mercredi 26 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2102223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL OFFICIO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mars 2021 et 30 mai 2023,
M. B, représenté par Me Batôt, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2021 par lequel le ministre de la justice a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, dont quatre assortis d'un sursis ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de reconstituer sa carrière et de le rétablir dans ses droits ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de la communication tardive du dossier d'enquête et de l'insuffisance du délai en ayant résulté pour préparer sa
défense ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ;
- les agissements reprochés ne revêtent pas un caractère fautif ;
- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au
16 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 83- 634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'État ;
- le décret n° 2010- 1711 du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard,
- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,
- et les observations de Me Batôt, représentant M. B, présent à l'audience.
Le Garde des Sceaux, ministre de la justice, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, surveillant pénitentiaire affecté au centre pénitentiaire de Nancy-Maxeville entre les 14 décembre 2015 et 1er octobre 2020, a fait l'objet, le 24 février 2021, d'une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de six mois, dont quatre assortis d'un sursis. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 applicable à la date de la décision attaquée : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : / - l'avertissement ; / - le blâme. / Deuxième groupe : / - la radiation du tableau d'avancement ; / - l'abaissement d'échelon ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; / - le déplacement d'office. / Troisième groupe : / - la rétrogradation ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans. / Quatrième groupe : / - la mise à la retraite d'office ; / - la révocation. () / L'exclusion temporaire de fonctions, qui est privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel () ". Aux termes de l'article 12 du décret du 30 décembre 2010 alors en vigueur : " Le personnel de l'administration pénitentiaire ne peut faire un usage de la force que dans les conditions et limites posées par les lois et règlements ". Aux termes de l'article 15 du décret précité : " Le personnel de l'administration pénitentiaire a le respect absolu des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire et de leurs droits. Il s'interdit à leur égard toute forme de violence ou d'intimidation. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-83 du code de procédure pénale : " Les personnels de l'administration pénitentiaire ne doivent utiliser la force envers les personnes détenues qu'en cas de légitime défense, de tentative d'évasion, de résistance violente ou par inertie physique aux ordres donnés, sous réserve que cet usage soit proportionné et strictement nécessaire à la prévention des évasions ou au rétablissement de l'ordre. "
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
4. En l'espèce, M. B a fait l'objet de poursuites disciplinaires pour avoir d'une part, le 7 novembre 2019, alors qu'il était en charge d'une opération de fouille intégrale, frappé au visage puis écarté les fesses d'une personne détenue, laquelle a ensuite été sortie du local de fouille, à genoux, nue et menottée dans le dos, et pour avoir d'autre part, le 13 novembre 2019, lors de la mise en prévention d'une personne détenue, exercé de graves violences à son encontre.
5. S'agissant en premier lieu des faits reprochés en date du 7 novembre 2019, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait frappé le visage et écarté les fesses de la personne détenue qu'il était chargé de fouiller. Ces faits, dont la réalité est contestée par le requérant, ainsi que par l'audition des autres personnels pénitentiaires ayant participé à l'opération de fouille, ne sont pas établis par le compte-rendu de visionnage des caméras de surveillance, dans la mesure où le local dans lequel s'est déroulée la fouille ne se trouve pas dans le champ de la vidéo-surveillance. Il est en revanche constant que le détenu en cause a été sorti du local de fouille et reconduit dans sa cellule, nu et menotté dans le dos. Si ces agissements sont indubitablement de nature à porter atteinte à la dignité de la personne détenue, il ressort des pièces du dossier qu'ils ont été réalisés sur ordre d'une gradée et avec le concours d'un autre surveillant, dans le but de porter rapidement assistance à un troisième surveillant, blessé lors de la maîtrise du détenu récalcitrant aux opérations de fouille. Dans ces circonstances particulières, ces faits n'apparaissent pas de nature à justifier une sanction disciplinaire à l'encontre de M. B.
6. S'agissant en second lieu des faits du 13 novembre 2019, ni les comptes-rendus des surveillants présents ni même les déclarations du détenu concerné ne permettent d'imputer à
M. B les graves violences à l'origine des blessures constatées sur le prisonnier. Ces pièces permettent uniquement d'établir que le requérant a mis la paume de sa main sur le visage de l'intéressé pour le faire reculer et procédé à deux reprises à un crochetage de jambe l'ayant fait chuter. Si, dans ses écritures, l'administration reproche à M. B d'avoir fait un usage inadapté de la force, notamment " en plaçant la paume de sa main contre le visage du détenu ", ce motif n'apparaît pas en tant que tel dans la décision attaquée. Par ailleurs, si les deux crochetages successifs peuvent être regardés comme ayant excédé l'usage strictement nécessaire de la force, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait pris la même sanction disciplinaire si elle s'était fondée sur cet unique motif.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
9. En l'espèce, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que M. B soit rétabli dans ses droits et sa carrière reconstituée. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au ministre de la justice de procéder à la reconstitution de carrière de M. B et de le rétablir dans ses droits et ce, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 février 2021, par lequel le ministre de la justice a infligé à
M. B la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, dont quatre assortis d'un sursis, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de la justice de reconstituer la carrière de M. B et de le rétablir dans ses droits, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros toutes taxes comprises au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.
La rapporteure,
C. VICARD
La présidente,
A. DULMETLe greffier,
S. BRONNER
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026