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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101853

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101853

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL DRAI AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mars et 3 novembre 2021 sous le

n° 2101853, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mai 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office national des forêts (ONF) pour la région du Grand Est l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 3 octobre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'ONF la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le directeur territorial de l'Office national des forêts ne justifie d'aucune délégation de signature pour prononcer la mise en disponibilité d'office pour raisons de santé ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé de son droit de prendre connaissance de son dossier conformément à l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis du comité médical ;

- elle est entachée d'erreurs de droit : d'une part, aucune proposition de reclassement ne lui a été faite préalablement à la mise en disponibilité ; d'autre part, cette mise en disponibilité est illégale car il n'avait pas épuisé ses droits à congés de maladie ordinaire ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a jamais refusé de se soumettre à un examen médical sollicité par le comité médical ;

- la décision attaquée intervient dans un contexte de harcèlement qu'il subit de la part de son employeur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, l'Office national des forêts, représenté par Me Margaroli, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'absence de communication à M. A de son dossier administratif est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 mars, 26 août et 23 septembre 2021, sous le n° 2101904, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2021 par lequel le directeur général de l'Office national des forêts a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste ;

2°) d'enjoindre à l'Office national des forêts de le réaffecter comme technicien forestier territorial sur le poste n° 2054 à Kintzheim (Bas-Rhin) et de lui verser les sommes illégalement retenues depuis le 10 février 2021, outre les intérêts moratoires avec capitalisation, sous peine de paiement d'une astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'ONF la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est victime de harcèlement de la part de son employeur et la décision attaquée résulte d'un acharnement à son égard ;

- la décision attaquée est entachée de vices de procédure en l'absence de mise en demeure préalable régulière ; en effet, une mise en demeure préalable devait être adressée par le directeur général de l'ONF, seule autorité compétente pour nommer ou radier un agent ; cette mise en demeure aurait dû préciser le délai qui lui était imparti pour reprendre son poste ; enfin, cette mise en demeure devait préciser que la radiation des cadres pour abandon de poste pourrait intervenir sans qu'il bénéficie des garanties de procédure disciplinaire ;

- l'ONF a commis une erreur de fait en considérant qu'il s'est soustrait à son obligation de se présenter aux convocations à des examens médicaux ; il n'a jamais réceptionné la convocation à l'examen médical du 11 septembre 2019 ; par ailleurs, s'il n'a pu se rendre au rendez-vous fixé le 21 avril 2020, c'est en raison de la proclamation de l'état d'urgence sanitaire imposant des restrictions de déplacement à compter du 23 mars 2020 et de l'attitude d'obstruction de l'ONF qui s'est abstenu de lui transmettre l'autorisation de déplacement demandée le 24 mars 2020 ; enfin, son absence au rendez-vous du 8 septembre 2020 est justifiée par la panne de son véhicule personnel ce jour-là, dont il a immédiatement informé le comité médical en produisant une attestation de dépannage à l'appui de ses dires ; l'ONF, qui ne lui a pas demandé de justificatif d'absence alors qu'il était tenu de le faire, aurait pu interrompre le versement de son traitement mais ne pouvait pas, du seul fait de ces absences, le radier des cadres ;

- l'ONF ne peut valablement prétendre qu'il n'aurait apporté aucun élément nouveau relatif à son état de santé depuis le 1er octobre 2018 alors qu'il s'est présenté, les 1er octobre 2018, 5 mars et 24 juillet 2019, à trois examens médicaux par trois médecins distincts sur convocation de l'administration ;

- la lettre qui lui a été notifiée le 12 mars 2021 ne peut constituer une mise en demeure régulière de reprendre ses fonctions dès lors qu'il était, à cette date, placé en disponibilité d'office pour raisons de santé ; à supposer établies les allégations de l'ONF sur ses absences injustifiées aux examens médicaux, le fait de se soustraire de façon systématique aux contrôles médicaux prévus par la réglementation en vigueur ne constitue pas un abandon de poste ;

