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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2102314

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2102314

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2102314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCEREJA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er avril 2021, 28 février 2022 et 12 avril 2022, la société par actions simplifiée Roellinger, représentée par Me André, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 février 2021 par lequel le maire de la commune de Dietwiller a interdit la circulation des véhicules de plus 3,5 tonnes, sauf véhicules agricoles, sur la rue du Bois Doré et le chemin rural dit C, à l'est de la RD201 à compter du 22 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dietwiller la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'absence de justification de transmission de l'arrêté attaqué l'entache d'un vice de procédure ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, la commune de Dietwiller, représentée par Me Cereja, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Roellinger en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SAS Roellinger n'est fondé.

Par une ordonnance du 12 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 avril 2022.

Par une lettre en date du 27 avril 2022, la commune de Dietwiller a été invitée à produire la délibération du conseil municipal autorisant le maire à la représenter dans le cadre de la présente instance en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

La commune de Dietwiller a produit la pièce demandée le 28 avril 2022. Cette pièce a été communiquée à la société requérante en application des mêmes dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public,

- et les observations de Me Pradignac, représentant la SAS Roellinger et de Me Cereja, représentant la commune de Dietwiller.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Roellinger, dont le siège est situé au 9 rue du Bois Doré à Dietwiller, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 18 février 2021 par lequel le maire de la commune de Dietwiller a interdit la circulation des véhicules de plus 3,5 tonnes, sauf véhicules agricoles, sur la rue du Bois Doré et le chemin rural dit C, à l'est de la RD201 à compter du 22 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans le département. ". Le défaut de transmission d'un acte pris par une autorité communale au représentant de l'Etat est sans incidence sur sa légalité et fait seulement obstacle à ce qu'il devienne exécutoire. Au reste, il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Dietwiller a régulièrement transmis l'arrêté litigieux à la sous-préfecture de Mulhouse le 22 février 2021. Par ailleurs, le défaut de notification de l'acte attaqué à d'autres autorités est également sans incidence sur sa légalité. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'absence de justification de transmission de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 2213-1 à L. 2213-6 et L. 2542-1 à L. 2542-13 du code général des collectivités territoriales, les articles R. 110-1, R. 110-2, R. 411-5, R. 411-8, R. 411-18, R. 411-25 à R. 411-28 et R. 422-4 du code de la route, ainsi que l'article R. 141-3 du code de la voirie routière. Il mentionne également la croissance régulière du trafic dans le chemin rural de la rue du Bois Doré et une problématique de circulation et de danger pour les utilisateurs de la voie. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2542-1 du code général des collectivités territoriales, applicable aux seules communes d'Alsace-Moselle : " Les dispositions du titre Ier du livre II de la présente partie sont applicables aux communes des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, à l'exception de celles des articles L. 2212-1, L. 2212-2, L. 2212-3, L. 2212-4, L. 2213-6, L. 2213-7, L. 2213-8, L. 2213-9, L. 2213-21, L. 2213-26, L. 2213-27, L. 2214-3, L. 2214-4, L. 2215-1 et L. 2215-4. ". Aux termes de l'article L. 2542-3 du même code : " Les fonctions propres au maire sont de faire jouir les habitants des avantages d'une bonne police, notamment de la propreté, de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité dans les rues, lieux et édifices publics. ". Aux termes de l'article L. 2213-1 du même code : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation (). ". Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : 1° Interdire à certaines heures l'accès de certaines voies de l'agglomération ou de certaines portions de voie ou réserver cet accès, à certaines heures ou de manière permanente, à diverses catégories d'usagers ou de véhicules ; (). ". Aux termes de l'article L. 2213-4 dudit code : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air, soit la protection des espèces animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, écologiques, agricoles, forestières ou touristiques (). ".

5. Le maire peut, dans le cadre des pouvoirs de police qu'il tient des dispositions précitées, limiter de façon temporaire ou permanente le tonnage des véhicules qui empruntent les voies communales dès lors qu'une telle mesure de restriction de la circulation est nécessaire afin de garantir la conservation de la chaussée et la sécurité de leurs usagers. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société requérante, en se fondant sur des motifs de sécurité publique et des nécessités de la circulation routière pour prendre l'arrêté attaqué, le maire de la commune de Dietwiller n'a pas commis d'erreur de droit.

