mardi 25 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2102476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOIVIN & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 avril 2021 et 11 janvier 2022, l'association Les Amis de la Terre France et l'association Alsace Nature, représentées par Me Zind, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2020 par lequel le préfet du Haut-Rhin a autorisé la société Eurovia 16 Project à exploiter un établissement logistique de grandes dimensions à Ensisheim ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la requête est recevable ;
- l'étude d'impact du projet est entachée d'insuffisances, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, en raison de l'absence d'identification du futur locataire du site, du défaut d'appréhension du projet dans sa globalité, de l'insuffisante analyse de son impact sur le changement climatique, la pollution atmosphérique et les gaz à effet de serre ainsi que de l'absence de présentation de solutions alternatives ;
- dès lors que la société pétitionnaire ne démontre pas qu'elle dispose des capacités techniques et financières suffisantes eu égard au projet autorisé, le dossier de demande d'autorisation environnementale est insuffisant et l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 181-27 et D. 181-15-2 du code de l'environnement ;
- l'arrêté a été adopté en méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-1 du code de l'environnement ;
- la pratique de l'entrepôt en blanc constitue une violation des dispositions de l'article L. 160-1 code de l'environnement et méconnaît le principe du pollueur-payeur ;
- le projet est incompatible avec les points n° 2 et 3 de l'orientation d'aménagement et de programmation du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Centre Haut-Rhin, relatifs à l'insertion paysagère et à la limitation de l'imperméabilisation des sols ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juin 2021 et 11 février 2022, la société Eurovia 16 Project, représentée par la SCP Boivin et Associés, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 181-18 du code de l'environnement en vue de régulariser, selon les modalités arrêtées par le tribunal, un éventuel vice de procédure qui serait constaté par ce dernier, et à ce que soit mise à la charge des associations Les Amis de la Terre France et Alsace Nature la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les impacts environnementaux du projet sont maîtrisés et ont été portés à la connaissance du public, et en tout état de cause, les irrégularités alléguées n'ont pas eu d'influence sur le sens de la décision ni nui à l'information complète de la population ;
- le fait que l'identité du locataire ne soit pas connue au moment de l'enquête publique est sans incidence ;
- elle est une filiale à 100 % de la société LCP Hold Co Lux, laquelle justifie de capacités techniques et financières suffisantes pour mettre en œuvre le projet d'entrepôt ;
- les autres moyens soulevés par les associations Les Amis de la Terre France et Alsace Nature ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les associations Les Amis de la Terre France et Alsace Nature ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,
- les conclusions de Mme Julie Devys, rapporteure publique,
- les observations de Me Zind, avocat des associations Les Amis de la Terre France et Alsace Nature ;
- les observations de M. A, représentant le préfet du Haut-Rhin ;
- les observations de Me De Prémorel, avocat de la société Eurovia 16 Project.
Une note en délibéré présentée par la société Eurovia 16 Project a été enregistrée le 7 juillet 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 4 décembre 2020, le préfet du Haut-Rhin a autorisé la société Eurovia 16 Project à construire une plateforme logistique, pour une surface de plancher de 189 081 mètres carrés, sur un terrain situé au sein du parc d'activités de la Plaine d'Alsace à Ensisheim. Les associations Les amis de la Terre France et Alsace Nature demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
En ce qui concerne les insuffisances de l'étude d'impact :
2. Aux termes du III de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " III. L'évaluation environnementale est un processus constitué de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des incidences sur l'environnement, dénommé ci-après " étude d'impact ", de la réalisation des consultations prévues à la présente section, ainsi que de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l'ensemble des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des consultations effectuées et du maître d'ouvrage. / L'évaluation environnementale permet de décrire et d'apprécier de manière appropriée, en fonction de chaque cas particulier, les incidences notables directes et indirectes d'un projet sur les facteurs suivants : / 1° La population et la santé humaine ; / 2° La biodiversité, en accordant une attention particulière aux espèces et aux habitats protégés au titre de la directive 92/43/ CEE du 21 mai 1992 et de la directive 2009/147/ CE du 30 novembre 2009 ; / 3° Les terres, le sol, l'eau, l'air et le climat ; / 4° Les biens matériels, le patrimoine culturel et le paysage ; / 5° L'interaction entre les facteurs mentionnés aux 1° à 4°. / () / Lorsqu'un projet est constitué de plusieurs travaux, installations, ouvrages ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage, il doit être appréhendé dans son ensemble, y compris en cas de fractionnement dans le temps et dans l'espace et en cas de multiplicité de maîtres d'ouvrage, afin que ses incidences sur l'environnement soient évaluées dans leur globalité ".