- c'est à tort que l'ONF a considéré qu'il avait présenté continûment des arrêts maladie du 2 octobre 2018 au 6 mars 2020 ; à la date du 3 octobre 2019, il n'avait pas épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire ; le 30 mars 2020, en raison de l'instauration de l'état d'urgence sanitaire, il a été placé illégalement en congé pour une durée de cinquante jours entre le 16 mars et le 31 mai 2020 alors que l'ordonnance n° 2020-430 du 15 avril 2020 fixait à six jours la limite de congés autorisés ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision du 28 mai 2020 le plaçant en disponibilité pour raisons de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2021, l'Office national des forêts, représenté par Me Margaroli, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Une note en délibéré, présentée par l'ONF, a été enregistrée le 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code forestier,

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,

- le décret n°85-986 du 16 septembre 1985,

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Thomas Gros, rapporteur public,

- et les observations de Me Ledouarin, représentant l'ONF.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est technicien supérieur forestier à l'Office national des forêts. Affecté à l'unité territoriale de Colmar-Rouffach à compter du 16 novembre 2015, il a été placé, à compter de cette même date et de manière continue, en congé de maladie ordinaire. Par un arrêté du 9 mars 2017, constatant le refus de M. A de se soumettre à l'examen médical permettant au comité médical de rendre un avis sur ses droits à l'issue de la période de congé de maladie ordinaire, le directeur territorial de l'ONF pour la région Grand Est a prononcé sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé à titre transitoire à compter du 15 avril 2017, dans l'attente de l'avis du comité médical. Par un arrêté du 6 juin 2017, la date du placement en disponibilité de M. A a été avancée au 6 mars 2017, date à laquelle il avait épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire. Cette mise en disponibilité a été régulièrement prolongée jusqu'au 5 avril 2018 par arrêtés successifs des 4 décembre 2017 et 5 mars 2018. Après que M. A se soit présenté le 28 décembre 2017 à l'examen médical sollicité par le comité médical auprès du médecin agréé désigné, il a été déclaré apte à l'exerce de ses fonctions à compter du 1er avril 2018. Dans la perspective de sa réintégration, le directeur territorial de l'ONF a proposé plusieurs postes à M. A. Dans l'attente d'une réponse de M. A concernant les postes proposés, l'ONF l'a maintenu en disponibilité d'office pour raisons de santé jusqu'au 30 septembre 2018 inclus. Enfin, par un arrêté du 3 septembre 2018, après acceptation de l'un des postes proposés, M. A a été affecté à l'unité territoriale de Ribeauvillé sur le poste de technicien forestier territorial à Sainte-Marie-aux-Mines. Par un jugement du 24 avril 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté les requêtes de M. A tendant à l'annulation, d'une part, des arrêtés du directeur territorial de l'ONF des 9 mars 2017, 6 juin 2017, 4 décembre 2017, 5 mars 2018, 9 avril 2018, 12 avril 2018, 11 mai 2018, 22 juin 2018 et 22 août 2018, par lesquels il a décidé de le placer en disponibilité d'office pour raison de santé à titre transitoire, a suspendu son traitement et, d'autre part, des décisions par lesquelles il lui aurait interdit d'exercer une autre activité professionnelle. Par un arrêt n° 19NC00415 du 26 janvier 2021, la Cour administrative de Nancy a rejeté l'appel interjeté par M. A contre le jugement du 24 avril 2020, ainsi devenu définitif.

2. Par une décision du 28 mai 2020, dont M. A demande l'annulation par sa requête n° 2101853, le directeur territorial de l'ONF pour la région Grand Est, constatant que l'intéressé ne s'était jamais présenté au poste sur lequel il avait été affecté le 1er octobre 2018 et avait été placé de manière continue en arrêt de travail depuis le 2 octobre 2018, a prononcé sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé, à titre transitoire, à compter du 3 octobre 2019, date d'épuisement de ses droits à congés de maladie ordinaire et ce jusqu'à la date de la décision ultérieurement prise sur avis du comité médical.

