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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2103236

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2103236

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2103236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantZIND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 mai 2021, le 26 octobre 2021 et le 20 juin 2022, Mme E F, représentée par Me Zind, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 28 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant mineure C A ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant mineur C A G le prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public,

- et les observations de Me Mourey, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 juin 2020, Mme F, ressortissante camerounaise, a déposé une demande de carte nationale d'identité et de passeport pour son enfant mineure C, Marcelle A, née le 30 novembre 2019 à Strasbourg. Par un courrier du 3 août 2020, le préfet de la Moselle a informé l'intéressée que l'examen de sa demande nécessitait une instruction complémentaire en raison d'un doute sur la réalité du lien de filiation unissant son enfant au père déclaré. Par une décision du 28 décembre 2020, dont Mme F demande l'annulation, le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité dispose que : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande (). ". Aux termes du premier alinéa de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports électroniques : " Le passeport électronique est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. ". L'article 18 du code civil dispose que : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". L'article 310-1 du même code dispose que : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété. ". L'alinéa 1er de l'article 316 du même code dispose que : " Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. ".

4. Pour l'application des dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.

5. Pour refuser la délivrance de la carte nationale d'identité et du passeport, le préfet de la Moselle a considéré que le lien de filiation entre la fille mineure de Mme F et son père déclaré, M. B A n'est pas établi.

6. Il ressort des pièces du dossier que la date de début de grossesse de Mme F a été fixée au 13 mars 2019. Cette dernière, ainsi que M. A, ont déclaré être en couple au moment de la conception de l'enfant. La requérante produit un test de paternité réalisée par " DDC DNA diagnostics center " indiquant que la probabilité de paternité entre l'enfant et son père déclaré est de 99,99%. Toutefois, ce test est basé sur des échantillons reçus des personnes testées dont les identités ne peuvent être indépendamment vérifiées par le laboratoire. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, il y a ainsi lieu d'ordonner une expertise aux fins de réalisation d'un test de paternité.

D E C I D E :

Article 1 : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme F, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission pour l'expert de procéder à un test de paternité entre l'enfant C, Marcelle A et M. B A.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme F et le préfet de la Moselle.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 4 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 6 : La présente décision sera notifiée à Mme E F, à Me Zind et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vogel-Braun, président,

Mme Milbach, première conseillère,

M. Duez-Gündel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

C. D

Le président,

J-P VOGEL-BRAUN

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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