3. Par ailleurs, les dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement définissent le contenu de l'étude d'impact, qui est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, ouvrages et aménagements projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. Cette étude a pour objet, d'abord de donner la possibilité à la population de faire connaître utilement ses observations sur le projet à l'occasion de l'enquête publique, ensuite de mettre l'autorité administrative à même de porter une juste appréciation sur les effets de l'installation envisagée sur l'environnement ainsi que sur l'adéquation des mesures prévues par l'exploitant pour les supprimer, les limiter ou les compenser. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. En outre, d'éventuelles insuffisances de l'étude d'impact sont sans conséquence sur la légalité de la décision si les informations requises figurent par ailleurs dans le dossier.
4. En premier lieu, en application des dispositions des articles R. 181-12 et R. 181-13 du code de l'environnement, la demande d'autorisation environnementale doit être déposée par le pétitionnaire qui, s'il est une personne morale, doit indiquer sa dénomination ou sa raison sociale, sa forme juridique, son numéro de SIRET, l'adresse de son siège social ainsi que la qualité du signataire de la demande. Il doit, par ailleurs, justifier être le propriétaire du terrain ou disposer du droit d'y réaliser son projet ou d'une procédure en cours ayant pour effet de lui conférer ce droit. Il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, le demandeur ou même le titulaire d'une autorisation environnementale doive être, lui-même, l'exploitant de l'installation sollicitée ou autorisée.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'autorisation en litige a été délivrée à la société Eurovia 16 Project qui, en sa qualité de titulaire de l'autorisation d'exploiter, sera seule tenue au respect des prescriptions contenues dans l'arrêté attaqué. Ce dernier vise les rubriques nos 1510, 1530, 1532, 2662 et 2663 de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, soit le nombre le plus élevé possible de rubriques de cette nomenclature en lien avec l'exploitation future de la plateforme, rendant ainsi opposable à sa bénéficiaire l'ensemble des prescriptions techniques associées à chacune des rubriques concernées. La société pétitionnaire a ainsi prévu, dans son dossier de demande d'autorisation, une enveloppe maximale de risques, en deçà de laquelle le locataire pourra procéder à la gestion des produits stockés tout au long de l'exploitation de l'entrepôt. Dès lors, la circonstance que la société Eurovia 16 Project confie ultérieurement l'exploitation de l'entrepôt, par un contrat de droit privé, à un tiers qui n'était pas identifié à la date de l'arrêté attaqué est sans influence sur sa qualité d'exploitante et sur les obligations qui lui incombent à ce titre. Au demeurant, la plateforme logistique a été spécifiquement conçue pour accueillir une famille d'activités de stockage fortement automatisées, pour les besoins du e-commerce, de sorte que l'activité du futur locataire s'inscrira nécessairement dans cette famille d'activités. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'étude d'impact est entachée d'insuffisance en ce que l'absence d'identification du futur locataire n'a pas permis d'apprécier les incidences du projet en litige sur l'environnement.
