jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2102214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI CHATAIN & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une ordonnance du 30 mars 2021, enregistrée le jour-même au greffe du tribunal sous le numéro 2102214, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal la requête présentée pour l'association Deaf Rock Records, devenue association Nove, et M. B F.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mars 2021 et 8 avril 2022, l'association Deaf Rock Records, devenue association Nove, et M. B F, représentés par Me Fayat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle la préfète de la région Grand Est a retiré à l'association Deaf Rock Records l'agrément de service civique accordé le 31 juillet 2020 pour une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée de défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, en l'absence d'atteinte à l'ordre public ou de motif grave constituant un danger immédiat pour la santé ou la sécurité des volontaires ;
- le grief tiré de l'écart entre la mission agréée et celle publiée n'est pas fondé ;
- le grief tiré de la sélection et du recrutement de volontaires sur profil n'est pas établi et ne revêt pas un caractère de gravité suffisant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, la préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir contre une décision lui retirant un agrément de service civique, laquelle n'a pas d'influence sur ses droits ;
- M. F ne justifie pas d'un intérêt pour agir contre la décision attaquée, sa mission de service civique se terminant le 4 avril 2021, quelques jours seulement après la date de prise d'effet de la décision ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une lettre du 22 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la lettre du 12 janvier 2021, qui engage la procédure de retrait de l'agrément de service civique et ne fait pas grief aux requérants.
Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, présenté par la préfète de la région Grand Est, a été enregistré le 28 juin 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2021 et le 8 avril 2022 sous le numéro 2104235, l'association Deaf Rock Records, devenue association Nove, et M. B F, représentés par Me Fayat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mars 2021 par laquelle la préfète de la région Grand Est a confirmé le retrait d'agrément de service civique à compter du 31 mars 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et alors que les éléments qui ont fondé le retrait ne lui ont pas été communiqués ;
- elle est entachée de défaut de motivation en fait ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, en l'absence d'atteinte à l'ordre public ou de motif grave constituant un danger immédiat pour la santé ou la sécurité des volontaires ;
- le grief tiré de l'écart entre la mission agréée et celle publiée n'est pas fondé ;
- le grief tiré de la sélection et du recrutement de volontaires sur profil n'est pas établi et ne revêt pas un caractère de gravité suffisant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, la préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir contre une décision lui retirant un agrément de service civique, laquelle n'a pas d'influence sur ses droits ;
- M. F ne justifie pas d'un intérêt pour agir contre la décision attaquée, sa mission de service civique se terminant le 4 avril 2021, quelques jours seulement après la date de prise d'effet de la décision ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du service national ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A D,
- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique,
- les observations de Me Fayat, avocate de l'association Nove et de M. F,
- les observations de M. E, représentant la préfète de la région Grand Est.
Considérant ce qui suit :
1. Agréée par le préfet de la région Grand Est le 25 juillet 2018 en vue de l'accueil d'un jeune en service civique, l'association Deaf Rock Records, qui œuvre pour la promotion de groupes de musique, a obtenu le renouvellement de son agrément, par arrêté du 31 juillet 2020 pour une durée de trois ans, afin de faire participer les jeunes volontaires au développement de la plateforme de financement participatif OMAR destinée aux artistes émergents. Par les présentes requêtes, l'association Deaf Rock Records, devenue association Nove, et M. F, volontaire en service civique au sein de l'association, demandent au tribunal d'annuler les décisions des 12 janvier et 22 mars 2021 par lesquelles la préfète de la région Grand Est a procédé au retrait de l'agrément et rejeté le recours gracieux formé par l'association.
2. Ces requêtes, enregistrées sous les numéros 2102214 et 2104235, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 12 janvier 2021 :
3. Il ressort des termes du courrier du 12 janvier 2021 qu'après y avoir énoncé ses griefs à l'encontre de l'association Deaf Rock Records, la préfète de la région Grand Est informe cette dernière de sa décision de mettre un terme à l'agrément de service civique dont elle bénéficiait et l'invite à faire valoir ses arguments contradictoires dans un délai de deux mois, à l'issue duquel elle pourra confirmer le retrait dans le cadre d'un avenant à l'agrément. Bien que rédigé dans des termes pouvant prêter à interprétation, ce courrier, qui ouvre la procédure contradictoire préalable à l'adoption de la décision de retrait de l'agrément, ne constitue pas cette décision de retrait. Celle-ci n'est intervenue que le 22 mars 2021 après que l'association a pu présenter des observations. La circonstance qu'il y est demandé à l'association d'organiser l'interruption anticipée du contrat d'engagement de service civique alors en cours dans la structure ne suffit pas, dans les termes dans lesquels le courrier est rédigé, à lui conférer le caractère d'une décision faisant grief. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation de ce courrier du 12 janvier 2021 sont irrecevables.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de la région Grand Est :
4. En premier lieu, la préfète de la région Grand Est ne saurait sérieusement soutenir que l'association Deaf Rock Records, qui est bénéficiaire de l'agrément de service civique renouvelé le 31 juillet 2020 pour trois ans, n'aurait pas intérêt à agir contre la décision qui porte retrait de cet agrément.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 121-46 du code du service national : " Le retrait de l'agrément, le retrait d'une ou plusieurs associations, syndicats, mutuelles ou établissements des listes mentionnées aux 4° et 5° de l'article R. 121-38 ainsi que le retrait de l'autorisation de mise à disposition entraînent de plein droit une interruption anticipée sans délai dans les cas prévus aux 2° et 3° de l'article R. 121-45 et moyennant un préavis d'au moins un mois dans tous les autres cas, des contrats d'engagement de service civique ou de volontariat associatif en cours avec le ou les organismes ou établissements concernés ".
