lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2102696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHEBBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 avril 2021 et 26 octobre 2022, M. F, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder sans délai les conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien personnel de vulnérabilité par un agent qualifié de l'OFII dans un délai raisonnable ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait la directive 2013/33/UE et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires, enregistrés les 24 octobre et 2 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant arménien né le 26 mars 1966, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 30 août 2018. Il a bénéficié, à compter de cette date, des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 4 février 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a ordonné son transfert aux autorités polonaises. Par une décision du 4 mars 2019, il s'est vu retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 13 mars 2020, la France étant devenue responsable de sa demande d'asile, il s'est vu remettre une attestation de demande d'asile en procédure accélérée. Par un courrier du 28 mai 2020, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 19 février 2021, l'OFII a rejeté cette demande. M. F demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, le directeur général de l'OFII a, par une décision du 1er mars 2018, régulièrement publiée, donné délégation à Mme E D, directrice territoriale de Metz, à l'effet de signer les décisions relevant du champ de compétence de cette direction territoriale Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 19 février 2021, doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. F a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 30 août 2018. En outre, le requérant, qui se borne à invoquer sa situation de vulnérabilité sans apporter de précisions, ne fait état d'aucune circonstance nouvelle par rapport à l'entretien individuel dont il avait alors bénéficié. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'OFII n'aurait pas pris en compte sa vulnérabilité dans un délai raisonnable avant de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés d'une absence d'entretien dans un délai raisonnable et d'un défaut d'examen doivent être écartés.
5. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment la circonstance qu'il ne justifie pas de ses conditions d'existence et des motifs pour lesquels il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans solliciter l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne présente aucune vulnérabilité particulière. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du même code alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2./La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. /Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".
7. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
8. Pour refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII s'est fondé d'une part, sur le non-respect des obligations lors de sa prise en charge initiale et notamment du fait qu'il a refusé son transfert vers la Pologne le 4 février 2019, qu'il a été en fuite et dépourvu d'attestation de demande d'asile du 21 avril 2019 au 12 mars 2020 et d'autre part, sur l'absence de facteur de vulnérabilité, et ce, alors même que sa fille majeure était enceinte lors de la tentative de transfert le 5 mars 2020. Toutefois, la fille du requérant bénéficiait, ainsi que cela ressort des déclarations du requérant le 4 mars 2020 lors de son placement en rétention, d'un logement privé et elle n'était plus enceinte, ni à la charge du requérant lors de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, les éléments qu'il produit ne suffisent pas à établir qu'il se trouve dans un état de vulnérabilité justifiant que lui soit accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas entaché sa décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.
9. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement quant au cadre normatif applicable aux décisions par lesquelles l'OFII peut refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, la circonstance que la décision attaquée vise l'article 20, paragraphe 1, de la directive 2013/33/UE, qui précise les conditions dans lesquelles une décision peut être prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil, n'est pas de nature à priver cette décision de base légale.
10. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".
11. Il ne ressort ni des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la possibilité pour un demandeur d'asile dont les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues d'en solliciter le rétablissement, ni d'aucune autre disposition que les décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil feraient en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. Si le requérant soutient que la décision en litige méconnait les stipulations précitées dès lors qu'elle le place dans une situation de " dénuement matériel extrême " et qu'il est sans la moindre ressource et sans hébergement, contraint de vivre dans des conditions de vie sordides, dans une peur constante, il ne produit pas à l'instance d'éléments susceptibles d'établir qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations et ne justifie nullement avoir été placé dans l'impossibilité de solliciter le bénéfice d'autres dispositifs de soutien prévus par le droit interne. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par suite, pas être accueilli.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 février 2021. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Chebbale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 3 juin 2024.
Le président rapporteur,
J. C
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
M. B
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2102696
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026