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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101681

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101681

mardi 3 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantROMMELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2021, M. A D, représenté par

Me Rommelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour et ordonné sa remise aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours et, au besoin, sous une astreinte ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours et, au besoin, sous une astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros toutes taxes comprises au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la décision litigieuse est contraire aux dispositions du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision de remise aux autorités italiennes :

- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale la décision litigieuse.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 13 janvier 2021.

Par ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 novembre 2022 à 12 heures.

Un mémoire présenté par la préfète du Bas-Rhin a été enregistré le 7 décembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant afghan né le 5 mars 1994 et bénéficiaire du statut de réfugié en Italie, est entré le 12 mars 2019 en France en compagnie de son épouse, selon ses déclarations. Le 17 décembre 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle. Par un arrêté du 7 octobre 2020, la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un tel titre de séjour et ordonné sa remise aux autorités italiennes. Le requérant demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : () 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10 () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 313-10 du même code : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier les motifs de l'arrêté contesté, que M. D, qui est titulaire d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par l'Italie en qualité de réfugié, déclare être entré en France le 12 mars 2019 et n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour que le 17 décembre 2019, soit au-delà du délai de trois mois prévu par l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, si le requérant bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité de façadier, il n'est pas titulaire d'une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. D fait valoir qu'il réside sur le territoire français avec son épouse et leur enfant qui y est né et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, le requérant n'y était présent que depuis dix-huit mois à la date de la décision contestée et il ne ressort nullement des pièces du dossier qu'il ne pourrait s'insérer professionnellement qu'en France et que sa cellule familiale ne pourrait se maintenir dans un autre pays, notamment en Italie, pays qui lui a délivré un titre de séjour de longue durée en qualité de réfugié. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Ainsi qu'il vient d'être dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de la décision litigieuse aurait pour effet de mettre un terme à la cellule familiale que

M. D forme notamment avec son enfant. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a méconnu les stipulations précitées.

8. En quatrième lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. D doit être écarté.

9. En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision de remise de M. D aux autorités italiennes, ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Rommelaere et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.

Le président- rapporteur,

S. B

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

J. Devys

Le greffier

P. Souhait

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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