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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101782

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101782

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 mars 2021 et le 29 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- si le préfet de la Moselle fait valoir qu'aucune décision implicite rejet n'est intervenue, la décision de classement sans suite de sa demande porte uniquement sur la demande d'un titre de séjour portant la mention " retraité " et qu'il existe, par conséquent, une décision implicite rejetant sa demande d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de cette décision, méconnaissant ainsi les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 du même accord ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Moselle fait valoir qu'aucune décision implicite de rejet n'est née.

Par une décision du 17 février 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- et les observations de Me Dollé, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1955 et qui déclare être entré en France sous couvert d'un visa de court séjour en 2014, a sollicité par courrier du 14 décembre 2017 son admission au séjour principalement sur le fondement de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien. Par une ordonnance du 1er octobre 2018, le juge des référés du tribunal a suspendu la décision implicite du préfet de la Moselle rejetant sa demande et enjoint à cette autorité de la réexaminer. Par un courrier du 12 octobre 2018, le préfet de la Moselle a invité M. B à produire divers documents. Par courrier du 19 octobre 2018, M. B a produit des documents complémentaires et confirmé sa demande de titre de séjour déposée en 2017. Par un courrier du 20 mai 2019, le préfet de la Moselle a sollicité la production d'autres documents pour l'instruction de cette demande. Par courrier du 1er octobre 2019, l'intéressé a produit de nouveaux documents. Par un courrier du 27 novembre 2019, le préfet a informé M. B de sa décision de classer sans suite sa demande, faute d'avoir reçu la totalité des pièces demandées. Par trois courriers des 15 mai 2020, 8 juin 2020 et 17 juillet 2020, M. B a produit de nouveaux documents. Enfin, par un courrier du 7 octobre 2021, le préfet de la Moselle, après avoir relevé que par un courrier du 29 septembre 2021, M. B avait sollicité à nouveau un certificat de résidence sur le fondement de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien, lui a rappelé sa décision de classement sans suite du " 20 mai 2019 " et, au surplus, que sa demande ne pouvait être enregistrée dès lors que sa résidence devait être établie hors de France. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande d'un titre de séjour.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Moselle :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / () / Le délai mentionné au même article au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension ". D'autre part, aux termes de l'article R. 311-12 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. En faisant valoir qu'aucune décision implicite de rejet n'est intervenue, le préfet de la Moselle doit être regardé comme opposant une fin de non-recevoir à la requête de M. B.

4. Ainsi qu'exposé au point 1, à la suite de l'ordonnance du 1er octobre 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal a suspendu la décision implicite du préfet de la Moselle rejetant la demande de M. B et enjoint à cette autorité de la réexaminer, le préfet de la Moselle a invité l'intéressé, par un courrier du 12 octobre 2018, à produire divers documents, demande à laquelle M. B a répondu par un courrier du 19 octobre 2018, produit par le préfet et dont il ressort que ce courrier a été adressé à la préfecture, non seulement par courrier simple, mais aussi par courriel. Il doit ainsi être regardé comme étant parvenu à la préfecture à cette même date. Ainsi, conformément aux articles R. 311-12 et R. 312-12-1 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet est née le 20 février 2019, soit avant que, par son courrier du 20 mai 2019, le préfet de la Moselle sollicite une nouvelle fois de M. B la production d'autres documents pour l'instruction de sa demande. Par conséquent, la fin de non-revoir opposée par le préfet de la Moselle doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet dans ses écritures en défense que M. B, né en 1955, a étudié et travaillé en France de 1965 à 1986 et qu'il a été titulaire en dernier lieu d'un certificat de résident valide du 2 novembre 1984 au 1er novembre 1994. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est revenu en France en 2014, après le décès de son épouse, afin d'y rejoindre sa fille, ressortissante française ainsi que son frère et sa sœur, tous deux également ressortissants français ainsi que ses parents, lesquels résident tous à Metz. M. B a ainsi vécu la moitié de sa vie en France, pays dans lequel l'essentiel de sa vie familiale se situe aujourd'hui et dans lequel il est parfaitement intégré. Dès lors, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif d'annulation, il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxe à verser à Me Dollé, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxes à Me Dollé, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dollé et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

No 210178

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