mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2103126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PAPIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2021 et le 17 septembre 2021, Mme A E, représentée par Me Papin, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Jury à lui verser la somme de 27 300 euros brut au titre de la prime d'exercice territorial pour la période d'avril 2017 à juin 2020 inclus, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Jury de reconstituer, auprès des organismes sociaux, les droits et cotisations afférents à la prime d'exercice territorial sur la période d'avril 2017 à juin 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Jury à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Jury la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle avait droit au bénéfice de la prime d'exercice territorial dès lors qu'elle remplissait les conditions prévues par l'article D. 6152-23-1 du code de la santé publique ;
- l'absence de versement de cette prime lui a causé un préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juillet et 2 novembre 2021, le centre hospitalier de Jury, représenté par la SELARL CM. Affaires Publiques, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme E d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requérante n'avait pas droit au bénéfice de la prime d'exercice territorial ;
- le préjudice moral n'est pas établi.
Par ordonnance du 29 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 novembre 2021.
Par une lettre du 13 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation du centre hospitalier de Jury à verser à Mme B C le bénéfice de la prime d'exercice territorial dès lors, d'une part, qu'une décision implicite de rejet définitive est née de la demande formée en ce sens par l'intéressée le 13 mai 2020 et, d'autre part, que la décision du 4 mars 2021 est purement confirmative de cette première décision implicite.
Par un mémoire, enregistré le 16 septembre 2022, Mme E a présenté ses observations sur le moyen relevé d'office.
Par un mémoire, enregistré le 19 septembre 2022, le centre hospitalier de Jury a présenté ses observations sur le moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2017-327 du 14 mars 2017 portant création d'une prime d'exercice territorial et d'une prime d'engagement de carrière hospitalière ;
- l'arrêté du 14 mars 2017 relatif à la prime d'exercice territorial des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
- et les observations de Me Papin, représentant Mme E et de Me Durgun, représentant le centre hospitalier de Jury.
Une note en délibéré, présentée pour Mme E, a été enregistrée le 21 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été recrutée par le centre hospitalier de Jury en qualité de praticienne contractuelle par contrat du 1er juin 2015. Elle a été titularisée dans ses fonctions à compter du 1er juillet 2016. Par une lettre du 12 janvier 2021, elle a sollicité le versement rétroactif de la prime d'exercice territorial pour la période d'avril 2017 à juin 2020. Par une décision du 4 mars 2021, le directeur du centre hospitalier de Jury a rejeté cette demande. Par sa requête, Mme E demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Jury à lui verser rétroactivement la prime d'exercice territorial pour la période susmentionnée et à réparer son préjudice moral.
Sur les conclusions tendant à l'octroi de la prime d'exercice territorial :
2. Tout d'abord, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
3. Ensuite, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis (). ".
4. Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
2. D'une part, il résulte de l'instruction que, par un courriel du 13 mai 2020, Mme E a sollicité le bénéfice de la prime d'exercice territorial à partir d'avril 2017. Du silence gardé sur cette demande est née, le 13 juillet 2020, une décision implicite de rejet que la requérante, en qualité d'agent public, ne pouvait contester que jusqu'au 14 septembre 2020, nonobstant l'absence de mention des voies et délais de recours dans un accusé de réception de sa demande. Or il est constant que dans ce délai, Mme E n'a ni formé de recours contre la décision implicite qui lui était opposée, ni reçu notification d'une décision expresse de rejet.
3. D'autre part, il résulte de l'instruction que, par une lettre du 12 janvier 2021, Mme E a de nouveau sollicité le paiement de la prime d'exercice territorial à compter d'avril 2017. Or la décision du 4 mars 2021 par laquelle le centre hospitalier de Jury a rejeté cette demande présente le même objet purement pécuniaire et est fondée sur la même cause juridique que la décision implicite du 13 juillet 2020 mentionnée au point précédent. Il s'ensuit que la décision du 4 mars 2021 est purement confirmative de la décision implicite du 13 juillet 2020, devenue définitive, et qu'elle n'a dès lors pas pu rouvrir le délai de recours contentieux. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de la requête tendant au versement de la prime d'exercice territorial sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'octroi d'un préjudice moral :
4. Mme E soutient qu'elle a sollicité le versement de la prime d'exercice territorial dès le mois de septembre 2017, qu'elle a formalisée cette demande par un courriel du 13 mai 2020 et qu'en raison du conflit qui l'opposait au centre hospitalier de Jury sur le versement de cette prime, elle a d'abord demandé à être relevée de ses fonctions au sein du CSAPA de Thionville en juillet 2020, puis a présenté sa démission à compter de juin 2021. Toutefois, il n'est pas établi par les pièces produites que l'absence de versement de la prime d'exercice territorial soit réellement la cause de l'arrêt de l'activité de la requérante au CSAPA de Thionville ni, à plus forte raison, de sa démission de ses fonctions de praticien hospitalier au centre hospitalier de Jury. Par ailleurs, la circonstance que Mme E avait déjà sollicité le bénéfice de la prime d'exercice territorial par un courriel du 13 mai 2020 n'est pas de nature à établir l'existence d'un préjudice moral. Par conséquent, la demande indemnitaire formée au titre d'un tel préjudice doit être rejetée.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant au versement des intérêts et de leur capitalisation ainsi que des conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Jury, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
8. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme E une somme au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Jury en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au centre hospitalier de Jury.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Charles Duez-Gündel, premier conseiller,
Mme Vanessa Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le rapporteur,
C. D
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026