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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2103333

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2103333

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2103333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSARACENO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires complémentaires et un mémoire en réplique, enregistrés les 10 mai 2021, 16 juillet 2021, 23 juillet 2021 et 13 avril 2022, M. A C, représenté par Me Saraceno, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2021 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice l'a promu au 3ème échelon du grade de surveillant et surveillant principal de l'administration pénitentiaire aux indice brut 367 et indice majoré 340, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que les décisions attaquées sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 23 novembre 2017 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé sa titularisation dans le grade de surveillant et surveillant principal du corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire à compter du 6 juin 2017, au 2ème échelon avec indice brut 348 et indice majoré 326, cet arrêté du 23 novembre 2017 étant entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 4139-1 et L. 4139-4 du code de la défense et de celles de l'article 10 du décret n° 2006-441 du 14 avril 2006.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Le 22 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

Par un mémoire du 27 juin 2022, M. C a présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire ;

- le décret n° 2009-21 du 7 janvier 2009 fixant les indices de solde applicables à certains militaires non officiers ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Gros, rapporteur public,

- et les observations de Me Saraceno, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, caporal-chef de l'armée de Terre, a été détaché dans le corps des élèves surveillants de l'administration pénitentiaire à compter du 28 septembre 2015. Par un arrêté du 23 novembre 2017, il a été titularisé dans le grade de surveillant et surveillant principal du corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire à compter du 6 juin 2017, au 2ème échelon de son grade, aux indice brut 348 et indice majoré 326.

2. Par un arrêté du 8 février 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice l'a promu au 3ème échelon du grade de surveillant et surveillant principal de l'administration pénitentiaire à compter du 9 décembre 2020, aux indice brut 367 et indice majoré 340. Le recours gracieux exercé par M. C le 28 février 2021 contre cet arrêté a été implicitement rejeté. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté du 8 février 2021 et de cette décision implicite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration ". En vertu de l'article L. 112-2 du même code, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". L'article L. 231-4 de ce code prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'une demande d'un agent public faite à son administration fait l'objet d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par cette administration pendant la période de deux mois suivant la réception de cette demande, le délai de recours contentieux dont dispose cet agent pour contester cette décision commence à courir pour une durée de deux mois dès la naissance de cette décision implicite. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, une décision expresse rejetant la demande lui est notifiée que l'agent public dispose, à compter de cette notification, d'un nouveau délai de deux mois pour exercer un recours contentieux dirigé contre cette décision expresse.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 8 février 2021 a été notifié à

M. C le 23 février 2021 et comportait la mention des voies et délais de recours. Le silence gardé par l'administration sur le recours gracieux exercé par l'intéressé le 28 février 2021 a fait naître une décision implicite de rejet le 1er mai 2021. Le délai de recours contentieux contre l'arrêté du 8 février 2021 ayant recommencé à courir à compter de cette date, M. C pouvait ainsi en demander l'annulation jusqu'au vendredi 2 juillet 2021 inclus. La requête introduite par M. C le 10 mai 2021 et dirigée contre l'arrêté du 8 février 2021 et la décision rejetant implicitement son recours gracieux et non, contrairement à ce que fait valoir le garde des sceaux, ministre de la justice, contre l'arrêté du 23 novembre 2017 mentionné au point 1, n'est donc pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions aux fins d'annulation :

7. M. C soutient que les décisions attaquées sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 23 novembre 2017 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé sa titularisation dans le grade de surveillant et surveillant principal du corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire à compter du 6 juin 2017, au 2ème échelon avec indice brut 348 et indice majoré 326, qui est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 4139-1 et L. 4139-4 du code de la défense et de celles de l'article 10 du décret n° 2006-441 du 14 avril 2006.

8. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception d'illégalité n'est recevable que si cet acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituent les éléments d'une même opération complexe. Dans cette dernière hypothèse, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit de son caractère définitif.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 23 novembre 2017, qui a été notifié au requérant le 11 janvier 2018 et comportait l'indication des voies et délais de recours, a acquis un caractère définitif. D'autre part, l'arrêté du 23 novembre 2017 et l'arrêté du 8 février 2021 ne constituent pas les éléments d'une même opération complexe.

10. Dans ces conditions, M. C n'est pas recevable à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 novembre 2017 à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. C au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Vogel-Braun, président,

- Mme Servé, première conseillère,

- Mme Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

S. BLe président,

J-P. VOGEL-BRAUN

Le greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Le greffier

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