3. Par un arrêté du 10 février 2021, dont M. A demande l'annulation par sa requête n° 2101904, le directeur général de l'ONF, constatant l'absence de présentation de l'intéressé aux convocations adressées par le comité médical, plaçant celui-ci dans l'incapacité de rendre un avis sur son aptitude à exercer ses fonctions, l'a radié des cadres pour abandon de poste.

Sur la jonction :

4. Les requêtes n° 2101853 et 2101904, introduites par le même requérant, présentent à juger des questions similaires relatives à sa situation statutaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 mai 2020 plaçant

M. A en disponibilité d'office pour raison de santé à titre transitoire :

5. En premier lieu, le directeur général de l'Office national des forêts a, par un arrêté n°2007-11 du 2 janvier 2007, publié au bulletin officiel de l'Office national des forêts, donné délégation de pouvoir aux directeur territoriaux, " pour décider des mises en disponibilité de droit, à savoir () : () d'office pour maladie ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.

7. Si M. A soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de prendre connaissance de son dossier préalablement à la décision contestée du 28 mai 2020 le plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé à titre transitoire à compter du 3 octobre 2019, une telle décision qui n'est pas fondée sur le comportement de l'intéressé, n'est pas prise en considération de la personne. Par suite, le directeur territorial de l'Office national des forêts n'avait pas à mettre l'intéressé en mesure de prendre connaissance de son dossier administratif avant que la décision attaquée ne soit prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Les comités médicaux sont () consultés obligatoirement en ce qui concerne : / () 4. La réintégration après douze mois consécutifs de congé de maladie () " Aux termes de l'article 27 de ce même décret: " () Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () " Enfin, l'article 48 de ce même décret dispose que : " La mise en disponibilité prévue aux articles 27 et 47 du présent décret est prononcée après avis du conseil médical sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. () "

9. Il appartient à l'employeur de prendre une décision provisoire dans l'attente de l'avis du conseil médical pour placer le fonctionnaire dans l'une des positions prévues par son statut. S'il résulte des dispositions de l'article 48 du décret du 14 mars 1986 que la mise en disponibilité prévue à l'article 27 du même décret est prononcée après avis du comité médical sur l'inaptitude à reprendre ses fonctions, cette exigence n'est toutefois pas applicable à une décision provisoire prise sur constatation de l'épuisement des droits de l'intéressé à ses congés de maladie et dans l'attente de l'avis du comité médical, la décision définitive elle-même, ne pouvant intervenir qu'après que ce comité se sera prononcé sur l'aptitude ou l'inaptitude de l'agent. Le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'avis préalable du comité médical doit être écarté.

10. En quatrième lieu, selon le premier alinéa de l'article 43 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat et à certaines modalités de mise à disposition et de cessation définitive de fonctions, dans sa rédaction alors applicable : " La mise en disponibilité ne peut être prononcée d'office qu'à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues à l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. () "

11. L'administration doit, après avis du comité médical, inviter le fonctionnaire qui a été déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état physique et dont le poste de travail ne peut être adapté, à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. En l'espèce, M. A n'a pas été déclaré inapte à reprendre ses fonctions et a été placé en disponibilité d'office à titre transitoire, dans l'attente de l'avis du comité médical, en raison de l'épuisement de ses droits à congés de maladie ordinaire. L'administration n'était pas tenue d'inviter M. A à présenter une demande de reclassement à ce stade de la procédure. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () " Aux termes de l'article 51 de la même loi : " () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 34. () "

