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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101212

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101212

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantARAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2021 et 1er février 2022, Mme B F née A, représentée par Me Arab, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le directeur des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) a refusé de renouveler son contrat de travail à durée déterminée, ensemble la décision du 29 décembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de condamner les HUS à lui verser la somme de 3 000 euros au titre du préjudice subi ;

3°) de mettre à la charge des HUS le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée du 29 décembre 2020 est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas motivée en droit et insuffisamment motivée en fait ;

- elle a été prise au regard d'une fiche d'entretien d'évaluation ne mentionnant pas le nom de l'évaluateur et qu'elle a signée alors qu'elle n'avait pas encore été complétée ;

- le directeur général des HUS a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a commis une discrimination fondée sur son état de grossesse ;

- elle doit être indemnisée par les HUS à hauteur de 3 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 mai 2021 et le 7 février 2022, les hôpitaux universitaires de Strasbourg, représentés par la SELARL Centaure avocats, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme F née A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- les moyens soulevés par Mme F née A ne sont pas fondés.

Sur les conclusions indemnitaires :

- elles sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- les moyens soulevés par Mme F née A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Potterie, représentant les HUS.

Considérant ce qui suit :

1.Mme F née A a été recrutée par le directeur général des HUS en qualité d'agent public non-titulaire, au grade d'ouvrier principal de 2ème classe, par un contrat à durée déterminée du 11 juin 2019. Son contrat a été renouvelé à treize reprises sur un rythme mensuel puis trimestriel. Par décision du 26 novembre 2020, le directeur général des HUS a refusé de renouvelé le contrat de l'intéressée. Sur recours gracieux, le directeur général des HUS a, par une décision du 29 décembre 2020, confirmé la décision du 26 novembre 2020. Par sa requête, Mme F née A demande, d'une part, l'annulation de la décision du 26 novembre 2020, ensemble de la décision portant rejet de son recours gracieux, et d'autre part, la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 26 novembre 2020 a été signée, pour le directeur général des HUS, par Mme C D, directrice du pôle ressources humaines. Or, par une décision du 1er septembre 2020, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, le directeur général des HUS a donné délégation à l'intéressée à l'effet de signer les actes relatifs au pôle des ressources humaines, dont ceux concernant la gestion des personnels. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3.En deuxième lieu, la décision de non-renouvellement à son terme d'un engagement à durée déterminée n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation des décisions en litige ne peut en tout état de cause par être accueilli.

4.En troisième lieu, si la requérante fait valoir que le signataire de la fiche d'appréciation du 10 novembre 2020 n'est pas identifiable et qu'elle aurait signé cette fiche alors qu'elle était encore vierge, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité des décisions de non-renouvellement du contrat de travail en litige qui s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le signataire de la fiche d'appréciation était le responsable hiérarchique de la requérante et il n'est pas établi que celle-ci aurait signé la fiche d'évaluation alors qu'elle était encore vierge.

5.En quatrième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

6.En l'espèce, il ressort de son évaluation annuelle d'août 2020 qu'elle devait encore développer certaines compétences pour être au niveau attendu sur son poste, telles que l'utilisation des logiciels métier ou encore la conduite des installations et des équipements relatifs à son domaine de compétence. Il ressort également de cette évaluation qu'un des objectifs qui lui avait été fixé, à savoir être polyvalente sur la zone des expéditions, n'a été que partiellement atteint. De même, il ressort de l'entretien d'évaluation de la requérante, préalable à un refus de renouvellement de contrat du 10 novembre 2020, établi par son supérieur hiérarchique, que l'intéressée n'a pas atteint ses objectifs de production et a montré des lacunes dans la maîtrise des techniques et outils de travail, dans sa capacité à exécuter seule une tâche et dans l'organisation de son travail avec méthode. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général des HUS aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant, dans l'intérêt du service, ne pas renouveler son contrat.

7.En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. ".

8.De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9.En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le responsable hiérarchique de la requérante a manifesté son souhait de ne pas renouveler son contrat de travail dès le 29 octobre 2020, alors même que le service des ressources humaines des HUS n'a été informé de l'état de grossesse de la requérante qu'à compter du 25 novembre 2020. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait fait l'objet d'une discrimination en raison de son état de grossesse. Le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été prise en raison d'un motif discriminatoire doit ainsi être écarté.

10.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation susvisées doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11.Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

12.Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par la requérante ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif.

13.En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme F née A aurait adressé aux HUS une demande indemnitaire préalable qui aurait fait naître une décision, expresse ou implicite, de rejet, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Par suite, en l'absence de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires présentées par Mme F née A sont irrecevables et doivent pour ce motif être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des HUS, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme F née A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

15.Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme F née A la somme demandée par les HUS au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F née A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions des hôpitaux universitaires de Strasbourg présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F née A et aux hôpitaux universitaires de Strasbourg. Copie en sera adressée au ministre de la santé et de la prévention.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

V. E

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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