jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2103135 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOURGUN - BAUTZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 avril et 10 décembre 2021 et un mémoire en communication de pièces enregistré le 8 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Bourgun, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le président de la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales a refusé de prendre en compte trois années de mise à disposition auprès des Hôpitaux universitaires de Strasbourg au titre des services actifs de sapeurs-pompiers professionnels, de décembre 2012 à novembre 2015 ;
2°) d'enjoindre au président de la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales de régulariser sa situation par la prise en compte de ces trois années de mise à disposition ;
3°) de mettre à la charge de la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités territoriales la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ; la saisine de la médiatrice du groupe de la Caisse des dépôts a interrompu le délai de recours contentieux, qui n'avait pas expiré à la date d'introduction de sa requête ;
- les missions qui lui ont été confiées durant les trois années pendant lesquelles il a été mis à disposition des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), en qualité de chef de service du SAMU-SMUR, relevaient du champ de la défense et de la sécurité civile, de la même manière que les services effectués pour le compte du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Bas-Rhin en qualité de médecin-chef ; cet emploi au profit des HUS doit être qualifié en " catégorie active " au regard des risques inhérents et permanents qu'il implique ;
- dans le cas d'une mise à disposition, la prise en compte de ces années n'est pas soumise à la condition que les fonctions exercées soient de " même nature " que celles de l'emploi d'origine ; en tout état de cause, son activité professionnelle auprès des HUS comportait de nombreuses gardes opérationnelles, terrestres et aériennes, qui sont des missions de même nature que celles exercées depuis 2005 en qualité de médecin-chef du SDIS du Bas-Rhin de la filière des médecins sapeurs-pompiers professionnels ; les fonctions exercées au SDIS puis aux HUS sont identiques ;
- le montant versé à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales par les cotisations prélevées sur sa rémunération pendant les trois années de mises à disposition s'élève à la somme de 21 482 euros ; l'absence de prise en compte de ces trois années dans le décompte de ses droits constitue un enrichissement sans cause de l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg demandent leur mise hors de cause.
Ils font valoir qu'en application de l'article 3 de l'ordonnance n° 45-993 du 17 mai 1945 relative aux services publics des départements et communes et de leurs établissements publics, de l'article 1er du décret n°2007-173 du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales et du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales, il appartient du directeur général de la Caisse des dépôts et consignations de produire le cas échéant les mémoires dans les procédures relatives aux décisions prises pour l'application du décret du 26 décembre 2003.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive et donc irrecevable ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003,
- le décret n°2007-173 du 7 février 2007,
- l'arrêté interministériel du 12 novembre 1969 portant classement des emplois des agents des collectivités locales en catégories A et B,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Gros, rapporteur public.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, médecin sapeur-pompier professionnel depuis le mois de décembre 2004, exerçait les fonctions de médecin-chef du service de santé et de secours médical au service départemental d'incendie et de secours du Bas-Rhin. Il a été mis à disposition des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) pour la période du 1er décembre 2012 au 30 novembre 2015 pour exercer les fonctions de directeur médical du SAMU-SMUR de Strasbourg. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision par laquelle le directeur de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales (CNRACL) a refusé de prendre en compte en catégorie active pour le décompte de ses droits à la retraite, ces trois années de mise à disposition.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la Caisse des dépôts :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Il résulte des dispositions de l'article R. 421-5 du même code que ce délai n'est toutefois opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision.
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale, et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. Les règles énoncées au point 3, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 2, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.
5. La Caisse des dépôts soutient que la requête introduite par le requérant en date du 7 avril 2021, à l'encontre de la décision née le 15 décembre 2020 du silence gardé sur sa demande réceptionnée le 15 septembre 2020 par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales est tardive. Toutefois il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a été informé des délais et voies de recours ouvert contre la décision en litige. Le délai de recours contentieux à l'encontre de cette décision n'a, dès lors, pas commencé à courir. En l'absence d'indication de la date précise de naissance de la décision implicite de rejet et, par suite, de celle à laquelle le délai de recours a débuté, la tardiveté de la requête ne pourrait être opposée au requérant qu'au titre du délai raisonnable d'un an mentionné au point précédent. En l'espèce alors, le recours contentieux enregistré le 7 avril 2021 ne peut être regardé comme tardif. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense par la Caisse des dépôts doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. D'une part, aux termes de l'article 25 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " I. - Les dispositions du I de l'article L. 24 et celles de l'article R. 37 du code des pensions civiles et militaires de retraite s'appliquent aux fonctionnaires mentionnés à l'article 1er du présent décret. () III. - Par dérogation aux dispositions du I du présent article : / 1° Les emplois classés dans la catégorie active sont déterminés par des arrêtés conjoints des ministres chargés de la sécurité sociale, des collectivités territoriales, de la santé et du budget, après avis du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale ou hospitalière selon les cas. / Les fonctionnaires titulaires appartenant à un cadre d'emploi et nommés à l'un des emplois classés en catégorie active bénéficient de ce classement à compter de leur affectation. () " Appartiennent à la catégorie active depuis l'arrêté interministériel du 12 novembre 1969 portant classement des emplois des agents des collectivités locales en catégories A et B les emplois de " officiers, sous-officiers, caporaux et sapeurs des corps de sapeurs-pompiers professionnels. () "
7. D'autre part, aux termes de l'article 61 de la loi du 26 janvier 1984 alors applicable : " La mise à disposition est la situation du fonctionnaire qui demeure dans son cadre d'emplois ou corps d'origine, est réputé y occuper un emploi, continue à percevoir la rémunération correspondante, mais qui exerce ses fonctions hors du service où il a vocation à servir. () " La mise à disposition étant un aménagement particulier de la position d'activité, le fonctionnaire est réputé continuer à exercer ses fonctions dans son administration d'origine. Dans cette position, qui est distincte du détachement, l'agent continue à bénéficier des avantages liés à l'exercice de son emploi d'origine.
8. Il est constant que l'emploi exercé par M. B au sein du SDIS du Bas-Rhin avant sa mise à disposition auprès des HUS est classé dans la catégorie active. Au cours de la période de mise à disposition, l'intéressé était réputé continuer à exercer ses fonctions dans son administration d'origine et il a ainsi acquis les mêmes droits statutaires qu'en position ordinaire d'activité. Parmi ses droits figure, pour les médecins sapeurs-pompiers professionnels, le décompte de l'ancienneté en catégorie active des services accomplis dans l'affectation qui a entraîné la mise à disposition, sans qu'il y ait lieu de s'interroger sur les sujétions particulières à cette affectation. En analysant la situation de M. B comme celle d'un agent en situation de détachement au lieu de tirer les conséquences de la mise à disposition, l'administration a commis une erreur de droit.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales a refusé de classer ses trois années de mise à disposition en catégorie active pour le décompte de ses droits à la retraite.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales de procéder au réexamen de la situation de M. B en prenant en compte, au titre des services actifs, ses trois années de mise à disposition. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de la Caisse des dépôts, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le directeur de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales a refusé de classer les trois années de mise à disposition de M. B auprès des HUS en catégorie active pour le décompte de ses droits à la retraite est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales de procéder au réexamen de la situation de M. B en prenant en compte ses trois années de mise à disposition au titre des services actifs dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La Caisse des dépôts versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bourgun et à la Caisse des dépôts.
Copie en sera adressée à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Faessel, président,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
S. C
Le président,
X. FAESSEL
Le greffier,
S. BRONNER
La République mande et ordonne au ministre chargé de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026