mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2101852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET PASCAL FOUGHALI ET PHILIPPE ZENTNER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2021 et 20 octobre 2021, M. C B, représenté par Me Foughali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2020 par lequel le préfet de la Moselle a retiré les récépissés de déclaration et les autorisations dont il était titulaire pour un révolver, trois pistolets et une carabine de catégorie B ainsi qu'une carabine et un fusil de chasse de catégorie C, lui a ordonné de remettre ces armes aux services de gendarmerie, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie et l'a inscrit au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ;
2°) d'annuler les décisions du 24 novembre 2020 et du 19 janvier 2021 par lesquelles le préfet de la Moselle a rejeté ses recours gracieux ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui restituer les armes et munitions remises, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de condamner l'Etat aux frais et dépens de l'instance ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le préfet a commis une erreur de droit en lui ordonnant de remettre les armes en sa possession au regard du comportement de son beau-fils et non de son propre comportement ;
- il n'est pas établi que le préfet ait saisi le juge des libertés et de la détention, ni qu'il ait informé le procureur de la République, en application des dispositions de l'article R. 312-68 du code de la sécurité intérieure ;
- les décisions en litige sont entachées d'erreur d'appréciation dès lors que ni son comportement, ni celui de son beau-fils ne représente un danger.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2021, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était en possession d'un revolver, de trois pistolets et d'une carabine de catégorie B, ainsi que d'une carabine et d'un fusil de chasse de catégorie C. Par un arrêté du 21 octobre 2020, le préfet de la Moselle a retiré les récépissés de déclaration et les autorisations dont l'intéressé était titulaire pour ces armes, lui a ordonné de remettre lesdites armes aux services de gendarmerie et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie. Par un courrier du 2 novembre 2020, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par une lettre du 24 novembre 2020, le préfet de la Moselle a rejeté ce recours. Par des courriels des 25 novembre, 4 décembre et 28 décembre 2020 et par une lettre du 6 janvier 2021, M. B a de nouveau sollicité la révision des décisions prises à son encontre. Par un courriel du 4 décembre 2020 et une lettre du 19 janvier 2021, le préfet de la Moselle a rejeté ces demandes. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2020 ainsi que les décisions du 24 novembre 2020 et du 19 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie. ". Par ailleurs, l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure dispose que : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; (). ".
3. Il résulte de ces dispositions que le préfet peut ordonner à un détenteur d'armes de les remettre à l'autorité compétente dès lors que son comportement présente un danger grave pour lui-même ou pour autrui. Les mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce que ce danger puisse être caractérisé par l'absence de prise en compte, par le détenteur des armes dont la remise est ordonnée, d'une situation d'une particulière gravité concernant l'un des membres de son foyer.
4. En l'espèce, si M. B soutient que le préfet de la Moselle ne pouvait légalement lui opposer le comportement de son beau-fils pour lui ordonner de remettre les armes dont il était en possession, il ressort néanmoins des termes de l'arrêté en litige que le préfet s'est fondé sur la circonstance que M. B n'avait pas pris les dispositions nécessaires pour rendre ses armes totalement inaccessibles à son beau-fils, dont le comportement laissait craindre une utilisation dangereuse pour lui-même ou pour autrui. Ce faisant, le préfet de la Moselle a tenu compte du comportement négligent de M. B. Ainsi, eu égard au principe énoncé au point précédent, il n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-8 du code de la sécurité intérieure : " L'arme, les munitions et leurs éléments faisant l'objet de la décision prévue à l'article L. 312-7 doivent être remis immédiatement par le détenteur, ou, le cas échéant, par un membre de sa famille ou par une personne susceptible d'agir dans son intérêt, aux services de police ou de gendarmerie. Le commissaire de police ou le commandant de la brigade de gendarmerie peut procéder, sur autorisation du juge des libertés et de la détention, à la saisie de l'arme, des munitions et de leurs éléments entre 6 heures et 21 heures au domicile du détenteur. ". Par ailleurs, l'article R. 312-68 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 312-8, le préfet saisit le juge des libertés et de la détention et informe le procureur de la République. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, par des lettres du 21 octobre 2020, le préfet de la Moselle a saisi le juge des libertés et de la détention et informé le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, il est constant que le requérant conservait à son domicile un revolver, trois pistolets, deux carabines et un fusil de chasse. Or il ressort des pièces du dossier que son beau-fils mineur, M. A, présentait une instabilité psychologique particulière qui a conduit par deux fois, les 12 novembre 2019 et 14 mars 2020, à des accès de violence ayant nécessité l'intervention des forces de l'ordre à la demande de sa mère. Il ressort à cet égard du rapport de police du 23 septembre 2020 que M. A a été trouvé, à l'issue de sa première crise, en possession d'une hache et d'une tenue de combat militaire et, à l'issue de sa seconde crise, à proximité d'une carabine à plomb. Il ressort également du même rapport, ainsi que du certificat médical du 14 décembre 2020 produit par le requérant lui-même, que M. A a bénéficié d'une prise en charge psychothérapeutique au sein du centre hospitalier régional de Metz-Thionville entre novembre 2012 et juin 2020 et que les crises susmentionnées ont donné lieu à des hospitalisations immédiates en service psychiatrique. Il ressort enfin du rapport du 23 septembre 2020 que le beau-fils du requérant a exprimé à plusieurs reprises des propos ouvertement racistes, antisémites et antirépublicains, qu'il a menacé de s'en prendre au proviseur de son lycée ainsi qu'aux membres du service territorial éducatif en milieux ouvert (STEMO) qui l'accompagnaient, qu'il a évoqué l'utilisation des armes détenues par son beau-père pour perpétrer une tuerie de masse dans son lycée et qu'il a consulté en juillet 2020 un site internet d'équipement militaire dans le but d'acquérir une veste tactique ainsi que des munitions d'arme à feu. Si M. B produit à l'instance la licence de tir de son beau-fils accompagnée du contrôle médical obligatoire pour la saison 2020-2021, une attestation du président de son club de tir qui indique l'absence de comportement conflictuel de la part de M. A, des résultats d'examens sanguins et un compte rendu d'IRM dont il ressort l'absence d'alcoolisme chronique et de lésions cérébrales chez M. A, ainsi que les résultats scolaires de ce dernier en classe de terminale, ces éléments ne sont toutefois pas de nature à remettre en cause l'existence des crises de violence susdécrites et des propos haineux tenus par le beau-fils du requérant. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les armes stockées au domicile de M. B, où résidait en permanence son beau-fils, faisaient l'objet de mesures de protection suffisantes garantissant leur non-accessibilité à ce dernier. Ainsi, au vu des pièces produites, les faits reprochés tant à M. B qu'à son beau-fils sont suffisamment établis par les pièces du dossier. Il s'ensuit qu'à la date des décisions en litige, c'est à bon droit que le préfet de la Moselle a estimé que le comportement du requérant constituait, en raison de son absence de prise en compte de la gravité de la situation et du péril existant à conserver dans les circonstances susmentionnées des armes à son domicile, un danger grave justifiant la remise de ses armes. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les dépens de l'instance :
9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Duez-Gündel, conseiller
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
Le rapporteur,
C. D
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026