6. Il ressort de la décision du 22 mars 2021 prononçant le retrait de l'agrément de service civique de l'association Deaf Rock sur le fondement du 2° de l'article R. 121-45 du code du service national qu'elle entre en vigueur le 31 mars 2021 " et implique la rupture anticipée et concomitante du contrat de volontaire actuellement en cours ". Compte tenu des effets du retrait d'un agrément sur le contrat d'engagement de service civique, et alors même que celui de M. F venait à son terme le 4 avril 2021, soit quelques jours seulement après la prise d'effet de la décision attaquée, la préfète de la région Grand Est ne saurait sérieusement faire valoir que le requérant serait dépourvu d'intérêt à agir contre cette décision.
7. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'association Deaf Rock Records et de M. F ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 mars 2021 :
8. Aux termes de l'article R. 121-45 du code du service national : " Les agréments mentionnés aux articles R. 121-33 et R. 121-34 du code du service national peuvent faire l'objet d'un retrait : 1° Lorsque l'une des conditions relatives à sa délivrance n'est plus satisfaite ; / 2° En cas d'atteinte à l'ordre public ou à la moralité publique ou de non-respect des obligations générales qui incombent à l'organisme ; / 3° Ou pour un motif grave tiré de la violation du contrat d'engagement de service civique ou de volontariat associatif conclu avec une personne volontaire ou de conditions d'accueil ou d'exercice des activités constituant un danger immédiat pour la santé ou la sécurité de l'intéressé ou celle des tiers ; (). Dans ce cas, l'organisme peut sans délai se mettre en conformité ou apporter des éléments probants justifiant de sa mise en conformité sous un délai de deux mois. ".
9. A l'issue de la procédure contradictoire, la préfète de la région Grand Est a considéré que les éléments portés à sa connaissance par l'association dans les observations qu'elle a formulées le 3 février 2021 n'étaient pas suffisants pour attester d'une mise en conformité par rapport aux écarts précédemment relevés. Il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète a retenu à l'encontre de l'association, d'une part, le grief tiré de " l'utilisation de critères sélectifs pour les recrutements de l'association (usage attendu de logiciels spécifiques type Photoshop, Illustrator et compétences en matière de montage vidéo) " et, d'autre part, celui tiré de ce que la plainte de volontaire ainsi que la procédure judiciaire en cours constituent en soi des manquements au 2° de l'article R. 121-45 du code du service national pour non-respect des obligations générales qui incombent à l'organisme. En revanche, il ressort de la décision attaquée que la préfète a entendu renoncer au dernier grief qui figurait dans le courrier du 12 janvier 2021, tiré de l'écart entre la mission agréée et celle publiée pour recruter un volontaire, qui n'est pas repris dans la décision du 22 mars.
10. D'une part, pour établir le non-respect des obligations générales incombant à l'association Deaf Rock, la préfète de la région Grand Est se borne à produire des extraits d'un article de presse du 14 décembre 2020 relayant les témoignages de deux anciennes volontaires en service civique quant aux faits d'agression sexuelle subis de la part du cofondateur de l'association et manager du label du même nom ainsi qu'un signalement adressé à l'Agence de service civique le 16 décembre 2020 par une autre volontaire qui souhaitait réagir à la suite de la publication de cet article. Ces seuls éléments ne permettent toutefois pas d'établir la matérialité des faits d'agression sexuelle reprochés à la personne incriminée. L'association Deaf Rock Records se prévaut d'ailleurs de ce que la plainte pénale déposée a été classée sans suite le 12 octobre 2021. Ainsi, l'association requérante est fondée à soutenir que la plainte de volontaire et la procédure judiciaire alors en cours ne suffisaient pas à établir qu'elle aurait manqué à ses obligations à la date de la décision attaquée, date à laquelle la personne incriminée avait au demeurant quitté ses fonctions dans le label.
11. D'autre part, la préfète se prévaut, dans ses écritures en défense, d'autres griefs tenant à l'existence d'un climat inapproprié dans l'association et au fait que M. F aurait endossé des responsabilités trop importantes dans le contexte médiatique prévalant à compter du 14 décembre 2021. Il ne ressort toutefois pas de la décision attaquée que le retrait de l'agrément serait motivé par l'incapacité de la structure à accueillir dans la sérénité et la sécurité des jeunes personnes en service civique. Par suite, l'association Deaf Rock Records est fondée à soutenir que la préfète de la région Grand Est a fait une inexacte application de l'article R. 121-45 du code du service national en lui opposant la seule existence d'une procédure judiciaire en cours contre un de ses membres.
12. Enfin, il ne ressort pas de la décision attaquée que la préfète de la région Grand Est aurait pris la même décision d'abrogation de l'agrément de service civique de l'association Deaf Rock si elle s'était uniquement fondée sur l'autre grief retenu dans la décision attaquée, tiré de l'utilisation de critères sélectifs pour les recrutements, lequel n'était au demeurant pas assorti des précisions suffisantes dans le courrier du 12 janvier 2021 pour permettre à l'association de présenter utilement ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire.
13. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'association Deaf Rock Records, devenue association Nove, et M. F sont fondés à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2021.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'association Nove et par M. F et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La décision de la préfète de la région Grand Est en date du 22 mars 2021 est annulée.
Article 2 : L'État versera à l'association Nove et à M. F la somme globale de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Nove, à M. C F et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
Mme Brodier, première conseillère,
Mme Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 juillet 2022.
La rapporteure,
H. D
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2102214, 2104235
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026