justice ayant l'autorité de la chose jugée. Par suite, et en dépit de l'illégalité de la décision initiale, le ministre a commis une erreur de droit en procédant au retrait de l'arrêté du 5 juillet 2016 et à la modification des conditions de reclassement par les arrêtés attaqués du 22 janvier 2018, postérieurement à l'expiration du délai de quatre mois. Si le ministre fait valoir, à bon droit, que la rémunération de Mme B à l'indice majoré 1086 était conditionnée par sa position de détachement sur un emploi fonctionnel et que ce service détaché a pris fin, il ne peut toutefois utilement se prévaloir de la dérogation prévue à l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que cet article ne permet pas le retrait, sans condition de délai, d'une décision créatrice de droit dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie, mais uniquement son abrogation. Les conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être accueillies. Sur les frais liés au litige : 4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : Article 1 : Les arrêtés nos 18/0160-A et 18/0163-A du 22 janvier 2018 du ministre de l'intérieur et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par Mme B sont annulés. Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient : Mme Dulmet, présidente,Mme Vicard, première conseillère, Mme Jordan-Selva, première conseillère. Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022. La rapporteure, S. C La présidente, A. DULMET Le greffier, S. BRONNER La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Le greffier,2N° 2101166

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