6. En deuxième lieu, le terrain d'assiette du projet de plateforme logistique se situe au sein du parc d'activités de la plaine d'Alsace, dédié au développement économique du territoire et à l'implantation d'entreprises, et dont l'aménagement est réalisé en plusieurs phases. Les tranches 1a et 1b sont déjà aménagées, tandis que le projet en litige concerne la tranche 2. Compte tenu de la possibilité de mettre en œuvre les travaux relatifs aux différentes tranches indépendamment les uns des autres et de l'absence de similitude d'objet entre les finalités poursuivies par ces opérations, la seule circonstance qu'elles s'inscrivent dans le plan d'urbanisation de la zone n'est pas de nature à établir qu'elles constitueraient avec l'entrepôt en litige un projet commun ayant la même finalité. Dès lors, la création de la plateforme logistique ne constitue pas, avec les autres phases, un projet unique au sens des dispositions précitées du III de l'article L. 122-1 du code de l'environnement. Par suite, l'étude d'impact n'avait pas à porter sur l'ensemble du parc d'activités de la plaine d'Alsace. Au demeurant, il résulte de l'instruction qu'une telle étude portant sur l'ensemble du parc d'activités, réalisée préalablement au dépôt du permis d'aménager de la deuxième tranche et soumise à enquête publique, a été jointe en annexe à l'étude d'impact du projet attaqué. Cette étude rappelle que le projet d'entrepôt s'inscrit dans le cadre du parc d'activités, dont les effets cumulés sont principalement liés au trafic routier engendré par l'exploitation d'un autre projet logistique de cette zone, et fait également à cet égard référence aux précédentes études d'impact menées par la collectivité et aux aménagements routiers prévus pour assurer la fluidité du trafic. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le périmètre de l'étude d'impact du projet de centre logistique aurait dû inclure les autres phases de l'aménagement du parc d'activités.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le dossier de demande d'autorisation environnementale déposé par la pétitionnaire comportait une étude de trafic réalisée dans le cadre de l'aménagement du parc d'activité de la plaine d'Alsace, détaillant les impacts circulatoires à court, moyen et long termes et actualisée au mois de décembre 2019 pour prendre en compte spécifiquement le projet en litige. L'étude d'impact présente, quant à elle, une évaluation de l'importance du trafic qui sera généré par la plateforme logistique ainsi que des émissions polluantes correspondantes et conclut que, compte tenu du trafic déjà existant aux abords du parc d'activités et sur l'autoroute A35 distante d'un kilomètre seulement, le trafic routier imputable au futur établissement, de même que l'impact environnemental des émissions liées aux gaz d'échappement des camions dans l'enceinte de l'aire du projet, peuvent être considérés comme faibles. En outre, le projet de liaison routière et de création d'un giratoire desservant directement la partie Est du parc d'activités limiteront fortement la circulation aux abords des habitations. Par ailleurs, l'étude d'impact comporte une partie traitant spécifiquement des effets du projet d'entrepôt sur le climat. La société pétitionnaire y indique notamment que le projet n'est pas vulnérable au changement climatique, présente les caractéristiques énergétiques des bâtiments et procède à une estimation de leurs rejets de gaz à effet de serre. Elle projette de mettre en place des panneaux photovoltaïques sur environ 30 % de la surface de la toiture du bâtiment, dont la production électrique sera destinée à l'autoconsommation pour un peu plus de 10 % de ses besoins. Dans son mémoire en réponse du 5 novembre 2019 aux observations de l'autorité environnementale, la société Eurovia 16 Project détaille également les autres mesures qui permettent de contribuer à la réduction des consommations énergétiques du projet, telles que l'installation de pompes à chaleur en toiture ou le pilotage de l'apport d'air neuf dans les locaux via des sondes de mesure de CO2 permettant de faire varier l'apport d'air plus froid en fonction de l'occupation réelle des locaux. Dès lors, les requérantes n'établissent pas que l'étude d'impact présente insuffisamment les incidences du projet sur le climat, la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effet de serre.
8. En dernier lieu, l'article R. 122-5 II 7° du code de l'environnement précise que l'étude d'impact doit contenir : " une description des solutions de substitution raisonnables qui ont été examinées par le maître d'ouvrage, en fonction du projet proposé et de ses caractéristiques spécifiques, et une indication des principales raisons du choix effectué, notamment une comparaison des incidences sur l'environnement et la santé humaine ".
9. Il ressort de l'étude d'impact que la pétitionnaire a explicité les critères ayant présidé au choix du parc d'activités de la plaine d'Alsace pour l'implantation de l'entrepôt logistique en litige, par préférence à d'autres terrains notamment situés en Suisse, en Allemagne ou à proximité de Mulhouse, parmi lesquels son emplacement au sein d'un bassin d'emploi, la proximité des grands axes routiers de la région, l'absence d'enjeu écologique particulier ou encore la disponibilité foncière. En outre, en réponse à la recommandation de l'autorité environnementale de justifier le choix d'implantation du projet par comparaison avec d'autres sites possibles, la société Eurovia 16 Project a présenté les différents lieux situés dans le Haut-Rhin qui ont été étudiés ainsi que les raisons pour lesquelles ils n'ont pas été retenus. Si l'autorité environnementale souligne une contradiction entre le fait que le choix du site a notamment été justifié par l'absence d'enjeu environnemental et la circonstance que l'étude d'impact fait mention d'une pollution des sols aux hydrocarbures et aux métaux, cette même étude précise qu'en l'absence de risque de transfert, il n'est pas retenu de risque de pollution au droit de la zone d'implantation de l'entrepôt. En tout état de cause, les requérantes ne démontrent pas que les irrégularités alléguées auraient pu avoir pour effet de nuire à l'information du public ou avoir été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision attaquée.