13. Pour placer M. A en disponibilité d'office pour raison de santé à titre transitoire à compter du 3 octobre 2019, dans l'attente de l'examen médical et de l'avis subséquent du comité médical, le directeur territorial de l'Office national des forêts s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il a épuisé ses droits statutaires à congé maladie à compter du 3 octobre 2019. M. A soutient qu'à cette date, il n'avait pas épuisé ses droits à congé maladie ordinaire puisque pendant les douze mois suivant sa prise de fonctions sur le poste n° 523 à Sainte-Marie-aux-Mines le 1er octobre 2018, il n'avait bénéficié que de 254 jours d'arrêt maladie. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier du tableau produit par l'administration récapitulant la situation administrative de M. A au regard de ses absences professionnelles, que du 1er octobre 2018 au 3 octobre 2019, date à laquelle la situation de M. A a été appréciée, l'intéressé était en position d'activité et en arrêt de travail. La circonstance, alléguée par le requérant, que durant cette période, le décompte de ses congés maladie ordinaire serait interrompu d'une part les samedi, dimanche et jours fériés et, d'autre part, par des périodes pendant lesquelles il se déclarait ponctuellement gréviste, est sans influence sur le décompte de la durée d'un an pendant laquelle la période de douze mois consécutifs doit être appréciée. Par suite, dès lors qu'il appartient à l'administration de prendre une décision provisoire afin de placer le fonctionnaire dans une position prévue par son statut, le directeur territorial de l'Office national des forêts n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur de droit en considérant qu'à la date du 3 octobre 2019, il avait épuisé ses droits à congé de maladie et devait ainsi être placé, à compter de cette date, en disponibilité d'office à titre transitoire pour raison de santé.

14. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée serait entachée d'un détournement de pouvoir au motif que le but du directeur territorial de l'Office national des forêts serait de lui nuire et de l'évincer de l'Office national des forêts.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 mai 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 février 2021 prononçant la radiation des cadres pour abandon de poste :

16. Il ressort des pièces du dossier qu'à compter du 3 octobre 2019, M. A n'était plus en position d'activité mais était placé en disponibilité d'office pour raison de santé, à titre provisoire, dans l'attente de l'avis du comité médical sur son aptitude à la reprise de ses fonctions. Pour prononcer sa radiation des cadres pour abandon de poste, le directeur général de l'Office national des forêts s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé se serait soustrait " de façon délibérée et systématique aux convocations successives adressées par le comité médical et a interdit à cette instance d'émettre un avis sur son aptitude à reprendre le service ". Toutefois, si le fait de se soustraire de façon systématique aux contrôles médicaux prévus par la réglementation en vigueur constitue pour un fonctionnaire une faute de nature à justifier légalement l'application d'une sanction disciplinaire, il ne saurait être assimilé à un abandon de poste rompant le lien unissant ce fonctionnaire à son administration et pouvant entraîner la radiation de son corps en dehors de toute garantie disciplinaire. En l'espèce, la circonstance que M. A se soit volontairement soustrait à l'examen médical prescrit par le comité médical sur saisine de l'ONF faisant ainsi obstacle à l'appréciation de son aptitude à la reprise de ses fonctions ne saurait être assimilée à un abandon de poste rompant le lien unissant le requérant à son administration et pouvant entraîner la radiation de son corps en dehors de toute garantie disciplinaire. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le directeur général de l'ONF a commis une erreur de droit en le radiant des cadres selon la procédure de l'abandon de poste. Dès lors et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 10 février 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que la réintégration rétroactive M. A et à la reconstitution de sa carrière à la date de son éviction. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'ONF de procéder à cette réintégration dans le corps des techniciens forestiers et à la reconstitution de carrière de M. A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte ni d'assortir les sommes éventuellement versées au titre de la reconstitution des droits financiers de M. A des intérêts moratoires, qui ne sont pas de droit.

18. Enfin, dans la mesure où M. A n'était plus en position d'activité mais placé en disponibilité d'office depuis le 3 octobre 2019, l'annulation de l'arrêté du 10 février 2021 n'implique pas sa réintégration effective sur un poste. Les conclusions tendant à sa réintégration sur un poste à Kintzheim doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête n° 2101853 de M. A est rejetée.

Article 2 : L'arrêté du 10 février 2021 par lequel le directeur général de l'Office national des forêts a procédé à la radiation des cadres de M. A pour abandon de poste est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office national des forêts de procéder à la réintégration de M. A et à la reconstitution de sa carrière, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office national des forêts. Copie en sera adressé aux ministres chargés des forêts et de l'environnement.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Vicard, première conseillère,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

La rapporteure,

S. C

La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne aux ministres chargés des forêts et de l'environnement, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2101853, 2101904

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