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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2102041

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2102041

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2102041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL GRIMAL - GATIN - BENOIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mars 2021 et 13 décembre 2022, M. et Mme B, représentés par Me Lang, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel le maire de Raedersheim a délivré à la société Foncière Hugues Aurèle un permis d'aménager modificatif portant sur la modification du règlement du lotissement situé rue de Soultz/ rue des Vosges, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Raedersheim et de la société Foncière Hugues Aurèle, chacune, une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- le permis d'aménager modificatif ne pouvait être délivré, dès lors que le permis d'aménager initial était achevé et frappé de caducité ;

- le règlement du lotissement méconnaît les dispositions des articles AU 2, AU 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Raedersheim, ainsi que les articles L. 442-10 et R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2021, la commune de Raedersheim, représentée par Me Cereja, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, la société Foncière Hugues Aurèle, représentée par Me Grimal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 février 2023.

Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites, à la demande du tribunal, par la commune de Raedersheim le 14 mars 2023 et communiquées le 3 avril 2023 aux parties.

Sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal a, le 4 avril 2023, informé les parties de ce qu'il était susceptible de relever un moyen d'office, tiré de ce que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 442-10 du code de l'urbanisme est irrecevable, par application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Lang, avocate de M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 septembre 2017, le maire de Radersheim a accordé à la société Foncière Hugues Aurèle un permis d'aménager portant sur l'aménagement d'un lotissement " Les épis d'Or ". Le 1er septembre 2020, la société Foncière Hugues Aurèle a sollicité la délivrance d'un permis d'aménager modificatif portant sur la modification du règlement de lotissement. Par un arrêté du 24 septembre 2020, le maire a accordé le permis d'aménager sollicité. Le 20 novembre 2020, M. et Mme B ont présenté un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 et la décision de rejet du recours gracieux.

Sur la légalité du permis d'aménager modificatif :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 28/2020 du 8 juin 2020, régulièrement affiché et transmis au contrôle de légalité, le maire de Raedersheim a délégué ses fonctions et sa signature à M. E, troisième adjoint, en matière d'urbanisme, à l'effet notamment de signer les documents relatifs à l'instruction et à la délivrance des autorisations d'occupation des sols. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que les travaux objet du permis d'aménagement en litige ont été entrepris dans le délai de trois ans à compter de sa notification et que ceux-ci ont été achevés le 14 octobre 2020, ainsi qu'en atteste la déclaration d'achèvement des travaux reçue en mairie le 21 octobre 2020. Par suite, à la date de délivrance du permis d'aménager modificatif en litige, le permis initial délivré le 8 septembre 2017 n'était pas caduc et le projet qu'il autorisait n'était pas achevé. Par suite, le moyen articulé en ce sens doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 442-6 du code de l'urbanisme : " Le dossier de la demande est, s'il y a lieu, complété par les pièces suivantes : / a) Un projet de règlement, s'il est envisagé d'apporter des compléments aux règles d'urbanisme en vigueur ; () ". L'article L. 442-10 du code de l'urbanisme précise qu'en cas de modification du règlement, " cette modification doit être compatible avec la réglementation d'urbanisme applicable ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative, saisie d'une demande de modification des documents d'un lotissement, est tenue de refuser cette modification si celle-ci est incompatible avec la réglementation générale d'urbanisme en vigueur dans le secteur.

7. Les requérants font valoir que les modifications du règlement du lotissement méconnaissent les dispositions des articles AU 2 et AU 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Raedersheim, ainsi que l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

8. Tout d'abord, aux termes de l'article AU 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Raedersheim, sont autorisés sous conditions : " 2.4. Les exhaussements du sol, autour d'une construction ou d'une installation à condition de ne pas dépasser une hauteur d'un mètre par rapport au terrain naturel préexistant au point le plus défavorable de la construction ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le règlement de lotissement en litige modifie l'article 2, qui dispose désormais que " En complément du document d'urbanisme en vigueur, il y a lieu de respecter les règles suivantes : () les remblais de toutes natures sont autorisés ", alors que le règlement de lotissement initial les interdisait.

10. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le règlement, qui précise qu'il a vocation à compléter les règles d'urbanisme en vigueur imposant une hauteur maximale aux exhaussements du sol, n'autorise pas les remblais sans aucune limitation de hauteur. La seule circonstance que le règlement de lotissement aurait vocation à autoriser un tel remblais sur la totalité du terrain d'assiette des constructions, et non pas seulement " autour " de celles-ci, n'est pas de nature à faire regarder la modification ainsi intervenue comme incompatible avec les règles d'urbanisme en vigueur dans la zone AU.

11. Ensuite, aux termes de l'article 7 AU du règlement du plan local d'urbanisme : " 7.1 La distance comptée horizontalement de tout point de la construction à la limite séparative qui en est le plus proche sera au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points (hauteur / 2), sans pouvoir être inférieure à trois mètres (). Ce recul est porté à un minimum de six mètres au droit des zones Ua et Uh, et ne s'applique pas aux piscines () / 7.2. Des constructions peuvent être édifiées jusqu'aux limites séparatives des parcelles dans le respect des prospects définis par le schéma présenté ci-dessous/ Cette possibilité ne s'applique pas au droit des zones Ua et Uh où seuls peuvent être implantés dans la bande de recul de 2 à 6 mètres les abris de jardin d'une emprise au sol inférieure à 12 mètres carrés et d'une hauteur inférieure à 2,5 mètres () ".

12. L'article 11.4 de ce même règlement dispose, s'agissant des clôtures, que : " 11.4.2. Les clôtures doivent être constituées : / Soit d'un mur plein enduit ou en pierre de taille d'une hauteur maximum de 1,5 mètres / Soit de grilles ou palissades surmontant le cas échéant un mur-bahut d'une hauteur comprise entre 0,60 mètre et 1 mètre, l'ensemble ne devant pas excéder 1,8 mètres tant côté rue qu'en limite séparative de voisinage () ".

13. Aux termes de l'article 11 du règlement de lotissement modifié, " La hauteur des clôtures est limitée à 1,20 mètres et seront constitués de panneaux grillagés rigides de couleur anthracite. Elles seront toujours doublées d'une haie vive d'essence locale. Pour les lots 10 à 20, en cas de remblais, un mur d'une hauteur maximum de 0,60 m est autorisé, à partir du terrain naturel, à condition que le haut du mur ne soit pas plus haut que le terrain fini ou que la voirie. Ce mur sera surmonté d'une clôture constituée de panneaux grillagés rigides de couleur anthracite d'une hauteur de 1,20 m et sera doublée d'une haie vive d'essence locale (schéma 1) ".

14. Si ces dispositions de l'article 11 du règlement de lotissement, qui font écho à celles de l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme avec lesquelles elles ne sont pas incompatibles, permettent l'implantation sur limite séparative de murs de soutènement, elles n'ont pas pour effet de méconnaître les dispositions de l'article 7 AU du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors qu'ils ne peuvent être regardés comme des constructions au sens et pour l'application des règles de prospect et de recul édictées par l'article 7 AU. Les requérants ne peuvent donc soutenir que le projet de modification du règlement de lotissement est illégal sur ce point.

15. Enfin, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

16. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le quartier dans lequel le projet de lotissement a vocation à s'implanter présenterait une unité architecturale et une homogénéité telles que le projet contesté et son règlement de lotissement, en autorisant des remblais d'une hauteur maximale d'un mètre et l'édification sur limites séparatives de murs de soutènement, y porterait atteinte.

18. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le règlement de lotissement contenu au permis d'aménager modificatif méconnaitrait les dispositions d'urbanisme applicables. Par suite, le moyen articulé en ce sens doit être écarté.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ".

20. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 442-10 du code de l'urbanisme a été soulevé pour la première fois le 13 décembre 2022, soit au-delà du délai de deux mois à compter de la réception par le mandataire des requérants du premier mémoire en défense, intervenue le 26 juin 2022. Par suite, ce moyen doit être écarté comme irrecevable.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, les conclusions des requérants tendant à l'annulation de l'arrêté portant permis d'aménager modificatif doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Foncière Hugues Aurèle et de la commune de Raedersheim qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que les requérants demandent au titre des frais liés au litige.

23. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Foncière Hugues Aurèle et de la commune de Raedersheim présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Foncière Hugues Aurèle et de la commune de Raedersheim présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme F B, à la société Foncière Hugues Aurèle et à la commune de Raedersheim.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mai 2023.

La rapporteure,

L. A

Le président,

M. D

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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