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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2103071

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2103071

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2103071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2021, Mme A B, représentée par

Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui faire bénéficier sans délai des conditions matérielles d'accueil à compter du 25 mars 2021 sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas bénéficié de l'entretien personnel prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 12 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 novembre 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros, président rapporteur.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante nigérienne, née le 1er mars 1993, a déposé une demande d'asile placée en procédure Dublin le 29 août 2017 et a bénéficié le même jour des conditions matérielles d'accueil. La France étant redevenue responsable de l'examen de sa demande, la requérante a déposé le 28 novembre 2019 une demande d'asile en procédure normale et demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, que l'OFII lui a refusé. Par une ordonnance du 20 novembre 2020, le tribunal a suspendu l'exécution de la décision de l'OFII et lui a enjoint de verser l'allocation pour demandeur d'asile. Mme B s'est vu proposer un hébergement à Revin qu'elle a refusé le 16 février 2021. Par une décision du 25 mars 2021, notifiée le 8 avril 2021, dont elle demande l'annulation, l'OFII a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 10 juin 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ce que le tribunal l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers eu droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".

4. Si la décision attaquée énonce que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de Mme B ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de besoins particuliers en matière d'accueil, il ressort des pièces du dossier d'une part que l'intéressée s'est vu diagnostiquer une grossesse extra-utérine nécessitant une surveillance hospitalière rapprochée clinique aux hôpitaux universitaires de Strasbourg pour une durée minimum d'un mois à compter du 25 février 2021, d'autre part qu'elle fait l'objet d'un suivi régulier en santé mentale à Strasbourg lié, sans que cela soit contesté, aux séquelles psychiques subis dans son pays s'origine et pendant son parcours migratoire où elle a été victime d'un réseau de prostitution. Dans ces conditions, et dans la mesure où l'OFII ne produit aucun élément permettant d'établir que Mme B pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale équivalente à Revin, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 mars 2021 par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que l'OFII accorde à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 25 mars 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gaudron, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Gaudron de la somme de

1 000 euros hors taxes.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de l'OFII du 25 mars 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 25 mars 2021 dans un délai de deux mois.

Article 4 : L'OFII versera à Me Gaudron la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me Gaudron renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Gaudron et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.

Le président rapporteur,

T. GROSLa première conseillère,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

C. LAMOOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2103071

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