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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2103227

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2103227

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2103227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2021, Mme B D, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui faire bénéficier sans délai de l'allocation pour demandeur d'asile due au titre des mois de septembre à décembre 2020, sous astreinte de 200 euros par jour à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien personnel ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 20 paragraphe 5 de la directive 23013/33 UE en ce qu'elle est entachée d'un défaut de prise en compte de sa situation de vulnérabilité.

Par une ordonnance du 12 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2022.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros, président rapporteur.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante géorgienne, née le 8 avril 1985, déclare être entrée en France avec sa fille A C, le 5 novembre 2019, et y avoir sollicité la reconnaissance du statut de réfugié, le 20 novembre 2019. Par décision du même jour, l'OFII lui a accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qu'elle a perçu de décembre 2019 à septembre 2020. Par arrêté du 7 octobre 2020 la préfète du Bas-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français après que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) selon la procédure accélérée. Par une décision implicite, dont elle demande l'annulation, révélée par une attestation de versement du 26 février 2021, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article D.744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article

L. 741-1 ".

3. D'autre part, aux termes du II de l'article L.744-9-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque le droit au maintien de l'étranger a pris fin en application du 4° bis ou du 7° de l'article L. 743-2, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prend fin : () 2° Lorsque le juge administratif a rejeté le recours formé par l'étranger contre l'obligation de quitter le territoire français prise en application du 6° du I de l'article L. 511-1 ou si le juge administratif, saisi d'une demande de suspension d'exécution de la mesure d'éloignement en application des articles L. 743-3 et L. 743-4, n'a pas fait droit à cette demande, au terme du mois au cours duquel la décision du juge a été notifiée () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a bénéficié des conditions matérielles d'accueil à compter du 20 novembre 2019 et que par un jugement rendu public le 11 décembre 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté son recours dirigé contre l'arrêté du 7 octobre 2020 l'obligeant à quitter le territoire français. Il résulte des dispositions précitées que Mme D est fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'au terme du mois au cours duquel la décision de rejet de son recours contre la mesure d'éloignement lui a été notifié. Par suite, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions précitées en tant qu'elle suspend le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile correspondant aux mois courant de septembre à décembre 2020.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision implicite attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que dans le délai de deux mois à compter de sa notification, l'OFII accorde à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au titre des mois de septembre à décembre 2020. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Berry, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Berry de la somme de 1 000 euros hors taxes.

D E C I D E

Article 1er : La décision implicite de l'OFII en tant qu'elle suspend le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme D pour la période de septembre à décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII d'accorder à Mme D le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période de septembre à décembre 2020.

Article 3 : L'OFII versera à Me Berry la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Berry et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.

Le président rapporteur,

T. GROSLa première conseillère,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

C. LAMOOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2103227

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