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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101932

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101932

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGHARZOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 mars et 24 mars 2021, M. C A E, représenté par Me Gharzouli, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle, pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- le prénom du signataire de l'arrêté n'est pas lisible, contrairement aux exigences de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet de la Moselle n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens présentés par M. A E ne sont pas fondés.

M. A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. H D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant algérien né en 1983 ou en 1989 et qui déclare être entré en France en mars 2016, a fait l'objet de deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français sans délai et ordonnant son placement en rétention administrative le 24 septembre 2016, puis le 30 décembre 2017. Le 15 septembre 2020, il a fait l'objet d'un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et portant interdiction de retour sur le territoire pendant un an, à la suite de son placement en garde à vue pour des faits de " refus d'obtempérer, rébellion, outrage, détention de stupéfiant, refus de se soumettre aux analyses ou examens en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de stupéfiants, refus de se soumettre à la signalisation ", pour lesquels il a été condamné à deux peines de deux mois et de quatre mois d'emprisonnement par la cour d'appel de Metz le 7 janvier 2021. A sa levée d'écrou le 18 janvier 2021, M. A E a été placé en rétention administrative. Le 19 mars 2021, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Metz n'a pas autorisé la prolongation de la rétention administrative de M. A E. Le même jour, le préfet de la Moselle a assigné à résidence M. A E pour une durée de six mois dans le département de la Moselle. M. A E demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2021. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 5 décembre 2020 régulièrement publié le 7 décembre 2020 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation de signature à Mme B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions pour les matières relevant de sa direction. Au nombre des exclusions de la délégation ne figure pas la décision en litige. En cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, il est prévu que cette délégation est exercée, dans le cadre de ses fonctions, par M. F G, directeur adjoint et chef du bureau de l'éloignement et de l'asile. Il n'est ni allégué ni établi que la directrice du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de signature de la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de M. F G, signataire de la décision en litige, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui s'est substitué à l'article 4 invoqué de la loi du 12 avril 2000 : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". La décision d'assignation à résidence contestée est signée, comme elle le mentionne en caractères lisibles, par délégation du préfet de la Moselle, par le chef du bureau de l'éloignement et de l'asile. Si seul le nom du signataire est lisible, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que son auteur peut être identifié sans ambiguïté. Dès lors, M. A E n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-1 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : / 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; / () / La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée ". La décision d'assignation à résidence contestée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, en ce qu'elle vise l'article précité et mentionne que compte tenu de la crise sanitaire liée au Covid 19, les vols à destination de l'Algérie sont momentanément suspendus, que M. A E n'a pas exécuté les mesures d'éloignement prises à son encontre et qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français. La circonstance alléguée qu'elle ne mentionne pas que le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Metz n'a pas autorisé la prolongation de sa rétention administrative est sans incidence sur la motivation de la décision. Il en est de même de la circonstance que la décision mentionne que M. A E n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre alors qu'il allègue que cette inexécution ne lui est pas imputable dès lors qu'il était écroué puis placé en rétention administrative. Par ailleurs, en tout état de cause, la décision explicite les raisons pour lesquelles le préfet de la Moselle a considéré que M. A E représentait une menace pour l'ordre public, contrairement à ce qui est soutenu, en rappelant les faits pour lesquels il a été condamné à des peines d'emprisonnement. Enfin, s'il est soutenu que la décision d'assignation à résidence est disproportionnée dans ses modalités d'application, cette critique a trait au bien-fondé de cette mesure et non à sa motivation. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence serait insuffisamment motivée doit être écarté.

6. En quatrième lieu, les circonstances alléguées que la décision mentionne que M. A E est tenu de remettre aux services de police, contre récépissé, ses documents d'identité alors qu'il n'est pas en possession de tels documents ou encore que la décision lui impose de demeurer sur son lieu de résidence sans indiquer ce lieu, ou encore, qu'il lui est interdit de quitter " les communes de Metz " sans autorisation, ne sont pas de nature à établir dans les circonstances de l'espèce que le préfet de la Moselle n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation.

