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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101743

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101743

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUKARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mars et 16 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Boukara, demande au tribunal :

1°)d'annuler les décisions du 15 janvier et du 19 octobre 2021 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de validité de dix ans ;

2°)d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans en application des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

- le préfet a omis de saisir la commission du titre de séjour ;

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa demande ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors que la condition d'une résidence régulière de trois années ne peut lui être opposée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2021, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Haut-Rhin soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D A,

- et les observations de Me Boukara, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née en 1945, est entrée en France en dernier lieu le 18 janvier 2018 sous couvert de son passeport algérien revêtu d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 29 janvier 2018 la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Le préfet du Haut-Rhin lui ayant opposé un refus le 17 août 2018, elle a demandé le 16 avril 2019 son admission au séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Elle a obtenu le 24 septembre 2019 un certificat de résidence d'une durée d'un an qui lui a été régulièrement renouvelé. Par lettres des 18 janvier et 26 août 2021, Mme C a sollicité, sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de validité de dix ans. Elle demande l'annulation des décisions des 15 janvier et 19 octobre 2021 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a rejeté ces demandes.

2. En premier lieu, les décisions attaquées, qui ne sont pas stéréotypées, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, dans chacune de ces décisions, le préfet du Haut-Rhin rappelle les stipulations invoquées par Mme C, à savoir l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et indique le motif du rejet de sa demande, tiré de ce qu'elle ne remplit pas la condition de trois années de résidence régulière. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées ne peut être accueilli.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions critiquées, que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier des demandes et de la situation personnelle de Mme C avant de refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années./ Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire

état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande./ Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées./ Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () b) À l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son

conjoint qui sont à sa charge ;() ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, si Mme C est entrée en France le 18 janvier 2018, elle n'y réside régulièrement que depuis le 24 septembre 2019, date à laquelle elle a obtenu un certificat de résidence d'une durée d'un an. Par suite, à la date des décisions attaquées, les 15 janvier et 19 octobre 2021, elle ne justifiait pas d'une résidence régulière ininterrompue en France d'une durée d'au moins trois années. Contrairement à ce qu'elle soutient, il résulte clairement des stipulations précitées de l'article 7 bis que cette condition est opposable au ressortissant algérien qui relève des situations visées aux a) à h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, et notamment à l'ascendant d'un ressortissant français entrant dans le champ d'application du b) de cet article. Il suit de là que c'est à bon droit que, par les décisions attaquées, le préfet du Haut-Rhin a refusé de délivrer à la requérante un certificat de résidence de dix ans au motif qu'elle ne remplissait pas la condition de trois années de résidence régulière sur le territoire français.

6. En dernier lieu, en vertu des dispositions des articles L. 312-1 et L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la première décision attaquée, qui ont été reprises à l'article L. 432-13 du même code, en vigueur à compter du 1er mai 2021, et qui sont applicables aux ressortissants algériens mentionnés aux stipulations de l'accord franco-algérien équivalentes aux dispositions auxquelles ces articles renvoient, le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions de délivrance, notamment, de la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou par les stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

7. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Haut-Rhin n'était pas tenu de soumettre le cas de Mme C à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées ont été prises à la suite d'une procédure irrégulière.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation des décisions des 15 janvier et 19 octobre 2021 ne peuvent pas être accueillies. Il y a lieu, par suite, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. A

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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