10. Il résulte de ce qui a été dit des points 4 à 9 que le moyen tiré des insuffisances dont serait entachée l'étude d'impact doit être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 160-1 du code de l'environnement :
11. Aux termes de l'article L. 160-1 du code de l'environnement : " Le présent titre définit les conditions dans lesquelles sont prévenus ou réparés, en application du principe pollueur-payeur et à un coût raisonnable pour la société, les dommages causés à l'environnement par l'activité d'un exploitant. / L'exploitant s'entend de toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui exerce ou contrôle effectivement, à titre professionnel, une activité économique lucrative ou non lucrative ".
12. Il résulte de l'instruction que l'autorisation délivrée à la société pétitionnaire lui a conféré la qualité d'exploitante au sens des dispositions précitées. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la circonstance qu'elle prévoit de confier l'exploitation à un tiers par un contrat de bail commercial est sans influence sur la qualification d'exploitante et sur les obligations associées à cette qualité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 160-1 du code de l'environnement ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 123-1 et L. 122-1-1 du code de l'environnement :
13. Aux termes de l'article L. 123-1 du code de l'environnement : " L'enquête publique a pour objet d'assurer l'information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers lors de l'élaboration des décisions susceptibles d'affecter l'environnement mentionnées à l'article L. 123-2. Les observations et propositions parvenues pendant le délai de l'enquête sont prises en considération par le maître d'ouvrage et par l'autorité compétente pour prendre la décision ". Aux termes du I de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement : " L'autorité compétente pour autoriser un projet soumis à évaluation environnementale prend en considération l'étude d'impact, l'avis des autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 ainsi que le résultat de la consultation du public et, le cas échéant, des consultations transfrontières ".
14. En se bornant à soutenir que la décision attaquée ne prend pas en compte les observations parvenues durant l'enquête publique, le résultat des consultations et les recommandations de l'autorité environnementale, alors qu'elle vise le rapport d'enquête publique et l'ensemble des avis rendus par les différents services consultés, les requérantes n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, d'une part, les dispositions de l'article L. 123-1 du code de l'environnement n'imposent nullement au préfet de donner suite aux observations et aux propositions recueillies au cours de l'enquête publique, alors au demeurant que le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable en l'espèce. D'autre part, les recommandations de l'autorité environnementale formulées sur l'étude d'impact ne revêtent pas un caractère contraignant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 123-1 et L. 122-1-1 du code de l'environnement doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompatibilité avec l'orientation d'aménagement et de programmation sectorielle relative au parc d'activités de la plaine d'Alsace :
15. Le secteur du parc d'activités de la plaine d'Alsace est concerné par une orientation d'aménagement et de programmation sectorielle fixant plusieurs conditions d'aménagement, parmi lesquelles le traitement du front urbain par la réalisation d'une transition douce entre la zone urbanisée et les terres agricoles, d'une bonne insertion paysagère et d'un traitement paysager des limites du secteur dans lequel se situe le projet en litige, ainsi qu'une limitation de l'imperméabilisation des terres.
16. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de l'étude d'impact, que sont détaillées dans le projet la démarche paysagère et environnementale, les principes d'implantation, les principes architecturaux et les matériaux et qu'y sont présentées différentes perspectives d'insertion paysagère de l'établissement dans son environnement. Des aménagements paysagers de nature à limiter l'impact visuel du projet sont prévus, notamment la création d'une haie végétale en limite est de la parcelle, sur un talus réutilisant les remblais du terrain, constituée d'arbres à haute tige, ainsi que des aménagements de prairie basse et de gazon fleuri. Dans son mémoire en réponse aux observations de l'autorité environnementale, la société pétitionnaire a présenté des photomontages du projet sans présence de végétation, aux fins d'en évaluer l'impact visuel initial. La circonstance que la végétation prévue n'atteindra une taille adulte que plusieurs années après l'ouverture de la plateforme n'est pas, à elle-seule, de nature à rendre le projet incompatible avec la condition tenant à l'insertion paysagère de l'orientation d'aménagement et de programmation précitée.
17. D'autre part, alors que la société Eurovia 16 Project fait valoir qu'elle a limité l'emprise au sol du projet en prévoyant un bâtiment sur quatre niveaux et que les voies de circulation et les zones de stationnement sont dimensionnées en fonction des besoins de la plateforme et des contraintes de sécurité, les requérantes n'établissent pas que la condition qui prévoit de manière générale de limiter l'imperméabilisation des sols serait méconnue.
18. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité du projet avec l'orientation d'aménagement et de programmation sectorielle du parc d'activités de la plaine d'Alsace doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement :
19. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 () ". Et aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre (), les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il statue sur une demande d'autorisation d'exploitation d'une installation classée pour la protection de l'environnement, il appartient au préfet de s'assurer que le projet ne méconnaît pas l'exigence de protection de la nature et des paysages, prévue par l'article L. 511-1 du code de l'environnement.
20. Si les associations requérantes soutiennent que les mesures présentées dans le dossier de demande d'autorisation environnementale ainsi que les prescriptions issues de l'arrêté en litige sont insuffisantes pour garantir les atteintes au paysage, les nuisances acoustiques liées à l'augmentation du trafic et au fonctionnement en continu de l'exploitation, l'augmentation de la pollution de l'air et l'absence de réduction des émissions de gaz à effet de serre, elles n'apportent aucune précision de nature à l'établir. En tout état de cause, l'étude d'impact a conclu à l'absence d'incidences significatives du projet sur l'environnement, notamment sur le climat et la qualité de l'air, et ce avant même la mise en œuvre des mesures prévues par la séquence " éviter-réduire-compenser ". En outre, les études acoustiques réalisées à l'échelle du parc d'activités de la plaine d'Alsace et du projet de plateforme, qui ont pris en compte les sources sonores présentes sur site ainsi que le bruit généré par les voiries alentours, ont permis d'évaluer les effets des projets sur les niveaux sonores au droit des habitations et ont conclu à l'absence de nuisances prévisibles. Par suite, eu égard notamment à la consistance du projet et à sa localisation au sein d'une zone à vocation économique qui ne présente pas d'intérêt particulier sur le plan paysager ni sur le plan de la biodiversité, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement en délivrant l'autorisation environnementale attaquée.
En ce qui concerne les capacités techniques et financières de la société pétitionnaire :
21. Aux termes de l'article L. 181-27 du code de l'environnement, dans sa version en vigueur depuis le 1er mars 2017 : " L'autorisation prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-6-1 lors de la cessation d'activité ". Aux termes de l'article D. 181-15-2 du même code, dans sa version en vigueur du 21 septembre 2018 au 11 octobre 2019, applicable à la date de l'arrêté contesté compte tenu de la date de dépôt du dossier de demande d'autorisation du 30 septembre 2019 : " Lorsque l'autorisation environnementale concerne un projet relevant du 2° de l'article L. 181-1, le dossier de demande est complété dans les conditions suivantes. / I. - Le dossier est complété des pièces et éléments suivants : () / 3° Une description des capacités techniques et financières mentionnées à l'article L. 181-27 dont le pétitionnaire dispose, ou, lorsque ces capacités ne sont pas constituées au dépôt de la demande d'autorisation, les modalités prévues pour les établir au plus tard à la mise en service de l'installation () ".
22. Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation environnementale ne peut légalement être délivrée, sous le contrôle du juge du plein contentieux, si les conditions qu'elles posent ne sont pas remplies. Lorsque le juge se prononce sur la légalité de l'autorisation avant la mise en service de l'installation, il lui appartient, si la méconnaissance de ces règles de fond est soulevée, de vérifier la pertinence des modalités selon lesquelles le pétitionnaire prévoit de disposer de capacités financières et techniques suffisantes pour assumer l'ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l'exploitation et de la remise en état du site, au regard des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement.
23. En l'espèce, la demande d'autorisation environnementale en litige a été déposée par la pétitionnaire, filiale détenue à cent pour cent par la société LCP Hold Co Lux, qui l'a créée spécifiquement pour la réalisation de la plateforme logistique. Il résulte de l'instruction que la société LCP Hold Co Lux, qui doit faire l'acquisition des terrains accueillant le projet, est un groupe paneuropéen spécialisé dans le développement et la gestion de bâtiments logistiques, capitalisé à hauteur de près de 14 millions d'euros qui a clôturé l'exercice 2018 avec un résultat net de plus de sept millions euros et qui se finance par le biais d'un accord de financement avec une société américaine spécialiste de l'immobilier opérant dans 21 pays et détenant plus de 69 milliards d'actif à travers le monde. Toutefois, si la notoriété et la solidité financière de la société mère ne sont pas contestées, la société Eurovia 16 Project se borne à s'en prévaloir sans justifier d'aucun engagement de financement de sa société mère en lien avec le projet en litige. En outre, s'il résulte de l'instruction que le capital de la pétitionnaire s'élève à 500 000 euros, le dossier de demande d'autorisation ne fait pas mention du coût global du projet en litige ni de ses modalités de financement, la société Eurovia 16 Project se bornant à indiquer que les loyers perçus s'élèveront à plusieurs millions d'euros sans en préciser la période de référence. Dès lors, la seule circonstance que la société Eurovia 16 Project soit une filiale à cent pour cent de la société LCP Hold Co Lux ne suffit pas à justifier qu'elle sera en mesure de disposer des capacités financières pour mener à bien le projet, en l'absence d'accord exprès sur ce point entre les deux sociétés, tel qu'engagement de caution, lettre d'intention ou convention de trésorerie.
24. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'au titre de ses capacités techniques, la société pétitionnaire se borne à se prévaloir de la mise en œuvre des compétences de l'équipe dirigeante de la société LCP Hold Co Lux et de l'appui de partenaires et de bureaux d'études techniques, sans aucune précision sur leur rôle effectif ni sur les modalités d'intervention prévues dans le cadre du projet en litige. De même, si elle affirme de façon générale qu'elle mettra en place les formations, audits et exercices adéquats avec le locataire de l'entrepôt, elle n'apporte au soutien de ses allégations aucun détail sur les conditions de mise en œuvre. Dans ces conditions, la seule expérience de la société mère dans le domaine de la construction d'entrepôts logistiques est insuffisante pour établir que la société Eurovia 16 Project disposera des capacités techniques nécessaires.
25. Il résulte de ce qui précède que le dossier de demande d'autorisation ne peut être regardé comme suffisamment précis pour permettre de vérifier la pertinence des modalités selon lesquelles la pétitionnaire prévoit de disposer de capacités financières et techniques suffisantes. Cette insuffisance a eu pour effet de nuire à l'information complète du public.
Sur l'application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement :
26. Aux termes de l'article L. 181-18 du code de l'environnement : " I. Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre une autorisation environnementale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés : / () / 2° Qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé par une autorisation modificative peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si une telle autorisation modificative est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. () ".
27. En premier lieu, les dispositions du 2° du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement permettent au juge, lorsqu'il constate un vice qui entache la légalité de l'autorisation environnementale attaquée mais qui peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l'intervention d'une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision attaquée.
28. D'une part, l'illégalité qui résulte de l'incomplétude du dossier de demande peut être régularisée par l'intervention d'une autorisation modificative de régularisation prise au regard d'un dossier actualisé comportant les données techniques et financières absentes du dossier soumis à l'enquête publique et qui devront être portées à la connaissance du public lors d'une enquête publique complémentaire organisée selon les modalités prévues par les articles L. 123-14 et R. 123-23 du code de l'environnement.
29. D'autre part, compte tenu des lacunes du dossier de demande d'autorisation relevées aux points 23 et 24 du présent jugement en ce qui concerne les capacités techniques et financières de la société pétitionnaire, le tribunal n'est pas en mesure d'apprécier la conformité du projet aux dispositions des articles L. 181-27 et D. 181-15-2 du code de l'environnement. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de réserver la réponse au moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, lequel demeure susceptible d'être écarté après la régularisation du dossier de demande d'autorisation environnementale.
30. Il convient, dès lors, de surseoir à statuer sur la requête des associations Les amis de la terre France et Alsace Nature, dans l'attente de l'autorisation modificative qui devra être prise en application des principes mentionnés aux points 28 et 29 du présent jugement, dans le délai de dix mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1 : Il est sursis à statuer sur la requête présentée par l'association Les amis de la terre France et l'association Alsace Nature jusqu'à l'expiration d'un délai de dix mois, courant à compter de la notification du présent jugement, imparti à l'État pour produire devant le tribunal une autorisation environnementale modificative dans le respect des modalités définies aux points 28 et 29 du présent jugement.
Article 2 : Tous droits et conclusions des parties, sur lesquels il n'a pas été statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'à la fin de l'instance. L'instruction n'est rouverte que sur les suites qu'appelle la mesure de régularisation prescrite à l'article 1er.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les amis de la terre France, à l'association Alsace Nature, à la société Eurovia Project 16 et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
M. Therre, premier conseiller,
Mme Perabo Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 juillet 2023.
La rapporteure,
L. Perabo Bonnet
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026