7. En cinquième lieu, aux termes des 13e et 14e alinéas de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger astreint à résider dans les lieux qui lui sont fixés par l'autorité administrative doit se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Il doit également se présenter, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. () L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité dans les conditions prévues à l'article L. 611-2. (). / L'autorité administrative peut également, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. Lorsque l'étranger est assigné à résidence en application des 5° ou 6° ou au titre d'une des mesures prévues aux articles L. 523-3 à L. 523-5 ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Aux termes de l'article R. 561-2 alors applicable du même code : " L'autorité administrative détermine le périmètre dans lequel l'étranger assigné à résidence en application des articles L. 561-1 () est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence. Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'il fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 561-1 au titre du 5° de cet article ou d'une des mesures prévues aux articles L. 523-3, L. 523-4 et L. 523-5, l'autorité administrative peut fixer à quatre au plus le nombre de présentations quotidiennes. La même autorité administrative est compétente pour désigner à l'étranger assigné à résidence, en application de l'article L. 561-1, une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

8. Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

9. La décision d'assignation à résidence dans le département de la Moselle pendant une durée de six mois fait obligation à M. A E de justifier de sa présence auprès des services de l'hôtel de police de Metz deux fois par jour, à 10h et 17h, pendant toute la durée de l'assignation à résidence, y compris si le jour de présentation coïncide avec un jour férié. Elle lui fait également obligation d'être présent sur son lieu de résidence tous les jours de 6h à 9h. Enfin, elle lui fait interdiction de se déplacer en dehors du département de la Moselle sans autorisation, la mention " des communes de Metz " ne constituant qu'une erreur de plume. Eu égard aux précédentes mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de M. A E et que celui-ci n'a jamais exécutées, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle, en définissant ces modalités, a adopté une mesure disproportionnée aux finalités poursuivies.

10. En revanche, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Moselle avait connaissance de ce que M. A E n'était pas en possession de ses documents d'identité, ainsi que cela ressort de la décision du juge des libertés et de la détention du 19 mars 2021. Dès lors, c'est à tort que le préfet de la Moselle a exigé de M. A E qu'il remette contre récépissé aux services de police ses documents d'identité ou de voyage.

11. Par ailleurs, M. A E ne relève ni des dispositions des articles L. 523-3 à L. 523-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs aux étrangers faisant l'objet d'un arrêté d'expulsion, ni du 5° de l'article L. 561-1 de ce code relatif à l'étranger qui doit être reconduit à la frontière en exécution d'une interdiction du territoire prévue au deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal. Dès lors, au regard des dispositions précitées de l'article R. 561-2 alors applicable du code, la décision d'assignation à résidence contestée ne pouvait lui faire obligation de se présenter plus d'une fois par jour aux services de l'hôtel de police de Metz. Par conséquent, en le soumettant à une obligation de présentation deux fois par jour, à 10h et à 17h, pendant toute la durée de l'assignation à résidence, le préfet de la Moselle a commis une erreur de droit.

12. Cependant, une illégalité entachant les seules modalités de contrôle n'est pas de nature à justifier l'annulation de la décision d'assignation à résidence dans sa totalité. Par conséquent, il résulte de tout ce qui précède que M. A E est seulement fondé à obtenir l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2021 du préfet de la Moselle en tant qu'il lui a fait obligation de remettre contre récépissé aux services de police ses documents d'identité ou de voyage et en tant qu'il lui a fait obligation de se présenter deux fois par jour, et non une seule fois, aux services de l'hôtel de police de Metz. Eu égard au motif d'annulation partielle, le présent jugement n'implique pas qu'il soit fait droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par M. A E.

Sur les frais d'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxe à verser à Me Gharzouli, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 : M. A E n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 19 mars 2021 du préfet de la Moselle est annulé en tant seulement qu'il a fait obligation à M. A E de remettre contre récépissé aux services de police ses documents d'identité ou de voyage et en tant qu'il lui a fait obligation de se présenter deux fois par jour, et non une seule fois par jour, aux services de l'hôtel de police de Metz.

Article 3 : l'Etat versera à Me Gharzouli la somme de 1200 (mille deux cents) euros hors taxe, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gharzouli renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A E, à Me Gharzouli et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Metz.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

No 210193

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