6. En quatrième lieu, la commune de Dietwiller produit en défense les relevés du radar pour les mois d'octobre et novembre 2020 établissant la fréquentation par 345 véhicules en moyenne de la rue du Bois Doré sur cette période. Si la société requérante soutient qu'il n'est pas établi que cette fréquentation n'est pas due qu'à son activité, l'arrêté attaqué se borne à indiquer que ce trafic est généré principalement par l'utilisation de la voie par les clients de la société afin d'accéder à l'entreprise, sans mentionner que cette fréquentation serait uniquement due à l'activité de la société. Contrairement à ce que soutient la société requérante, l'arrêté ne mentionne pas non plus que le trafic ne serait dû qu'à des poids lourds. De plus, la commune produit des photographies et des relevés topographiques, dont il n'est pas utilement contesté qu'elles concernent la rue du Bois Doré, dont il ressort que la largeur de la voirie de six mètres maximum est insuffisante pour permettre le croisement de deux poids lourds ou d'un poids lourd et d'un autre véhicule à certains endroits. Elle produit également des attestations d'usagers de la voie, dont il n'est pas établi qu'il s'agirait d'attestations de complaisance, faisant état de difficultés importantes de circulation et de dommages causés par celles-ci. Le rapport de l'expertise de M. A sollicitée par la société Roellinger en date du 18 novembre 2020 ne permet pas de contredire utilement les éléments précités en se bornant à constater que la rue du Bois Doré est suffisamment large pour le passage d'une centaine de véhicules par jour, sans analyser la possibilité de croisement des véhicules. De même, si l'expert mentionne une entrée de l'établissement de la société de 15 mètres, cette circonstance est sans incidence pour apprécier la possibilité de croisement de véhicules sur la rue d'une largeur non contestée de six mètres maximum. En outre, la difficulté de croisement entre deux poids lourds à l'intersection entre la rue du Bois Doré et la route départementale est également révélée par les photographies produites, sans que la circonstance relevée par l'expert que la visibilité soit bonne permette de remettre en cause cette constatation. Ainsi, d'une part, la commune établit l'importance du trafic du chemin rural de la rue du Bois Doré, qui implique nécessairement la fréquentation conséquente de poids lourds, compte tenu de l'activité de traitement et d'élimination des déchets non dangereux exercée par la société requérante et, d'autre part, la commune doit être regardée comme établissant des difficultés importantes de circulation du fait de l'étroitesse de la rue du Bois Doré et de la configuration de l'intersection avec la route départementale. Par suite, l'arrêté, rendu nécessaire par la nécessité de réduire les nuisances et les risques encourus par les usagers de la voie publique, répond aux exigences de sécurité publique.

7. En cinquième lieu, eu égard à ce qu'il vient d'être dit, ni la diminution de la vitesse autorisée, déjà limitée à 30 km/h ni la création d'une zone de rencontre, telle que définie par l'article R. 110-2 du code de la route, ne permettrait le croisement des véhicules sur la rue du Bois Doré. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la sécurité des usagers aurait pu y être assurée par des mesures de police moins rigoureuses ou contraignantes que la mesure d'interdiction de circulation faite aux véhicules d'un tonnage supérieur à 3,5 tonnes. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'un itinéraire alternatif en passant par la zone d'activité " Schlierbach Dietwiller " puis par l'allée de la Hardt est possible pour rejoindre l'établissement de la société requérante. L'expertise de M. A sollicitée par la société Roellinger en date du 18 novembre 2020 ne permet pas d'établir la dangerosité ou l'impossibilité d'emprunter cet itinéraire alternatif pour les véhicules se rendant à son établissement. En outre, il appartient à la société requérante de modifier son entrée située allée de la Hardt pour permettre un meilleur accès à son établissement si elle l'estime insuffisant. Par suite, la mesure contestée n'est pas disproportionnée par rapport au but poursuivi de sécurité publique.

8. En sixième lieu, la circonstance que l'accès à l'établissement de la société Roellinger par les poids lourds se soit toujours effectué par la rue du Bois Doré ne permet pas d'établir que l'arrêté aurait été pris dans un but étranger à l'intérêt général. Ainsi, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dietwiller, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SAS Roellinger au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Roellinger la somme demandée par la commune de Dietwiller au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SAS Roellinger est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Dietwiller présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Roellinger et à la commune de Dietwiller.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Messe, présidente,

Mme Milbach, première conseillère,

M. Duez-Gündel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

M.-L. MESSE

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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